Les recettes de chaussettes « made in France »
Par OLIVIER COGNASSE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3243
© FRÉDÉRIC PITCHAL ; D.R.
Tricotage des Vosges produit toutes les chaussettes Bleu Forêt en France et a relocalisé 30 % de la production Olympia. Sa recette ? Polyvalence, ERP et flexibilité.
Tricotage des Vosges veut continuer à produire toutes ses chaussettes en France ! Le propriétaire des marques Olympia et Bleu Forêt mise sur sa qualité et sa réactivité industrielle pour rendre son usine de Vagney (Vosges) aussi compétitive que ses concurrentes chinoises. L'entreprise, qui a perdu d'un coup les deux tiers de son chiffre d'affaires en refusant de renouveler la licence DIM, a même décidé, dans la foulée du rachat des chaussettes Olympia, de relocaliser en France 30 % de la production provenant jusque-là de Roumanie. En s'appuyant sur la qualité de son personnel, une remise en cause permanente de son outil industriel et un ERP digne d'un grand groupe, la PME réussit à produire 8 millions de paires de chaussettes sur son site « Bleu Forêt », comme l'appellent ses salariés. Cette usine de Tricotage des Vosges emploie 250 salariés et a réalisé un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros. Sa production est référencée dans 1 600 grandes surfaces.
1 - LE CULTE DE LA POLYVALENCE
« Depuis la création de l'entreprise en 1994, nous avons toujours maintenu une production 100 % vosgienne. Notre secret ? La réactivité », dévoile François Curé, directeur général de Tricotage des Vosges. Selon lui, une organisation très simple est en effet un impératif pour réagir rapidement. « Nous avons mis en place une organisation à plat, avec peu d'échelons. Elle comprend un directeur de production avec des chefs d'atelier ayant de vraies responsabilités, puis l'ensemble du personnel. » Efficace, le personnel de Bleu Forêt est responsabilisé et polyvalent. Un bonnetier de Tricotage des Vosges contrôle, par exemple, 23 machines, seul. En Chine, le rapport est d'un pour quatre. Cette polyvalence exige d'avoir un personnel bien formé. Le budget formation correspond à 1,04 % de la masse salariale. Les formations sont dispensées en interne avec l'aide des fournisseurs de machines (on en dénombre 280 dans les ateliers), comme l'italien Lonati (Italie). Il n'existe en effet pas d'école de formation de bonnetier. En atelier de finition, les ouvrières réalisent les coutures, le formage des articles à la vapeur sous pression, le conditionnement et le groupage. « Sur les lots variés, il faut réagir vite s'il y a un retard. Nous leur demandons de penser. L'informatique n'est là qu'en soutien pour préparer le travail. » L'assemblage de collants se fait à la main. C'est lourd en main-d'oeuvre, mais cela permet d'être plus réactif. « S'il manque trois collants pour une commande, on fait trois collants. » Ce qui réduit à néant le risque de surproduction.
2 - UN ERP SURDIMENSIONNÉ
L'autre secret de l'usine Bleu Forêt réside dans l'informatique... Grâce à son nouvel ERP, implémenté depuis deux ans. Bleu Forêt a par exemple pu intégrer la production des chaussettes Olympia sans douleur. Le logiciel Eureka, développé par un éditeur et intégrateur mulhousien, assure l'approvisionnement des matières premières, l'optimisation de la planification industrielle et la gestion logistique et commerciale. La PME reconnaît s'être dotée d'un outil surdimensionné. Mais il permet de passer les commandes auprès des fournisseurs localisés en grande partie en Alsace et en Europe, à 90 % par échange de données informatisées (EDI). De même, les sorties de caisses des magasins sont reliées à l'usine via EDI, pour proposer les ordres de réassortiment et de facturation. « Les boucles sont semi-ouvertes. Le logiciel fait une proposition et un spécialiste de la gestion de flux valide les ordres de fabrication en fonction de son expérience et des paramètres. Il faut du bon sens. Dans les trois quarts des cas, le logiciel fait les bonnes propositions », reconnaît François Curé. En bout de ligne de production, la préparation des commandes reste cependant manuelle. Une opératrice munie de son bordereau de préparation effectue sa tournée en zone de stockage. Une fois de plus, l'oeil du personnel est décisif pour choisir le bon format de cartons. « Les ouvrières ne se trompent jamais », se réjouit le directeur du site. Et sa satisfaction grandit encore lorsqu'il évoque un taux de service (bonne livraison et à la bonne heure) de 98 %, quand il est généralement inférieur à 70 % dans le secteur.
3 - UNE ORGANISATION FLEXIBLE
L'un des atouts de Bleu Forêt, c'est aussi sa capacité à remettre en cause son modèle industriel. En dix-sept ans, l'atelier finitions a été réimplanté trois fois et celui du tricotage dix fois. « Nous investissons chaque année 800 000 à 1 million d'euros dans les nouvelles machines. Nous sommes même passés à 1,8 million sur le dernier exercice pour acquérir 50 nouveaux métiers à tricoter nécessaires à la production d'Olympia », souligne le patron. Cette souplesse impose cependant de transiger avec un des piliers du Lean : les stocks réduits. Une importante quantité de matières premières est ainsi disponible pour permettre le lancement de production rapidement. « Avec la crise, les délais se sont allongés en raison de la spéculation », explique François Curé. Cette organisation souple lui permet de réassortir automatiquement les produits des collections dans tous les coloris et les tailles au fur et à mesure des commandes. Les délais n'excèdent pas deux semaines quel que soit le pays de destination. En fabriquant au dernier moment, les risques d'obsolescence sont également très limités, car 70 % de la collection sont renouvelés à chaque saison. Et les coûts de surstock lissés.

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