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LES RÉVOLTES SONT UN COUP DE SEMONCE

Par PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-SOPHIE BELLAICHE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3230
« Nous avons créé un site web : Stop corruption. »
« Nous avons créé un site web : Stop corruption. »
© MOHAMED

Dans un entretien exclusif accordé à « L'Usine Nouvelle », Ahmed Réda Chami, le ministre de l'Industrie du Maroc, revient sur les conséquences des révolutions arabes sur son pays.

Pensez-vous que la volonté générale de réforme et de changement dans le monde arabe puisse épargner le régime marocain ?

Il y a une légitimité incontestée de la monarchie au Maroc. Sa Majesté le Roi Mohammed VI est un roi impliqué et qui jouit d'une grande popularité. Ensuite un espace de libertés a déjà été conquis dans le pays depuis les années 80. Nous avons 30 partis, 6 syndicats, des ONG, plus de 100 journaux. Jusqu'à présent nous étions un peu les premiers de la classe. Si les révolutions tunisienne et égyptienne vont à bon port, ce que j'appelle de mes voeux en tant qu'Arabe, nous devrons aller vers une réforme globale menée par la monarchie, les partis et les syndicats de travailleurs. Il faut renforcer le rôle du Premier ministre. Mon parti, l'USFP (socialiste), milite depuis longtemps pour une monarchie parlementaire. Les mouvements arabes peuvent être pour nous un coup de semonce sans frais pour aller plus vite et plus loin.

Dans un des mémos diplomatiques publiés par Wikileaks, un ambassadeur américain déplorait « l'effroyable rapacité de l'entourage du roi », Comment répondre à la corruption qui irrite les peuples ?

Wikileaks, ce sont souvent des propos rapportés dans des discussions de salons. Je reste donc sceptique. Mais je veux répondre sur la question de la corruption. Dans le passé, il y en a eu sur des grands marchés d'État. Aujourd'hui, la justice intervient. Nous avons des affaires en jugement, par exemple sur l'Office national des aéroports. Nous avons mis en place une instance de prévention de la corruption que les citoyens peuvent saisir. S'il y a des monopoles ou des ententes, nous avons un conseil de la concurrence. La petite corruption existe encore, il faut la combattre. Au ministère de l'Industrie, nous avons créé un site web « Stop corruption » pour nous signaler les problèmes. Et puis nous allons accélérer les services administratifs électroniques qui éviteront les intermédiaires.

Les citoyens aspirent à un niveau de vie meilleur. Faut-il augmenter les salaires ?

Le nouveau gouvernement a augmenté le salaire minimum de 17 % en 2007, aujourd'hui nous travaillons à une maîtrise de la hausse des salaires, car la priorité c'est l'emploi. Nous voulons garder notre compétitivité. Mais pour augmenter le pouvoir d'achat, on peut aussi réduire les dépenses. Nous sommes en train de développer la couverture sociale, maladie, retraite et l'accès au logement.

Il y a deux jours, mon collègue des Transports a annoncé que 300 000 travailleurs indépendants sont couverts par la sécurité sociale. Nous avançons sur les réformes économiques et sociales. Et nous le faisions avant même les révolutions, car la signature du statut avancé avec l'Europe nous y poussait.

Les événements chez vos voisins ont-ils refroidi les investisseurs et clients ?

Non. Les sociétés qui investissent sur place se répartissent en trois groupes. Celles qui ont pleinement confiance comme Mecachrome ou Frantz Electrolyse. Elles vont s'implanter. Il y a celles qui sont un peu attentistes mais qui sont rassurées par le calme des manifestations du 20 février. Enfin, un dernier groupe a gelé ses projets en attendant de voir. C'est le cas d'un industriel allemand dans les métaux. Ce que nous remarquons aussi, c'est un nouvel afflux de courant d'affaires de donneurs d'ordre, en particulier dans le textile. Certains se fournissaient en Égypte et en Tunisie, d'autres en Chine.

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