Les robots de services français ont-ils un avenir ?

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Reeti de Robopec – France
© D. R.

Produira-t-on en France des robots de service ? À l’heure du redressement productif, la robotique personnelle et de service a été identifiée par le PIPAME (pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques), comme un filon potentiel. Pour le vérifier, il a confié –après appel d’offres au cabinet Erdyn-, la rédaction d’un rapport. Sur les bureaux depuis un moment, ce dernier n’a été restitué qu’il y a quelques jours lors du festival Futur en Seine. Il est aussi publié sur le site du Pipame.

Que dit ce rapport de 200 pages ? Pas grand-chose de nouveau. Pour le marché mondial, les auteurs l’estiment en 2015, à 26 milliards de dollars, dont 8 pour la robotique personnelle (aspirateur, tondeuses, jouets…). Le reste, 18 milliards devant être appelé par la vente de robots de services (nettoyage, tri, chirurgie…). En 2010 on n’en serait qu’à la moitié du total visé (environ 13 milliards de dollars).

Un état des lieux permet d’identifier les forces internationales en présence. Quelques pays se dégagent, mais chacun avec une approche différente», observe Olivier Fallou, consultant d’Erdyn auteur du rapport. « Le plus visible reste le projet Coréen avec un plan national qui a pour ambition de faire du pays le numéro un mondial de la robotique de service en 2018. » Sur le modèle d’I-Robots ou de John Deer, aux États-Unis, c’est la robotique de défense qui finance les développements de la robotique de service. L’Allemagne, elle, s’appuie sur sa forte industrie de robotique industrielle, pour développer celle des services. Le Japon ? « Ils sont bons sur la robotique d’intervention et en robotique industrielle, mais pas tant en robotique de service. Les grands de l’électronique ont développé des prototypes de robot très chers, mais qui servent plus de démonstrateurs que de produit réel », avance Olivier Fallou.

Quant à la France, elle bénéficie d’un secteur académique performant, surtout dans les domaines du logiciel et des robots humanoïdes, pour lesquels il n’y a pas de marché aujourd’hui. Mais pas d’industrie. « Bercy parle d’un artisanat de la robotique », résume Olivier Fallou. Il concernerait de 30 à 60 entreprises pour un nombre d’emploi de quelques centaines de personnels très qualifié, indique le résumé du rapport. Pas très précis !

« Les quelques grands groupes industriels français concernés ne communiquent aujourd’hui pas autour de la robotique, qui reste pour la plupart d’entre eux un objet de veille plus qu’un sujet d’actualité », précise aussi le rapport. De même, « le capital-risque ne s’était pas réellement saisi de cette problématique. Associé à des visions d’entreprise essentiellement tournées vers la technologie plutôt que vers les marchés, cela conduit aujourd’hui à un manque chronique de fonds propres des PME pour conduire leur développement. Un fonds, Capital Robolution, vise cette filière spécifiquement depuis début 2012. » On attend les premiers investissements.

Mais les perspectives, sans être mauvaises, ne sont pas très engageantes. La bonne nouvelle ? « Les expérimentations en cours ne conduisent pas à envisager des impacts négatifs sur l’emploi, s’agissant d’un critère d’acceptabilité majeur pour le déploiement des robots. » La moins bonne, c’est que les estimations de création d’emplois directs induits par la robotique de service à l’horizon de 5 à 10 ans ne sont que de quelques milliers à quelques dizaines de milliers. Mais pour en arriver là, encore faudrait-il lever les verrous et « expérimenter en vraie grandeur, rapprocher les filières de la robotique, favoriser les transferts technologiques, accentuer la recherche sur les usages et les modèles économiques, amorcer les marchés par la commande publique et surtout, assurer le développement des entreprises par un financement long terme. »

Un plan robotique national permettrait de créer la dynamique nécessaire, pour traiter tous ces « moins », mais « personne n’en veut. Gardant en mémoire l’échec du plan informatique », explique Olivier Fallou. Rien de visible dans les investissements d’avenir. Juste quelques projets de R&D financés par le gouvernement via les pôles de compétitivité. « Or pour rassurer les investisseurs privés, il faudrait au moins que l’État communique sur son soutien à la filière », conclut Olivier Fallou. Un minimum, non ? Mais fallait-il vraiment payer une étude à un cabinet privé pour arriver à cette conclusion ?

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1 réaction

INNOROBO | 04/07/2012 - 08H51

l'étude n'offre effectivement pas de perspectives engageantes. Mais elle oublie les multiples convergences et les innovations potentielles de rupture qui peuvent bouleverser le marché (convergence avec le numérique par exemple, nouvelles applications domestiques ou professionnelles). En projetant sur l'existant, on ne tient pas compte des innovations d'usages. La robotique est une solution potentielle à des enjeux sociétaux majeurs et est un marché d'offres. Moins de 5 ans pour prendre 10% de part de marché de l'aspirateur....grâce à une innovation.

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