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"Les territoires industriels repartent mieux que les autres"

Par PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL GATEAUD ET THIBAUT DE JAEGHER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3248
François Drouinn PDF d'Oséo
© Pascal Guittet

    Dans un entretien exclusif, François Drouin, le PDG d'Oséo, se dit optimiste : depuis janvier, le nombre de financements accordés par la banque publique est en hausse de 70 % par rapport à 2010.

Quel est le bilan de santé des entreprises françaises au sortir de la crise, alors que la reprise se consolide semaine après semaine ?

Nous avons subi la pire crise financière de tous les temps. Et, derrière, une grave crise économique avec des reculs terribles de chiffre d'affaires. Mais, bizarrement, il n'y a pas eu beaucoup de dépôts de bilan. Cela étonne... Tellement que depuis deux ans, nous avons reçu 90 délégations étrangères et des représentants de 45 pays. Tous nous demandent : "Expliquez-nous. On veut comprendre pourquoi les entreprises françaises ont bien tenu le coup." Le deuxième enseignement, c'est que les entreprises sont beaucoup plus orientées vers l'international. Les 2 000 entreprises qui font partie de notre panel Oséo Excellence ne parlent que de ça...

Quel bilan tirez-vous du rôle qu'Oséo a joué pendant cette période ?

Dès le début de la crise, le président de la République nous a confié une mission nouvelle : soutenir la trésorerie des entreprises. Nous devions en quelque sorte prendre le relais des banques qui, faute de liquidités, n'assuraient plus le fonds de roulement des entreprises. Notre dispositif a été mis en place dès le 5 octobre 2008 - dix jours seulement après la faillite de Lehmann Brothers - et il s'est éteint discrètement le 31 décembre dernier. Dans ce laps de temps, 25 000 entreprises ont bénéficié de notre garantie pour obtenir 6 milliards d'euros de trésorerie. Un premier bilan, tiré d'un échantillon de 5 000 entreprises, montre que sans notre action la moitié d'entre elles auraient déposé le bilan, 30 % auraient procédé à plus de licenciements et arrêté tout recrutement et 20 % disent que cela ne leur a servi à rien.

Pour Oséo, cet investissement a-t-il été une bonne affaire ?

Le niveau de risque est tout à fait raisonnable. Nous sommes même en deçà de nos prévisions. Nous pensions que le niveau des sinistres allait doubler : il a augmenté de « seulement » 50 à 60 %. Toutefois, il reste inférieur, en valeur absolue, au niveau atteint lors des crises de 2003 et de 1993.

Vous êtes présents dans toutes les régions. Quelles sont celles qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu ?

Il y a une grosse différence entre l'Île-de-France, qui n'a que très peu subi la crise, et le reste du territoire. Les régions les plus industrielles, le Grand Est et Rhône-Alpes, sont celles qui ont le plus souffert. Mais, aujourd'hui, c'est aussi là que le rebond est le plus significatif. C'est ce que montre notre 53e enquête semestrielle de conjoncture dévoilée le 7 juillet. Nous notons une reprise de l'activité et un redressement de l'investissement productif, après plusieurs années de recul et de stagnation. Depuis le début de l'année, le nombre de dossiers de financement que nous avons accordé est en hausse de 70% par rapport à l'an dernier.

La crise n'a-t-elle pas servi à révéler le manque de capitaux propres des entreprises ?

C'est vrai. Le niveau des fonds propres est l'une des faiblesses des entreprises françaises. Dans l'industrie, il faut investir et pour cela il faut des fonds propres. C'est pour cette raison que nous proposons des Contrats de développement participatif (CDP) pour muscler le haut du bilan des entreprises à potentiel. Il s'agit de quasi fonds propres, des prêts sans garantie qui permettent aux entreprises d'investir, de se renforcer, d'aller à l'international. Nous souhaitons provoquer un effet de levier. Quand nous mettons 100, nous demandons que les banques mettent 200. C'est un dispositif qui connaît un beau succès ! En moyenne, nous octroyons un million d'euros par dossier. Cela concerne des entreprises de 50 à 2 000 salariés, disons des grosses PME aux petites ETI. D'ores et déjà, 2,5 milliards d'euros de fonds ont été accordés aux entreprises par ce biais, dont un milliard apporté par Oséo. Dans le cadre du programme des investissements d'avenir, une enveloppe supplémentaire d'un milliard vient de nous être confiée.

À vous entendre, Oséo est plus que jamais la banque de l'industrie...

Oséo, c'est plutôt "l'entreprise des entrepreneurs" comme le dit notre signature. Nous sommes une entreprise publique finançant, aux côtés d'autres acteurs, l'innovation et la croissance des PME qui ont pour ambition de devenir des entreprises de taille intermédiaire. Oséo est une entreprise décentralisée et déconcentrée, avec des équipes sur le terrain qui aide les PME à grandir, voire à se regrouper. Nous avons d'ailleurs lancé le 1er juillet une mission visant à faciliter les rapprochements entre entreprises. Elle occupe déjà sept personnes à temps plein. Nous avons trois projets à l'étude. Nous comptons en mener une vingtaine par an.

En janvier 2010, vous avez repris la gestion du Fonds unique interministériel (FUI), bras financier de l'État pour soutenir les projets des pôles de compétitivité. D'aucuns déplorent la lourdeur de fonctionnement du FUI...

Il n'est pas toujours facile de monter des projets et de les faire aboutir ! Et c'est vrai que le mécanisme du FUI est complexe. C'est pourquoi j'ai lancé un projet de réforme en confiant un audit du dispositif au préfet honoraire Claude Valleix. Son enquête démontre que la méthode d'attribution des fonds est horriblement compliquée et lente ! Ce qui n'est pas compatible avec l'innovation.

 

 

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