Les tests se standardisent
Par Anne Pezet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3173En quelques mois, les industriels ont développé des kits de détection du virus A(H1N1). Les hôpitaux les intègrent peu à peu.
Dès l'obtention de la séquence génétique du nouveau virus de la grippe, au printemps dernier, les industriels du diagnostic se sont démenés pour proposer des kits de détection moléculaire spécifiques. Que ce soit le néerlandais Qiagen, l'américain Quest Diagnostics ou le suisse Roche, tous ont rapidement proposé des solutions. Ce n'est pas la taille de ce marché de niche qui attire ces industriels : ils ont surtout voulu montrer leur réactivité.
En quelques heures, en utilisant la technique classique d'amplification (RT-PCR) de fragments d'ARN viraux, le résultat est obtenu. « L'intérêt pour l'utilisateur est de trouver au sein d'un coffret tous les réactifs et les contrôles prêts à l'emploi, avec la même qualité quel que soit le lot », souligne Laura Lallé, le chef de produits Biologie moléculaire chez Roche Diagnostics France. Le caractère innovant de ces kits réside dans le choix des amorces, ces petits bouts d'ADN nécessaires à l'amplification du fragment viral, qui font la spécificité de chaque industriel. Les réactifs utilisés ensuite sont identiques à ceux d'autres kits diagnostics déjà commercialisés.
Après avoir obtenu le marquage CE pour commercialiser leurs kits en Europe, les industriels ont dû passer sous les fourches caudines des deux centres nationaux de référence (CNR) des virus influenza (grippe), centres assurant la surveillance virologique. Le premier, pour la région Nord, est à Paris au sein de l'Institut Pasteur, le second, pour la région Sud, se trouve dans les Hospices civils de Lyon, à Bron. Pour s'insérer dans la chaîne, les kits ont été comparés au protocole déployé dans les CNR, et certains ont obtenu début octobre une évaluation positive de ces deux centres, véritable sésame pour entrer dans les laboratoires d'analyses des hôpitaux.
Au début de la pandémie, seuls les CNR réalisaient le diagnostic moléculaire. Les laboratoires des hôpitaux ont pris le relais. « Nous avons mis au point une technique de détection spécifique du virus, qui a été diffusée ensuite aux hôpitaux. Ils se chargent de leurs propres détections et nous nous occupons des tests complémentaires sur les cas graves ou pour mettre en évidence la résistance aux médicaments antiviraux, tel le Tamiflu », explique Vincent Enouf, le responsable adjoint du CNR de l'Institut Pasteur, dans l'unité de génétique moléculaire des virus à ARN. Dans certains cas, le virus sera entièrement séquencé pour étudier les possibles mutations génétiques.
Chaque hôpital garde le libre arbitre du protocole, mais la validation des tests par les CNR permet une certaine homogénéité sur le territoire, afin de comparer et d'agréger les résultats, et de suivre ainsi l'évolution de la pandémie et du virus.
Un marché limité aux hôpitaux
Seuls les cas graves ou problématiques (enfant dont la mère est enceinte par exemple) sont testés à l'hôpital, ou, parfois, hors de l'hôpital, par des médecins spécialement formés et équipés par les centres nationaux de référence pour faire le prélèvement. Les kits développés par les industriels ne sont donc pas destinés aux laboratoires d'analyses de ville. « Les tests rapides et simples qui détectent des protéines du virus ne sont fiables qu'à 50 %, et ne trouvent leur utilité que dans les cas groupés : si la moitié des personnes malades est positive, on considère que tout le monde l'est. Le test fiable à partir des séquences génétiques demande huit jours de délai, et est peu utile au particulier », commente une biologiste d'un laboratoire d'analyses de ville à Paris. Et ceci, pour un prix avoisinant les 80 euros, non remboursé. Le marché de ces kits est de fait réservé aux hôpitaux

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