Pour les industriels francais, les mesures sur la libéralisation de la distribution pourraient entraîner 50 000 suppressions d'emplois.
Les remèdes de la Commission Attali pour redresser la croissance française ne font pas recette auprès des industriels. Les premières propositions du rapport d'étape de la commission sur la libéralisation de la croissance ont été remises hier au chef de l'Etat.
Pour favoriser le pouvoir d'achat, le rapport prévoit notamment de revenir sur l'interdiction de la revente à perte la loi Galland régulant les prix dans le commerce. Des mesures qui risquent d'avoir des conséquences sur l'emploi, pointent plusieurs associations professionnelles de fournisseurs.
« Avec la ruine annoncée de notre
industrie, à commencer par celle d'un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l'agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c'est toute notre économie qui sera à la peine, avec des répercussions désastreuses pour l'emploi », affirme l'Institut de liaisons et d'études des industries de consommation, dans un communiqué. L'association qui regroupe 120 groupes industriels critique une réforme qui « appauvrit les producteurs et affaiblit encore notre croissance ».
Fragilisation des PME
A la Confédération française du commerce interentreprises (CGI), les calculs ont été faits. « Les projections et études réalisées prévoient la destruction de 50 000 emplois directs et la disparition de 3 000 PME, fragilisées sur leurs circuits de distribution », affirme
Hugues Pouzin, le directeur général de la CGI dans un communiqué. « Je suis étonné que personne ne semble s'en préoccuper », s'inquiète-il en demandant au gouvernement de « revenir sur les propositions avancées » et l'instauration d'un débat avec l'ensemble des parties prenantes.
De son côté, l'Ania qui regroupe les industriels de l'agro-alimentaire avait affirmé début octobre craindre que la réforme de la loi Galland « n'aboutisse à la fragilisation des PME » dans un contexte de « pressions économiques accrues liées à la hausse du coût des matières premières ».
Solène Davesne
Les principales propositions de la Commission Attali
La fin des lois Galland et Raffarin
La Commission Attali veut supprimer les lois Galland et Raffarin, accusées d'être « un échec ». En 1996, elles avaient été adoptées pour protéger le petit commerce, en régulant les niveaux de prix pratiqués par la grande distribution et les implantations de centres commerciaux. Leur abrogation permettrait de faire diminuer de 2 à 4 % ses prix à la consommation et à créer un million d'emplois dans le secteur. Des gains estimés en termes de croissance à 0,8 % de PIB supplémentaire chaque année. Le rapport veut ainsi autoriser la revente à perte. L'encadrement des pratiques des distributeurs sera confié à un Conseil de la concurrence, chargé de condamner les « prix prédateurs ».
Dynamiser le commerce de détail et les fournisseurs indépendants
Constatant que « les petits fournisseurs sont particulièrement touchés par les pratiques commerciales des grandes enseignes », la Commission veut réduire le délai de paiement des fournisseurs par les grands distributeurs. De 90 jours actuellement, ce délai devrait être ramener à 30 maximum. Les organisations économiques de producteurs seront encouragées afin d'accroître le pouvoir de négociations des PME.
Autoriser les « class actions » pour les consommateurs
La commission veut permettre aux consommateurs de mener des actions de groupe en réparation d'un dommage causé par un prestataire. Une mesure qui vise à « accroître la confiance dans l'économie de marché ».
Favoriser l'accès au logement
500 000 logements nouveaux devront être construits chaque année d'ici à 2010 puis les constructions se poursuivront à un rythme de 350 000 par an au cours de la décennie suivante. Pour atteindre cet objectif, la Commission propose d'inciter les collectivités territoriales à construire des logements « socialement mixtes ». L'accès à la propriété doit également être rendu possible à « tous les locataires modestes » d'ici 10 ans via des systèmes de financements adaptés.
Créer des « Ecopolis »
Enfin, la commission veut créer 10 villes écologiques (ou Ecopolis) d'ici à 2012. « Ce seront des villes d'au moins 50 000 habitants intégrant une haute qualité environnementale et les toutes nouvelles technologies de communication », affirme le rapport. Des projets similaires ont déjà vu le jour à l'étranger, en Suède ou en Grande-Bretagne notamment, précise encore la Commission.