Les start-up s'industrialisent
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Le nombre d'introductions en Bourse n'a jamais été aussi élevé, les premiers médicaments arrivent sur le marché et les investissements en production se multiplient. Les PME françaises gagnent en maturité, même si le secteur reste encore fragile.
Cellectis, Genoway, Metabolic Explorer, Vivalis : ce seront peut-être demain les stars françaises des biotechnologies. Etape décisive, elles ont franchi cette année la porte d'entrée de la Bourse. Ce qui permet au secteur d'afficher fièrement treize entreprises cotées alors qu'elles n'étaient que quatre début 2005. Et ce n'est pas fini ! Hybrigenics et Novagali Pharma devraient les rejoindre dans les prochaines semaines. « Une vraie dynamique de croissance est enclenchée », assure Christian Béchon, le PDG du LFB, groupe biopharmaceutique qui commercialise des médicaments dérivés du plasma humain.
Les sociétés tricolores ont levé 625 millions d'euros en 2007, d'après une étude de France Biotech. De quoi commencer à s'industrialiser. « La Bourse est un outil formidable de développement », souligne André Choulika, le directeur général de Cellectis. Et les avancées commencent à être visibles. BioAlliance Pharma a lancé son premier médicament sur le marché en septembre. Et les accords importants avec les grands groupes pharmaceutiques se multiplient : Transgene et le suisse Roche en avril, Cellectis et le français Servier en octobre... Nos entreprises pointent enfin le bout de leur nez sur la scène internationale.
Des réalisations enfin concrètes
Preuve de la maturité du secteur, certaines sociétés investissent dans des unités de production. LFB, qui a déjà une usine de fabrication de médicaments dérivés du plasma humain à Lille (Nord) et aux Ulis, en région parisienne, a pris le contrôle de la société Mabgène en septembre pour intégrer des capacités de production biotechs. « Nous sommes des industriels et nous voulons nos propres usines », assène Christian Béchon. Les capacités du site d'Alès (Gard) doubleront dans les prochains mois. « La moitié de notre effort R et D est dédiée aux biotechnologies ; dans cinq ans, cette part se montera à 80 %. La production doit suivre cette évolution », explique le dirigeant. Le clermontois Metabolic Explorer aménage également une unité pilote destinée au développement de ses trois premiers procédés de produc-tion. Elle sera opérationnelle d'ici à la fin de l'année. Le nantais Vivalis a, depuis 2005, un outil de fabrication. Il compte l'agrandir grâce à l'argent levé en Bourse. Quant au lyonnais Flamel Technologies, avec son usine de Pessac, en Gironde, il doit assurer la production du médicament Coreg de GlaxoSmithKline (GSK), modifié avec sa technologie Micropump.
2007, un bon cru
> 68 produits en essais cliniques dans 46 PME, dont 41 produits en phase II et III.
> 4 introductions en Bourse réalisées Cellectis, Metabolic Explorer, Genoway, Vivalis. 2 autres imminentes Novagali Pharma et Hybrigenics.
> 625 millions d'euros investis dans les entreprises de biotechs, dont 499 millions d'euros levés sur les marchés boursiers et 126 millions d'euros auprès du capital- investissement (au 15 septembre).
Source : France Biotech
Au palmarès des bonnes nouvelles, certains laboratoires étrangers investissent en France, même si l'Ecosse, l'Irlande ou encore la Suisse sont les grands gagnants européens de la bioproduction. L'entreprise de biotechnologies américaine Genzyme va investir 105 millions d'euros dans la construction d'une usine de fabrication d'anticorps monoclonaux à Lyon (lire page 78). En octobre 2006, GSK avait annoncé un investissement de 500 millions d'euros sur cinq ans dans un site de production de vaccins près de Valenciennes (Nord). Toujours dans les vaccins, Sanofi-Pasteur va se doter d'une usine au nord de Lyon.
L'industrialisation des PME est liée à la maturité plus grande de leur portefeuille. Quelques produits sont déjà commercialisés et près de 40 autres sont en essais cliniques de phase II et III, étapes ultimes avant l'enregistrement auprès des agences réglementaires. « Ceux qui arrivent sur le marché sont très spécifiques : médicaments orphelins ou molécules connues avec une technologie particulière de formulation ou de ciblage. C'est un moyen d'aller plus vite », souligne Rodolphe Renac, le responsable du pôle biotechnologies de la société de conseil Alcimed.
« Attention aux jeunes sociétés encore fragiles ! »
Trois questions à Philippe Pouletty, président de France BiotechL'année 2007 marque-t-elle un tournant ?
C'est une année importante, avec des montants significatifs de fonds levés et des introductions en Bourse réussies. La maturité des PME s'améliore. Des start-up se positionnent sur de nouveaux secteurs, le « medical device » et les bio-énergies. Mais la France a encore du chemin à faire pour rattraper le Royaume-Uni et l'Allemagne.
L'environnement doit-il s'améliorer ?
Le statut de la jeune entreprise innovante et le crédit impôt recherche (CIR) ont été des mesures structurantes. Avec la réforme en cours, le CIR va se focaliser sur un petit nombre de grandes entreprises et de PME matures tout en pénalisant des centaines de jeunes PME innovantes. Ce n'est pas cohérent avec le repositionnement bienvenu de l'Agence de l'innovation industrielle vers les PME. Ces à-coups dans la politique industrielle française sont frustrants.
Comment aider les PME à grossir ?
Un meilleur environnement fiscal et la mobilisation de l'épargne vers le capital-risque et Alternext doivent clairement favoriser ces entreprises innovantes. Certaines d'entres elles sont nos futurs grands groupes.
