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« Les révolutions arabes sont un coup de semonce sans frais pour le Maroc »

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Ahmed Reda Chami
© D. R.

  Dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle, Ahmed Réda Chami, le ministre de l’Industrie du Maroc, revient sur les conséquences des révolutions arabes sur son pays. Selon lui, les événements en Tunisie, en Egypte et en Lybie poussent le Maroc à aller plus vite et plus loin dans les réformes. Il plaide pour une monarchie constitutionnelle parlementaire.

L'Usine Nouvelle - Pensez-vous que la volonté générale de réforme et de changement dans le monde arabe puisse épargner le régime marocain ?
Ahmed Réda Chami - Il y a une légitimité incontestée de la monarchie au Maroc. Sa Majesté le Roi Mohamed VI est un roi impliqué et qui jouit d’une grande popularité. Un espace de libertés a déjà été conquis dans le pays depuis les années  80. Nous avons 30 partis, 6 syndicats, des ONG, plus de 100 journaux. Jusqu’à présent nous étions un peu les premiers de la classe. Si les révolutions tunisiennes et égyptiennes vont à bon port, ce que j’appelle de mes vœux en tant qu’arabe, nous devrons aller vers une réforme globale menée par la monarchie, les partis et les syndicats de travailleurs. Il faut renforcer le rôle du premier ministre. Mon parti l’USFP (socialiste) milite depuis longtemps pour une monarchie constitutionnelle parlementaire. Les mouvements arabes peut être pour nous un coup de semonce sans frais qui nous poussent à aller plus vite et plus loin.

Dans un des memos diplomatiques publiés par Wikileaks, un ambassadeur américain déplorait « l’effroyable rapacité de l’entourage du roi », quelle réponse face à la corruption qui irrite les peuples ?
Wikileaks, ce sont souvent des propos rapportés dans des discussions de salons je reste donc sceptique. Mais je veux répondre sur la question de la corruption. Dans le passé, il y en a eu sur des grands marchés d’Etat. Aujourd’hui la justice intervient. Nous avons des affaires en jugement. Nous avons mis en place une instance de prévention de la corruption que les citoyens peuvent saisir. S’il y a des monopoles ou des ententes nous avons un conseil de la concurrence. La petite corruption existe encore, il faut la combattre. Au Ministère de l’Industrie, nous avons créé un site web « Stop corruption » pour que les citoyens puissent nous signaler des problèmes à résoudre . Et puis nous allons accélérer les services administratifs électroniques qui éviteront les intermédiaires.

Comment répondre à l’aspiration d’un niveau de vie plus élévé ? Faut-il augmenter les salaires ?
Le nouveau gouvernement a augmenté le salaire minimum de 17 % en 2007, aujourd’hui nous travaillons à une maîtrise de la hausse des salaires, car la priorité c’est l’emploi. Nous voulons garder notre compétitivité. Mais pour augmenter le pouvoir d’achat, on peut aussi réduire les dépenses. Nous sommes en train de développer la couverture sociale, maladie, retraite et l’accès au logement. Il y a deux jours mon collègue des transports a annoncé que 300 000 travailleurs indépendants sont couverts par la sécurité sociale. Nous avançons sur les réformes économiques et sociales. Et nous le faisions avant même les révolutions car la signature du statut avancé avec l’Europe nous y poussait.

Les événements chez vos voisins, ont-ils refroidi les investisseurs et clients ?
Non. Les sociétés qui investissent sur place se répartissent en trois groupes. Celles qui ont pleinement confiance comme Mecachrome ou Frantz Electrolyse. Elles vont s’implanter. Il y a celles qui sont un peu attentistes mais qui sont rassurés par le calme des manifestations du 20 février. Enfin, un dernier groupe a gelé ses projets en attendant de voir, c’est le cas d’un industriel allemand dans les métaux. Ce que nous remarquons aussi, c’est un nouvel afflux de courant d’affaires de donneurs d’ordre, en particulier dans le textile. Certains se fournissaient en Egypte et en Tunisie et d’autres en Chine.

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