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"Les salariés d’Areva NC sont inquiets"

Par DE NOTRE CORRESPONDANT, PATRICK BOTTOIS - Publié le
© D.R.

  L'industrie nucléaire est au cœur de l'actualité. L'occasion de revenir sur les enjeux de cette industrie en France avec Eric Vernel, délégué CGT du site Areva NC de La Hague (Manche) et membre du comité d'hygiène sécurité et condition de travail.

L'Usine Nouvelle - L’industrie du nucléaire en général, et l’activité de votre usine en particulier font l’objet de vifs débats politiques et médiatiques, comment les salariés d’Areva La Hague le ressentent-ils ?
Eric Vernel - L’industrie nucléaire et le retraitement en particulier, font depuis toujours l’objet d’attaques politico-médiatiques. A chaque élection présidentielle, notre industrie fait l’objet de polémiques. Hier sur la dangerosité aujourd’hui la rentabilité et encore la dangerosité. Les salariés sont bien évidemment inquiets.

Entre les accords électoraux (PS Europe Ecologie Les Verts NDLR) et la politique dictée par le gouvernement (représentant notre actionnaire principal : l’Etat), les salariés ont toutes les raisons de l’être. La stratégie menée depuis 5 ans a consisté à tirer un maximum de dividendes tout en demandant à l’entreprise de se séparer des unités qui lui assuraient son cash-flow (Areva TD). Cela a mis en difficulté toutes les autres activités du groupe.

Les salariés vivent cela directement à travers la remise en cause de leurs conditions de travail, la baisse de leurs droits, le recul  des effectifs, les multiples réorganisations (46 en 5 ans !) et l’externalisation.

En termes industriels, la baisse des commandes, la fin des contrats et le renoncement annoncé de certains clients sont-ils avérés ?
Les perspectives pouvaient laisser espérer un retour en grâce du retraitement notamment de la part de clients étrangers. L’accident de Fukushima a bien évidemment relancé le débat sur le nucléaire. Cela entraîne la mise en veille des certains projets ou contrats étrangers, il est normal qu’après un tel accident des débats naissent dans tous les pays intéressés par cette énergie et le retraitement.
Un certain nombre de pays ont décidé de sortir du nucléaire à plus ou moins long terme, sans toutefois apporter aujourd’hui d’autre solution énergétique que d’importer l’électricité d’origine nucléaire produite par les pays voisins et d’augmenter leur production d’énergie fossile.

Quelle quantité de déchets auront été retraités cette année, quelles sont les prévisions en volume pour 2012, à quel seuil de quantité l’usine est-elle rentable ?
L’année 2011 comme 2010 a vu l’usine retraiter 1 041 tonnes de combustibles. Le site de La Hague n’est pas une usine de traitement de déchets mais de valorisation des combustibles issus de réacteurs nucléaires. Pour 2012, il serait prévu de valoriser 1 018 tonnes.
Quant aux seuils de rentabilité de l’usine, la question ne peut se résumer à une simple et unique question économique. L’approche économique “orthodoxe”, très normée n’est pas valable dans ce cas, compte tenu des cycles économiques très longs, des contraintes règlementaires et de sûreté ainsi que des enjeux énergétiques de long terme.

En effet, l’usine de La Hague existe car la Nation a fait le choix de retraiter les combustibles issus des centrales nucléaires afin de gérer au mieux les matières nobles (96 %) et les déchets ultimes (4 %). Tout en assurant un stock d’approvisionnement à long terme.
On ne peut pas mesurer la rentabilité d’une activité destinée à la valorisation et à une gestion intelligente des déchets à la seule aune du marché.

Les matières nobles sont utilisées aujourd’hui sous forme de Mox et peuvent l’être dans les réacteurs de générateurs IV, qui représentent la manière la plus optimale de tirer parti de tout leur potentiel énergétique. La recherche devant permettre de réduire encore les volumes de déchets ultimes.L’autre solution est le stockage direct et en l’état des combustibles usés, ce qui en fait là de vrais déchets et un gaspillage énergétique énorme, sans pour autant assurer une meilleure sûreté sur le long terme.

Aujourd’hui, l’établissement de la Hague et ses salariés ont les capacités et les outils pour retraiter les combustibles issus des centrales EDF (1 200 tonnes). EDF ne faisant retraiter que 900 tonnes/an. Aujourd’hui, c’est à l’Etat, notre actionnaire principal, d’exiger que le producteur national Edf retraite l’ensemble de tous ses combustibles.
EDF doit  aussi charger ses 24 réacteurs, susceptibles de l’être, en combustibles Mox, après autorisation de l’état.

Comment les salariés envisagent-ils l’avenir de leur usine, sont-ils confiants ?
Ils sont aujourd’hui inquiets notamment dans l’attente du PAS (Plan d’Action Stratégiques) dont la présentation aura lieu le 12 décembre. Ils subodorent de nouvelles coupes dans les effectifs, dans leurs droits et des réorganisations. En effet, si aujourd’hui le gouvernement ne veut pas de plan social dans une entreprise dont il est le principal actionnaire, il exige toujours un rendement à 2 chiffres (soit 500 millions d’euros). Ce qui pour les salariés d’Areva signifie réorganisations, baisse d’effectif, rigueur salariale etc… Quelque soit le résultat de l’élection présidentielle, le futur gouvernement devra répondre à la question de la gestion des combustibles issus des réacteurs.

Propos recueillis par notre correspondant en Normandie. Patrick Bottois

A voir : " Départ du douzième transport de déchets nucléaires vitrifiés à destination de l’Allemagne "


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