Les syndicats d'Areva fatigués d’attendre
Par Ludovic Dupin - Publié leLe comité de groupe lance un appel pour que l’augmentation de capital se fasse le plus vite possible.
Tout un symbole ! Le comité de groupe européen (CGE) a lancé, mardi 9 novembre, un appel pour accélérer l’augmentation de capital d’Areva. Tout s’est déroulé dans le 4e bureau de l’Assemblée Nationale. Quel meilleur endroit pour traiter d’un sujet si politique !
Maureen Kearney, secrétaire générale du comité d'entreprise européen du groupe nucléaire, estime qu’il « faut mettre un terme rapidement à toutes ses tergiversations et passer à la conquête des nouveaux marchés ». L’augmentation de capital d’Areva a été annoncée il y a plus d’un an, en juillet 2009. Avant l’été, le gouvernement a évoquée la possibilité d’une entrée d’EDF au capital du groupe. Depuis, peu de nouvelles... « Cette situation affecte l’image de l’ensemble de la filière nucléaire français », déplore Dominique Chevalier, membre du bureau du CGE d'Areva.
Le conseil de surveillance d’Areva devrait se réunir aux alentour du 16 novembre pour discuter de cette augmentation de capital. Trois candidats ont déposé une offre, les fonds d’investissements Qatari et Koweitien, ainsi que le japonais MHI. Cet industriel mène déjà un partenariat industriel avec Areva pour développer le futur réacteur Atmea. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, envisage que MHI prenne 2 % du capital de son groupe.
Le CGE estime que le temps est désormais à l’action. Mais, les syndicats craigne que l’Etat puisse repousser l’augmentation de capital pour faire ressurgir un scénario ancien : l’entrée d’EDF, Bouygues et Alstom au capital d’Areva. Ce choix serait synonyme d’un repli franco-français, du plus mauvais effet à l’étranger. Le Pdg d’Alstom, Patrick Kron, a affirmé que son groupe n’a aucune prétention sur le capital d’Areva.
Un réel besoin industriel
Les syndicats estiment à 6,5 milliards d’euros les besoins d’Areva sur la période 2010-2012. « Les trois quarts serviront à la sécurisation du portefeuille minier. Le reste concerne les besoins d’usines de nouvelle génération d'enrichissement, et des modernisations d’usines existantes », analyse Jean-Pierre Bachmann du CGE.
S’il réclame l’ouverture de capital, le CGE met, toutefois, en garde face à une privatisation. « Nous sommes pour une ouverture, mais une ouverture maitrisée. Il ne faut pas se diriger lentement vers une privatisation, à la faveur par exemple d’un besoin de financement du CEA [l’actionnaire majoritaire d’Areva qui pourrait être amené à vendre tout ou partie de ses parts à la demande du gouvernement]. »
L’avenir proche reste incertain. Un des scénarii possibles serait que les fonds d’investissement du Koweït et du Qatar rentrent d’ici la fin de l’année au capital d’Areva et que le cas des industriels, MHI et EDF, ne soit examiné qu’au printemps. Les électriciens clients d’Areva jugent d’un très mauvais œil l’entrée possible de leur concurrent français à la direction de leur fournisseur. Quant à MHI, Alstom affirme que ce serait une très mauvaise idée de faire cette place à un de ses concurrents directs dans le nucléaire.
Ludovic Dupin

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