LES ROBOTS FRANÇAIS QUI SE JOUENTDES RADIATIONS
Par PAR LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3232
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Une fois abîmé, un réacteur nucléaire devient un milieu extrême où la moindre opération est sensible. Depuis l'accident de Tchernobyl, la France a développé des capacités rares, dont le Japon pourrait bénéficier.
Tout était prêt. La France avait répondu à l'appel lancé par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), à la recherche de robots et de véhicules sans pilote, susceptibles d'intervenir sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. L'Antonov 225, posé sur l'aéroport Marcel-Dassault de Châteauroux-Déols (Indre), s'apprêtait à charger 130 tonnes de matériel à destination de Tokyo. Mais à la dernière minute, lundi 21 mars, les autorités nippones ont décliné l'offre française. Peu demandeur d'aide étrangère depuis le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, le gouvernement japonais se prive là d'une compétence rare : des robots capables d'intervenir dans des sites fortement irradiés.
Le GIE Intra (Intervention robotique sur accidents) formé, en 1988, par EDF, le CEA et la Cogema (devenue Areva) est l'un des rares spécialistes aux côtés des Allemands et des Américains. Né au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine, ce groupement d'intérêt économique est installé près de la centrale nucléaire de Chinon (Indre-et-Loire). Il a pour mission « de concevoir, de développer et de maintenir des engins robotisés. Il doit aussi intervenir sur des accidents », explique Michel Chevallier, le directeur du Groupe Intra. Il forme également des personnels hyperqualifiés pour piloter ces engins en milieux dangereux. Fort heureusement, la France n'a jamais eu à tester ces outils à l'occasion d'un accident grave.
Jusqu'ici, le Groupe Intra s'est contenté de participer à des exercices de simulation et à quelques opérations de maintenance. Le GIE peut fournir plusieurs types d'appareils. Tout d'abord, des robots d'intérieur, de 2 à 3 mètres de long pour plus de 300 kg, qui peuvent se glisser dans un bâtiment endommagé, y franchir des obstacles et grimper des escaliers. Équipés de caméras et de sondes de mesure de la radioactivité, ils sont capables de transmettre leurs données à distance. Un bras articulé leur permet d'actionner des portes et de tourner des vannes. Une version pour l'extérieur dispose des mêmes équipements montés sur un imposant châssis de dameuse. Ces robots peuvent couper ou souder des tuyaux.
Enfin, Intra est capable de fournir des engins de travaux publics télécommandés. Ils sont contrôlés jusqu'à plusieurs kilomètres de distance à travers un système de double commande. Les plus coûteux de ces bijoux valent jusqu'à 1 million d'euros pièce. Un coût élevé qui s'explique par la nécessité de « durcir » les robots. « Comme les humains, l'électronique n'aime pas les rayonnements », précise Michel Chevallier. Les parties fragiles doivent ainsi être soigneusement enfermées dans des caissons blindés, en plomb par exemple. Une opération qui rend ces machines jusqu'à cent fois plus tolérantes aux radiations. À Tchernobyl, les rares robots utilisés étaient rapidement tombés en panne.
Opérations toujours en cours à Tchernobyl
À plus long terme, la France pourrait aussi apporter au Japon son expertise pour le devenir du site de Fukushima Daiichi. La vieille centrale va demander une attention de plusieurs dizaines d'années. À terme, il faudra isoler et démanteler les six réacteurs. Un scénario qui n'est pas sans rappeler les opérations toujours en cours à Tchernobyl. Le sarcophage d'acier et de béton construit en urgence par les liquidateurs soviétiques au-dessus du réacteur endommagé menace ruine. Une arche de 110 mètres de haut, 160 de long et 250 de large pour un poids de 20 000 tonnes doit le recouvrir. Elle permettra à des moyens robotisés de démanteler la centrale, bloc par bloc. C'est le consortium Novarka, porté par Bouygues et Vinci, qui a remporté ce contrat en 2007.
Quelques sociétés françaises pourraient aider les populations exposées aux radiations de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon). Deux entreprises hexagonales fabriquent des tenues NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique) qui permettent de se protéger contre les particules radioactives solides et éviter ainsi qu'elles n'entrent en contact avec la peau. Paul Boyé, basé au Vernet (Haute-Garonne), fait figure d'acteur historique sur cette niche, alors que le lyonnais Ouvry s'est lancé sur ce marché en 2003. Ce dernier produit 3 000 à 5 000 unités par an selon la demande. « Nous n'avons rien en stock, mais nous sommes très réactifs. Ces tenues pourraient répondre aux besoins des populations à une dizaine de kilomètres de la centrale. Plus près, rien ne vaut les tenues en plomb », explique Ludovic Ouvry, le patron de cette PME. Lemer Pax, à Grenoble (Isère), conçoit et fabrique des matériels de protection contre les rayonnements ionisants dans les univers médicaux et civils (vêtements, murs de plomb, etc.). Une spécialité qui place l'entreprise en première ligne pour intervenir au Japon, aux environs immédiats de la centrale de Fukushima.

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