LES SECRETS DE LA BIOPRODUCTION
Par GAËLLE FLEITOUR - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3238
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En reprenant l'américain Genzyme, Sanofi s'ouvre le marché des maladies rares. Il s'offre aussi un savoir-faire qui lui manquait. Voici cinq commandements à observer pour maîtriser une filière à haut risque.
On connaissait l'expertise de Sanofi dans les vaccins, avec Sanofi Pasteur. En rachetant l'américain Genzyme, dont l'expérience fait figure de cas d'école, c'est dans les produits biologiques que le groupe français espère acquérir un savoir-faire. Ces produits sont issus de processus de fabrication spécifiques, comme l'ont découvert - parfois à leurs dépens - les grandes biotechs américaines, premières à se doter d'outils de bioproduction. Un domaine dans lequel les Français accusent du retard. Pour le rattraper, mieux vaut bien suivre les cinq commandements suivants.
1. À LA COMPLEXITÉ TU TE PRÉPARERAS
Produire des biomédicaments requiert du temps... et de l'argent ! « La construction d'une unité de bioproduction pour des lots commerciaux représente en moyenne un investissement de 150 à 800 millions d'euros, et nécessite entre quatre et six ans, du début du projet de construction à la qualification de l'usine, pour la mise en opération », avançaient en 2008 le Leem (syndicat du médicament) et le Genopole.
La raison ? Les produits biologiques proviennent d'organismes vivants, qu'il s'agisse de cellules, de bactéries ou encore de virus. La bioproduction se révèle donc beaucoup plus complexe que la production pharmaceutique classique, qui consiste à fabriquer des molécules chimiques à partir de principes actifs. « Elle nécessite plus d'investissements, en particulier lors des deux premières étapes : la fabrication de l'actif, et la formulation galénique permettant d'administrer le produit, observe Véronique Fassy, associée au cabinet BearingPoint. À cela s'ajoutent des coûts de contrôle qualité très importants, directement liés aux délais des méthodes analytiques et aux coûts des réactifs et des équipements utilisés. » Si le biomédicament est présenté sous forme stérile injectable, c'est encore plus complexe.
2. DES COMPÉTENCES TU DÉVELOPPERAS
L'expertise en bioproduction ne s'invente pas. Pour être performant, il faut s'entourer de personnel qualifié. Experts en analyse des procédés, ingénieurs biologistes, bactériologistes sont donc recrutés pour exercer aux côtés des traditionnels médecins et pharmaciens... Des compétences indispensables pour répondre à des normes encore plus drastiques que dans l'industrie pharmaceutique (en stérilisation, traitement de l'air, de l'eau, etc.). Bonne nouvelle, la France est un bon vivier. « Nous disposons de savoir-faire dans ce domaine, tels que la maîtrise des techniques de stérilisation ou de confinement », estime Véronique Fassy.
3. LES RISQUES DE CONTAMINATION TU PRÉVIENDRAS
Une baisse de 36 % du chiffre d'affaires du Cerezyme, en 2009, de 56 % pour le Fabrazyme, en 2010... Les problèmes de contamination ont coûté cher aux deux produits phares de Genzyme dans les maladies génétiques rares. Car la manipulation du vivant entraîne des risques de contamination plus élevés. La plupart des spécialistes de la bioproduction ont connu des difficultés analogues, mais c'est Genzyme qui a payé le prix fort, il y a deux ans. La biotech avait alors rencontré un problème d'infection virale dans l'un des bioréacteurs de son site d'Allston, aux États-Unis, la contraignant à fermer le site et à sous-traiter la production du Fabrazyme et du Cerezyme pendant plusieurs mois. « Genzyme a pêché dans l'absence de solution de back up, car elle était entièrement dépendante de ce site pour la production de ces traitements, note Michael Sjöström, gérant du fonds Pictet-Biotech. Elle a donc été obligée de rationner les patients. Ce qui a ouvert la voie aux concurrents, et terni un peu son image auprès des médecins, des patients et des autorités sanitaires. » Et si Genzyme a, depuis, développé des solutions de repli, elle a toujours du mal à assurer l'approvisionnement total de ces traitements. Ce qui devrait être réglé avec l'ouverture d'un nouveau site à Framingham, d'ici à la fin de l'année.
