L’Etat a annoncé le 7 août être prêt à tout faire pour sauver l’unique usine de desserts surgelés Pilpa en France située à Carcassonne. Du côté des salariés, l’inquiétude reste pourtant forte.
"On attend le concret, assure Samuel Rousseau du comité d’entreprise de l’usine de Carcassonne contacté par L’Usine Nouvelle. Car le préfet n’a pas précisé hier de quelle manière l’Etat comptait nous soutenir. Pour l’instant nous sommes dans le flou".
Le 7 août, le préfet a en effet communiqué sur le dossier Pilpa après avoir rencontré en début de semaine la direction du groupe et hier une délégation de salariés. "Dans un contexte particulièrement difficile, il importe que l'Etat mette tout en œuvre pour maintenir ou, à défaut, assurer une reprise d'activité sur le site", a-t-il déclaré à l’issue de ces deux rencontres. Il a par ailleurs confirmé être en liaison permanente avec le cabinet du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg. Il étudie aussi toutes les perspectives possibles de reprise du site.
Une fermeture prévue pour l'automne
Ces déclarations interviennent près d’un mois après l’annonce par la maison mère du groupe, R&R Ice Cream, aux capitaux allemands et britanniques, actuellement détenue par un fonds de pension américain, de son intention de fermer le site localisé à Carcassonne dans l’Aude. La fermeture pourrait prendre effet dès l’automne prochain.
"Nous sommes dans l’obligation de fermer le site de Carcasonne car l’ensemble du groupe R&R en France n’est plus rentable, explique un porte-parole de l’entreprise contacté par L’Usine Nouvelle. Le choix se porte sur cette usine, notamment parce que les produits conçus sur le site peuvent être rapatriés sur les autres usines du groupe, à Plouédern (Finistère), à Vayres (Gironde) et à Dangé Saint-Romain (Vienne). Mais l’inverse n’est pas possible, ou alors il faudrait investir dans l’usine de Carcassonne".
Le 5 juillet dernier, la direction avait mis en avant une détérioration des résultats du fonds de pension américain face à une concurrence importante et une hausse du coût des matières premières. Selon les données du groupe, l’usine de l’Aude ne tournait qu’à 31 % de ses capacités contre une moyenne générale de 38 % pour le reste du groupe. Pilpa souffrirait de la baisse de ses parts de marché en marques de distributeurs (MDD), sa spécialité.
Rentabilité
Mais selon le responsable du comité d’entreprise, des experts du cabinet Progexa, mandatés par le comité d'entreprise.ont démontré que l’usine était rentable. "On a déjà demandé un droit d’alerte pour avoir accès aux comptes du groupe et nous avons posé des questions sur l’avenir de l’usine. En vain. Même pour 2013 la direction dit ne pas pouvoir nous répondre. Aucune entreprise ne peut fonctionner comme cela".
"Ce que nous voulons, c’est vraiment mobiliser l’ensemble des acteurs pour réindustrialiser ce site, rétorque de son côté le porte-parole de l’entreprise. Ce site doit continuer à vivre".
Mais les salariés se disent inquiets depuis bien des mois déjà. Pour eux, la stratégie du groupe est bien plus calculée et ce, depuis des mois, depuis le rachat par R&R de l’usine au groupe Boncolac, filiale surgelés du groupe coopératif laitier toulousain 3A.
La CGT a récemment accusé le groupe d’avoir racheté ce site pour le fermer et donc éliminer un concurrent du marché. Un concurrent qui détenait notamment les licences Disney ou Oasis. R&R est également présent sur les marchés allemand, britannique et polonais. Au total, il possède neuf usines en Europe dont quatre en France.
Pas de grève en vue
Pour l’heure, l’usine continue à tourner avec les 124 titulaires et quelques intérimaires. Les salariés attendent le prochain comité d’entreprise prévue à la rentrée. Ils multiplient les actions, comme en manifestant avec des banderoles Pilpa vivra lors du festival de musique de Carcassonne. Mais pour eux, il n’est pas question de faire grève. "On a de fortes craintes que l’usine ferme, précise Maxime Jarné, délégué du personnel chez Pilpa, contacté par L’Usine Nouvelle. Il y a un combat à mener, on l’accepte mais on ne veut pas se mettre en faux avec la direction. On mène des débrayages, mais une grève, c’est long et coûteux pour les salariés".
Les salariés croient en l’action de l’Etat, "sinon on ne serait pas aller les voir", assure Maxime Jarné. Ils croient notamment aux soutiens des élus locaux, qui ont écrit à la direction pour éviter la fermeture du site. Le député-maire de Carcassonne, Jean-Claude Pérez, évoque même une expropriation pour mieux faire plier le groupe. "On ne peut pas se permettre de fermer une entreprise avec 40 ans d’ancienneté pour gagner quatre sous de plus pour les fonds de pension américain", conclut le délégué du personnel.











