Les temps changent
Le 17 février 2010A quoi sert le FMI ?
L’observateur attentif de la presse économique peut trouver des nouvelles étonnantes chaque jour ou presque. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, le Fonds monétaire international (FMI) était régulièrement montré du doigt pour ses politiques restrictives, accusées par ses critiques d’affamer les populations du Tiers monde.
Pour le Français moyen, le FMI, c’est ce machin que dirige Dominique Strauuss Kahn, dont on scrute les moindres allées et venues entre Washington et Paris, les déclarations qu’il y fait. Ce qu’on sait moins, c’est que le FMI est une institution chargée de soutenir le système financier international. Au poste d’économiste en chef se trouve un autre français moins présidentiable, mais au cursus universitaire tout aussi impeccable : Olivier Blanchard.
L’inflation dégonfle les dettes
Vendredi 12 février, ce dernier a répondu aux questions des internautes. Il a alors proposé que les Etats fixent un objectif d’inflation deux fois plus élevé que celui prévalant avant la crise. Son analyse est qu’une inflation plus élevée donnerait davantage de marges de manœuvres en période de crise.
Un peu de technique pour comprendre les enjeux : classiquement, pour lutter contre l’inflation, les Etats augmentent les taux d’intérêt. Augmenter l’objectif d’inflation – c’est-à-dire le niveau à partir duquel les banques centrales interviennent – c’est avoir des taux d’intérêt plus bas, plutôt que de les augmenter au risque de contraindre la croissance économique. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour les marchés financiers et les banquiers centraux « deux fois plus d’inflation » ça veut dire beaucoup. Car au-delà de la question technique, deux fois plus d’inflation, c’est aussi un moyen de rembourser plus facilement une partie du stock de dettes publiques et privées. Autrement dit, c’est moins de rigueur budgétaire…
A Francfort, la rigueur se porte haut
On n’en est qu’au stade des déclarations, tout reste à faire. il n’empêche quelque chose a changé. Le FMI n’est plus le temple de la pensée libérale (ultra ou néo libérale disent ses détracteurs). Son économiste en chef est keynésien : ses propos le démontrent.
Ce n’est pas Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la banque centrale européenne, qui risque d’approuver ces propos : l’inflation et la dette sont ses deux ennemis. Il a rappelé les Etats de la zone euro à leur obligation en matière de déficit et de dette publique. Le Pacte de stabilité n’est pas caduc. Réduire la dette est indispensable pour le retour de la croissance, estime-t-il.
La faute aux Etats
Plus ou moins d’inflation, plus ou moins de rigueur, ce sera aux gouvernements de choisir. D’autant qu’une étude d’opinion internationale réalisée par Globe Scan dans 22 pays indique sans ambigüité que les opinions publiques considèrent que les gouvernements nationaux sont à « blâmer » pour la crise mondiale actuelle (30 % des réponses). Derrière on trouve les Etats-Unis (18 %), et, ex-aequo, les banques et les institutions financières, le capitalisme, les gouvernements des pays occidentaux (10 %). La cupidité des marchés souvent montrée du doigt n’est citée que par 9 % des personnes interrogées. Les citoyens font preuve de sagesse : ce sont aux Etats de prendre les législations idoines pour empêcher les mauvais instincts humains de s’exprimer !
Christophe Bys
La conjoncture en direct (ou presque) http://twitter.com/conjoncture
Les faits analysés au jour le jour : usinenouvelle.com/chaine/conjoncture

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