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Les raffineries sont mortes, vive les raffineries !

Par THIBAUT DE JAEGHER - Publié le
Thibaut de Jaegher, rédacteur en chef
© DR

Les fermetures d'usines ne sont pas une fatalité. Nous devons apprendre les accepter et chercher, plutôt, à assurer le renouvellement de la population industrielle en soignant son taux de fécondité : l'innovation.

C'est à chaque fois la même tragédie qui se noue quand un site est menacé de fermeture. Le décor est toujours celui d'un site de production. Et les rôles sont toujours distribués de la même manière. Le rôle du méchant est évidemment joué par le patron qui veut fermer à tout prix ses ateliers pour préserver sa rentabilité. Celui des victimes est tenu -légitimement- par des salariés souvent désespérés, qui disent n'avoir plus rien à perdre. Et puis, il y le rôle de l'intermédiaire impuissant, que tiennent généralement l'Etat et ses représentants, promettant de sauver l'emploi sans avoir réellement de prise sur ce qui se déroule sous leurs yeux.

 

Cette pièce, qui se joue -avec quelques variantes- aux quatre coins de la France (de la raffinerie Lyondellbasel de Berre à l'usine PSA d'Aulnay en passant par la cimenterie de Lafarge en Bourgogne ou le site Arcelor de Gandrange en Moselle), elle met mal à l'aise. Les ficelles sont trop grossières, la trame est trop évidente (j'avais envie de dire trop simpliste) pour que nous nous en tenions à cette distribution des rôles. Prenons les raffineries, ce qui les met en danger aujourd'hui en France, ce n'est pas la soudaine volonté de Total, de Shell ou LyondellBasel de fermer ces sites mais un retournement lent et irréversible du marché français du carburant. On consomme moins d'essence et plus de diesel. Pour la cimenterie bourguignonne de Lafarge, la réalité, comme le souligne notre spécialiste du sujet Olivier James, c'est que ce site n'a plus de marché autour de lui. Les projets de construction ne permettent pas d'assurer plus de 40% d'activité... Quant à l'usine automobile d'Aulnay, il ne paraît pas totalement fou que PSA s'interroge sur la pertinence de conserver deux usines distantes d'une vingtaine de kilomètre et conçues pour produire les mêmes modèles.
 
On peut refuser de voir ces causes économiques mais ce sont bien elles qui poussent les industriels (petits ou grands) à se séparer de certaines usines en France. La société évolue, ses attentes également et l'industrie doit s'y adapter. Ce que l'on peut, en revanche, reprocher aux entreprises, c'est peut-être de ne pas tout faire en amont pour "sauver" ces sites. Trop longtemps, nos dirigeants ont négligé les investissements technologiques : dans les machines, les process, les organisations... Ces investissements sont pourtant nécessaires au maintien de la compétitivité des usines et de l'entreprise dans son ensemble. Dans le cas des raffineries, cette négligence est frappante. La prédominance du diesel sur le marché français ne date pas d'hier. La tendance, qui se lit dans les statistiques de ventes d'automobiles, pouvait donc être largement anticipé. Un peu à la manière de ce que Bosch réalise pour son site de Vénissieux, dans le Rhône. L'allemand, qui sait déjà qu'il n'aura plus de travail à fournir à ce site en 2014, s'est mis en quête de nouveaux marchés. Le travail est ardu et ingrat (les salariés inquiets pour leur avenir sont très vindicatifs) mais il porte ses fruits puisqu'une production de panneaux photovoltaïques a été dénichée.
 
Ce volontarisme, cette anticipation doivent devenir la règle dans notre pays si l'on ne veut pas que chaque usine qui ferme devienne un drame national. A l’instar de Martin Hirsch et de son excellent rapport sur la lutte contre la pauvreté, on pourrait dire aux industriels : "Au possible vous êtes tenus". Mais cette posture, elle oblige à mener une véritable révolution des esprits, chez les patrons, les syndicalistes, les salariés et au plus haut niveau de l'Etat. Nos politiques ne peuvent plus jouer le rôle de pompier ou d'inquisiteur des industriels cherchant à restructurer leur appareil productif. Alors que notre pays se tourne peu à peu vers 2012 et son échéance présidentielle, les débats devraient permettre de repenser notre fiscalité et notre système de soutien financier. Nous ne devrions remettre à plat nos dispositifs plus tournés vers la sanction que l'incitation.
 
Cette mobilisation pro-industrielle, que L'Usine Nouvelle appelle de ses vœux de longue date, ne doit cependant pas tromper. Elle ne nous préservera pas des fermetures d'usine. Mais elle permettra sans doute de s'assurer que le taux de fécondité de l'industrie (l'innovation) soit suffisamment élevé pour que, derrière chaque fermeture, une portée de jeunes pousses s'éveille. Un dernier mot sur les raffineries. En un an, trois ont annoncé leur fermeture. Mais, selon une enquête à paraître prochainement dans L'Usine Nouvelle, 80 projets sont à l'étude en matière de chimie du végétal. Les raffineries pétrolières sont mortes, vive les raffineries végétales !

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