En septembre, BioAlliance Pharma a lancé son premier produit, le Loramyc, un traitement des candidoses oropharyngées. « Avec notre technique muco-adhésive buccale, le médicament peut être délivré au niveau de la bouche en grande quantité et en une seule prise », commente Dominique Costantini, la présidente du directoire de BioAlliance Pharma. La molécule étant déjà connue et la pathologie sévère, les essais cliniques peuvent être accélérés. Autre élément essentiel, les forces commerciales sont réduites et s'adressent aux médecins spécialisés. « Nous comptons vendre notre produit nous-mêmes en France et, avec le néerlandais Spepharm, par un joint-venture dans les autres pays européens », poursuit la dirigeante. Un accord pour les Etats-Unis a été signé avec la société Par Pharmaceutical. Flamel a également mis le pied sur le marché au début de l'année, avec le lancement aux Etats-Unis, par son partenaire GSK, d'une nouvelle formulation du médicament Coreg associant sa technologie Micropump.
D'autres médicaments sont en essais cliniques de phase III, donc aux portes du marché. BioAlliance a deux produits contre l'herpès labial et le cancer primitif du foie. Nicox a un médicament contre l'arthrose. Et Novagali vient de présenter des résultats de phase III pour Vekacia, un médicament orphelin pour le traitement de la kératoconjonctivite vernale.
Des accords structurants
Cette avancée ne passe pas inaperçue des groupes pharmaceutiques, toujours à l'affût de molécules innovantes. En avril, Roche et Transgene ont conclu un accord mondial exclusif sur le développement et la commercialisation de vaccins thé-rapeutiques. « Cette alliance valide notre approche. Un nouveau chapitre s'ouvre pour Transgene. Dans quatre ou cinq ans, nous serons une société intégrée avec toutes les étapes, de la recherche à la commercialisation de produits », détaille Philippe Archinard, le PDG. Car pour ses médicaments encore en développement, Transgene compte aller seul jusqu'au marché pour un certain nombre d'entre eux.
Cet accord vient s'ajouter à ceux signés par Nicox avec les américains Pfizer et Merck et Innate Pharma avec le danois Novo Nordisk, qui a en outre acquis plus de 20 % du capital de la PME française. Ces accords avec les grands groupes pharmaceutiques structurent les PME de biotechnologies et sont une reconnaissance forte de leurs technologies ou de leurs produits.
Ne pas avoir peur de la créativité
Ces signes positifs ne se traduisent toutefois pas encore dans les chif- fres. La France compte quelque 156 entreprises de biotechs, contre 258 pour le Royaume-Uni et 391 en Allemagne. « Clairement, la bataille n'est pas finie », lance Dominique Costantini, la dirigeante de BioAlliance. Les PME peinent encore à trouver des financements. Elles butent aussi sur les liens parfois délicats à tisser avec la recherche académique. Enfin, certaines regrettent que les organismes d'Etat leur confient peu de contrats. « Aux Etats-Unis, nous aurions depuis trois ans des accords avec les National Institutes of Health », assure Gilles de Poncins, le directeur général délégué finances de Genoway.
Le chemin à parcourir est encore long. Mais avant tout, « la biotech française doit prendre confiance en elle et ne pas avoir peur de la créativité », conclut André Choulika, de Cellectis. Indispensable pour prendre demain une place plus importante sur la scène mondiale.
Anne Pezet
Les treize biotechs françaises cotées
BioAlliance Pharma
> Création 1997, Paris
> Activité Développement de médicaments contre le cancer, les infections graves (VIH) et les affections opportunistes liées à ces pathologies.
> Effectif 70 salariés.
Cellectis
> Création 2000, Paris.
> Activité Ingénierie du génome, développement de produits permettant la réécriture de séquences d'ADN à façon (méganucléases).
> Effectif 47 salariés.
Cerep
> Création 1989, Poitiers
> Activité Services de criblage et de profilage de composés chimiques ; tests pharmacologiques et de toxicité.
> Effectif 288 salariés.
Eurofins Scientific
> Création 1987, Nantes
> Activité Laboratoires d'analyses chimiques et biologiques.
> Effectif 7 000 salariés sur 100 sites dans 27 pays.
ExonHit
> Création 1997, Paris
> Activité Développement de médicaments et de diagnostics dans les maladies neurodégénératives et les cancers.
> Effectif 70 salariés.
Flamel Technologies
> Création 1990, Lyon
> Activité Délivrance contrôlée de médicaments.
> Effectif 330 salariés.
Genfit
> Création 1999, Lille
> Activité Prévention et traitement des maladies cardiovasculaires, métaboliques, inflammatoires et neurodégénératives.
> Effectif 137 salariés.
Genoway
> Création 1999, Lyon
> Activité Fabrication de rongeurs génétiquement modifiés à façon.
> Effectif 55 salariés.
Innate Pharma
> Création 1999, Marseille
> Activité Développement de modulateurs de l'immunité innée contre le cancer et les maladies infectieuses.
> Effectif 82 salariés.
Metabolic Explorer
> Création 1999, Clermont-Ferrand
> Activité Mise au point de bactéries hautement performantes pour la production de composés chimiques intermédiaires.
> Effectif 58 salariés.
Nicox
> Création 1996, Sophia-Antipolis.
> Activité Ajout d'un groupement chimique NO à des molécules connues dans le traitement des maladies inflammatoires et cardiométaboliques.
> Effectif 114 salariés.
Transgene
> Création 1979, Strasbourg
> Activité Immunothérapie appliquée aux cancers et aux maladies infectieuses.
> Effectif 185 salariés.
Vivalis
> Création 1999, Nantes
> Activité Production de vaccins et de protéines par des lignées cellulaires.
> Effectif 51 salariés.
Publié la semaine du 29 Novembre au 5 Décembre 2007

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