Les raisons d'un jeudi noir
Par Laurent Guez Directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3131« La grève du 29 pour ne pas payer la crise. » Ou encore : « Face à la crise, la grève du 29 pour refuser, etc. » Etonnantes formules que l'on picore sur les sites web de quelques organisations syndicales. Ne cherchez pas la contrepèterie, l'époque ne prête pas à la plaisanterie. Non, il ne s'agit pas d'une Grande Grève contre la crise de 29, mais bien de la grève du 29 (janvier), face à la crise (de 2009). Face au risque de dépression, le réflexe naturel ne serait-il pas - comme nous l'avions évoqué dans ces colonnes la semaine dernière - de se serrer les coudes ? De dépasser la lutte des classes ? De mettre entre parenthèses l'épuisant combat droite-gauche ? Et de faire front pour créer de la richesse ?
La grève est un droit garanti par la Constitution, et c'est heureux. Pour autant, ce droit ne s'use pas quand on s'en sert avec lucidité. Ailleurs dans le monde, rares sont ceux qui songent à débrayer. Quand des entreprises qui comptent parmi les plus performantes du monde, comme Microsoft ou Intel, suppriment des milliers de postes, appeler à l'arrêt de travail paraît tellement décalé... Le mouvement d'aujourd'hui, populaire si l'on en croit les sondages, s'explique pourtant par trois originalités françaises.
Un. Chez nous, les difficultés sont systématiquement mises sur le compte du souverain. La France souffre socialement, de la crise bien sûr mais, déjà bien avant, des dommages collatéraux de la mondialisation ; elle s'en prend donc à l'exécutif.
Deux. La démagogie étant la vertu la mieux partagée par les dirigeants politiques et les partenaires sociaux, il est difficile aux uns comme aux autres de bâtir un plan consensuel et de proposer au pays de se retrousser les manches. Le discours anticapitaliste adopté du jour au lendemain par les anciens libéraux n'arrange rien à l'affaire : il encourage les réactions populistes.
Trois. Si les syndicats appellent à la protestation, c'est qu'ils se sentent humiliés par le pouvoir, manifestement plus habile qu'eux. Les grandes centrales sont poussées à s'entre-déchirer ; elles sont consultées devant les caméras, contournées hors antenne. Le chef de l'Etat devrait se méfier de lui-même. Trop de dextérité tue la dextérité.

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