EXCLUSIF Serait-ce un "PSA" bis ? Les propos tenus hier par Arnaud Montebourg au sujet du plan social de Sanofi inquiètent certains syndicats. Alors que le plan de suppression d’emploi en question pourrait s’avérer plus large que prévu…
La gestion maladroite du plan social de PSA par Arnaud Montebourg se répèterait-elle avec Sanofi ? C’est l’impression ressentie par de nombreux salariés du groupe pharmaceutique français. En juillet, le ministre du Redressement Productif avait qualifié d’"abusif" le plan qui pourrait toucher 1 200 à 2 500 postes chez Sanofi dans l’Hexagone. Mais ses propos étaient nettement plus mesurés dimanche 16 septembre sur M6.
"Quand une entreprise fait cinq milliards de profits, comme c'est le cas de Sanofi (...) elle a le droit de se réorganiser", a expliqué le ministre lors de l'émission Capital. Précisant, à l'attention du laboratoire pharmaceutique : "j'accepterai votre plan de réorganisation si les syndicats sont d'accord". Sa nuance - "Nous sommes obligés, toujours, de rééquilibrer les décisions, car elles sont parfois excessives" – n’a pas suffi à rassurer les syndicats de Sanofi, interrogés par l’Usine Nouvelle.
Un mauvais signal envoyé par le ministre
"Qu’est-ce que cela veut dire ?", s’emporte Thierry Bodin, coordonnateur de la CGT chez Sanofi. "Nous ne sommes pas là pour accepter un plan de réorganisation qui va affaiblir encore plus le potentiel de R&D de notre groupe. Nous attendons du gouvernement qu’il abonde les propositions faites par les syndicats : le gel des décisions et l’organisation de tables rondes."
Chez Sanofi, tout le monde n’a pas interprété les propos du ministre ainsi. "Certains syndicats pensent que c’est un appel du pied pour nous inciter à tenir, que si nous ne restons pas unis dans cette bataille, l’Etat nous lâchera, rapporte Laurent Ziegelmeyer, syndicaliste CGT sur le site de recherche de Vitry-Alfortville et secrétaire adjoint du CE. "Mais en termes de forme, de fond et de timing, le ministre se trompe : ce n’est pas le moment d’envoyer ce signal à la direction !"
Alors qu’ils avaient réussi jeudi dernier à mobiliser 800 salariés venus de la France entière pour manifester contre les suppressions d’emplois de chercheurs à Toulouse et Montpellier et de fonctions support, les syndicats craignent de se faire "lâcher" par le ministre. "Nous avons l’impression qu’il dit à Sanofi : faites un plan le plus généreux possible, puis les syndicats accepteront et on verra", poursuit Laurent Ziegelmeyer. "Mais nous ne sommes pas là pour négocier le montant du chèque !"
Selon des rumeurs, Arnaud Montebourg aurait rencontré ce matin la direction du groupe pharmaceutique. Et devrait prochainement s’entretenir avec Martin Malvy, président de la Région Midi-Pyrénées, Pierre Cohen, maire de Toulouse, et Pierre Izard, président de la Haute-Garonne. Un rendez-vous "plus que jamais nécessaire pour évoquer l’avenir du centre de recherche de Sanofi à Toulouse, qui emploie plus de 600 personnes et qui est le point d’appui de l’Oncopôle Toulouse-Langlade, centre d’excellence de la recherche contre le cancer en Midi-Pyrénées ", justifie Martin Malvy dans un communiqué.
Le 5 juillet, la direction de Sanofi avait annoncé une réflexion sur sa réorganisation dans la recherche (avec les sites de Toulouse et Montpellier), la production de vaccins et les fonctions support. La restructuration serait-elle finalement plus large ? Les syndicats disent avoir reçu des convocations pour 5 comités centraux d’entreprise (CCE) organisés le 25 septembre. La recherche, les vaccins, les fonctions support, mais aussi l’activité vétérinaire (Merial) et des fonctions industrielles secondaires seraient concernées. Problème, le personnel dit n’avoir reçu toujours aucun document de travail pour préparer ces réunions.