4. À UN PRODUIT, UN SITE TU CONSACRERAS
Pour manipuler un virus ou une bactérie sans danger, mieux vaut dédier la chaîne de production à un seul produit ! « Dans cette industrie où l'on passe difficilement d'un type de fabrication à un autre, il faut quasiment créer des installations spécifiques pour chaque nouveau biomédicament », remarque Alain Gilbert, associé du cabinet de conseil Bionest.
Mais des solutions alternatives existent pour les plus petites bourses. La biotech alsacienne Transgene a investi il y a plus d'une dizaine d'années dans une unité multiproduits de fabrication de lots cliniques. « Nous manipulons des virus génétiquement modifiés, particulièrement fragiles, explique Patrick Mahieux, son directeur des opérations industrielles et pharmaceutiques. Notre procédé suppose donc d'avoir des procédures de décontamination entre chaque produit, qui peuvent durer jusqu'à deux semaines. » L'unité de Transgene équivaut à plus de 15 millions d'euros d'investissement, apportés par son actionnaire historique, l'institut Mérieux. Une chance qu'ont rarement les autres biotechs, qui peuvent néanmoins sous-traiter la production auprès de sociétés de production sous contrat (CMO).
5. DES « GÉNÉRIQUEURS » TU TE MÉFIERAS
Une fois le biomédicament autorisé sur le marché, les unités de bioproduction peuvent être rapidement rentables, grâce au prix élevé du traitement. En particulier dans le segment des maladies rares. « Alors qu'une thérapie biologique classique peut coûter de 20 000 à 40 000 dollars par an et concerner des dizaines de milliers de patients, les traitements de Genzyme peuvent coûter des centaines de milliers de dollars annuels, et viser un nombre très limité de patients », précise Jerry Cacciotti, associé chez Oliver Wyman. Une manne qui attire bien sûr les « génériqueurs », qui se lancent déjà sur le marché des biosimilaires. Encore interdits aux États-Unis, peut-être plus pour longtemps, les biosimilaires sont autorisés par l'Europe depuis 2005. Où les protections des données des biomédicaments sont limitées à onze ans. Mais la législation européenne impose de réaliser de nouveaux essais précliniques et cliniques pour démontrer l'équivalence thérapeutique des biosimilaires. Résultat, selon l'étude du Leem et du Genopole, leurs coûts de développement peuvent être cent fois plus importants que pour les génériques classiques ! Un frein financier qui pourrait ne pas dissuader longtemps les « génériqueurs ».
AMGEN Chiffre d'affaires 2010 15 milliards de dollars 6 sites États-Unis, Porto Rico, Pays-Bas et Irlande La championne des biotechs possède six sites de production, et près de 10 000 m2 dédiés aux anticorps monoclonaux. En septembre dernier, elle a dû effectuer des rappels de plusieurs lots de ses traitements contre l'anémie, en raison d'une possible contamination. GILEAD Chiffre d'affaires 2010 7,9 milliards de dollars 3 sites États-Unis, Canada, Irlande Réputée pour ses économies d'échelle dans la production de traitements du VIH, Gilead détient un site au Canada et 14 000 m2 de capacités de bioproduction en Californie pour les produits injectables. Ce dernier site a été épinglé en 2010 par la FDA pour défaut de qualité. BIOGEN IDEC Chiffre d'affaires 2010 4,7 milliards de dollars 3 sites États-Unis, Danemark Connue pour ses surcapacités de production, Biogen dispose de trois sites de bioproduction au Danemark, dans le Massachusetts et en Caroline du Nord, où, sur 25 000 m2, ses bioréacteurs offrent une capacité totale de près de 200 000 litres. De quoi produire pour d'autres. GENZYME Chiffre d'affaires 2010 4 milliards de dollars 10 sites États-Unis, Belgique, Australie... Sur les dix sites de production, cinq sont en Europe. Et pas moins de 700 millions d'euros sont consacrés à l'expansion de sites aux États-Unis, en Belgique (qui a connu, en 2008, une contamination) et à Lyon, où une unité de 22 000 m2 sera opérationnelle mi-2012.

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