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Les salaires de l'usine du monde sur la pente ascendante

Par Daniel Krajka - Publié le
Ouvriers chinois
© erikaflynn - Flickr - C.C.

Une étude réalisée par les statistiques américaines confirme l'importance de la Chine dans la production manufacturière mondiale. Elle indique également que les salaires ont enfin commencé à grimper significativement.

Le terme usine du monde attribué à la Chine n'est pas juste une formule journalistique. Selon une étude menée par Judith Banister et George Cook pour le dernier Labor Review publié par le Bureau of Labor Statistics (BLS), l'industrie manufacturière chinoise employait en 2008 pas moins de 99,01 millions de travailleurs.

A titre de comparaison, l'ensemble des pays du G7 – Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni – en employait la moitié dans ce secteur, exactement 49,53 millions de salariés. La part de la Chine s'est probablement encore accrue car, si l'industrie manufacturière du pays, après un reflux en  2009, poursuit sa croissance, dans les pays du G7 elle n'occupait plus que 44,85 millions de travailleurs.

En 2006, le nombre de travailleurs de l'industrie manufacturière en Chine atteignait 111,61 millions de travailleurs. La baisse de ce chiffre en 2007 correspond à une modification du mode de calcul qui, en n'incluant plus les auto-entrepreneurs, a réduit le chiffre global d'environ 17 millions.

L'étude du BLS s'est également penchée sur le coût du travail en Chine. Pour établir une comparaison valable avec d'autres pays, on a calculé le coût horaire du travail en divisant le coût annuel direct ajouté aux avantages divers par une estimation du nombre d'heures travaillées dans l'année.

un meilleur capital humain

Une première conclusion est la rapide hausse des rémunérations du travail en Chine. Si, entre 2002 et 2008, celles-ci se sont appréciées de 19% aux Etats-Unis, elles ont bondi de 100% en Chine. Le rapport identifie trois causes à cette hausse.

D'abord, une importante augmentation des prix à la consommation, particulièrement pour l'alimentation. Ensuite, une amélioration sensible de la qualité du capital humain, toutes catégories confondues, ayant permis une hausse moyenne annuelle de 10% de la productivité du travail entre 1991 et 2008. Enfin, une pénurie relative de main-d'œuvre.

Malgré une population employée de 775 millions, soit 58% de la population totale, la part des personnes de moins de trente ans tend à diminuer suite à la politique de l'enfant unique mise en place dans les années 1970. Pour faire face à cette pénurie, les entreprises ont été obligées d'élargir leurs critères de recrutement, d'augmenter les salaires et d'améliorer les conditions générales d'emploi.

De plus, l'amélioration de la condition de vie des ruraux décidée par l'Etat permet aux migrants potentiels de se montrer plus difficiles sur la qualité des emplois avant de se faire embaucher par les usines de la côte.

Exprimés en dollars, les rémunérations augmentent relativement plus vite car, si en 2005 un dollar s'échangeait pour 8,28 yuans, en 2008 ce taux était tombé à 6,95. La tendance s'est poursuivie puisqu'actuellement le taux de change est de 1 dollar pour 6,53 yuans.

Comparées à celles des autres grands pays, les rémunérations horaires du travail en Chine sont encore à un niveau très bas. Atteignant en moyenne 1,36 dollar en 2008, elles ne sont qu'une fraction des 27,80 dollars du Japon ou même des 8,68 dollars de Taïwan. En revanche, ce niveau est proche de celui des Philippines (1,68 dollar).

2,40 dollars de l'heure

Il existe une croissante différenciation entre les salaires dans les entreprises des villages et des petites villes (TVE) et ceux des entreprises urbaines, constate le rapport. En 2002, le rapport entre les deux était de 2,3 ; en 2008, il atteignait 2,9. Le ralentissement de la vague migratoire, en amplifiant la pénurie de main-d'œuvre, a participé à cette tendance qui a poussé les rémunérations de l'industrie manufacturière urbaine vers les 2,40 dollars de l'heure. Ce taux est sensiblement supérieur à celui pratiqué en Inde dans le secteur formel.

Partant de très bas, les rémunérations en Chine ont suffisamment grimpé, tout au moins sur la côte, pour que les industries à faible valeur ajoutée, aient commencé à migrer vers des pays où les salaires sont plus bas comme le Bangladesh. La vague de grèves, qui a touché notamment des usines Honda dans le Guangdong, ainsi que la vague de suicides à Foxconn ont incité les autorités à remonter sensiblement les salaires minimum fixés au niveau de la province ou de la grande ville.

Au 1er mars, les grandes villes industrielles du Guangdong ont remonté leur salaire minimum de près de 20%. Ce salaire minimum est utilisé comme salaire de base par de nombreuses entreprises. En deux ans, estime le China Labour Bulletin, les salaires moyens ont augmenté de 50%.

535 en 2013

A Dongguan, le salaire de base pour les ouvriers à la production atteint 1 300 yuans (200 dollars). En incluant les heures supplémentaires et les diverses primes, le salaire peu grimper à 430 dollars. Pour retenir leurs salariés les usines versent désormais des primes d'ancienneté et de productivité en plus du paiement des heures supplémentaires.

Selon un porte-parole de Foxconn, le plus important sous-traitant mondial de produits électroniques qui emploie plus d'un million de salariés, le salaire d'embauche à Shenzhen est désormais de 235 dollars. Après neuf mois et une évaluation de compétences, il peut dépasser les 300 dollars. En incluant les primes diverses, la rémunération totale pourra alors se situer entre 410 et 550 dollars.

L'usine de sous-traitance Honda Nanhai à Foshan, où la vague de grèves du printemps 2010  avait commencé, vient de signer un accord comprenant une augmentation de salaire de 611 yuans. En incluant une hausse de 50 yuans de la prime mensuelle, le salaire des ouvriers de ligne atteindra 400 dollars. Un accord préalable a même été signé avec les délégués prévoyant que le salaire atteindrait 535 dollars en 2013.

Cette année là, le joint-venture entre Volkswagen et First Auto Works va démarrer une nouvelle unité de production à Foshan. Les salaires offerts devraient se situer entre 535 et 615 dollars. Si l'on est encore loin des salaires pratiqués en moyenne en Europe, ce sont des salaires qui sont en ligne avec ceux des nouvelles usines ouvertes en Slovaquie.

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