S'ils ont des carnets de commandes pleins à craquer, Airbus et Boeing doivent relever le défi de la production. Or le cabinet AlixPartners identifie plusieurs fragilités de la supply chain aéronautique qui pourraient entraver l'augmentation des cadences des chaines d'assemblage.
A grosse commandes, gros défi industriel. Au dernier salon de Farnborough au Royaume-Uni, Airbus et Boeing ont encore engrangé pour des milliards de dollars de commandes, s'engageant ainsi à produire des centaines d'avions supplémentaires. Pour la société de conseils AlixPartners, l'industrie aéronautique doit désormais relever le défi de la production et de la montée en cadence.
Et c'est loin d'être gagné. Avant même ce salon, le cabinet estimait que les avionneurs devraient accroitre leur production de 45% en quatre ans pour livrer ce qu'ils ont promis. "Si l'on tient compte de la complexité accrue des nouveaux modèles à produire, cet accroissement de la production se rapproche même des 70%", estime Thierry Duvette, Managing Director chez AlixPartners.
"Le pilotage de la supply chain doit devenir l'une des toutes premières priorités des avionneurs et des grands motoristes de l'industrie", avertit le consultant. "Ce pilotage doit se faire à toutes les étapes de la vie des programmes: développement, industrialisation et production pour maitriser les coûts, la qualité et les délais."
Les maillons faibles dans la supply-chain sont connus: il s'agit des fournisseurs de rang 2 et les rang 3 qui n'ont pas forcément les moyens financiers et humains pour faire face à l'accroissement de la production . "Les divisions achats des avionneurs doivent monter en puissance et s'étoffer de nouvelles expertises. Elles doivent être capables de s’impliquer de façon plus systématique dans les approches design to cost, maîtriser les modèles de partage des risques entre constructeurs et fournisseurs et contribuer au développement et à la restructuration des fournisseurs confrontés à des difficultés, en les incitant si nécessaire à se concentrer pour relever les nouveaux défis auxquels sera confrontée la chaîne d’approvisionnement et préparer l’avenir", souligne le consultant.
Et comme si la tâche des industriels n'était pas suffisamment difficile, AlixPartners a identifié quatre sources de pénuries qui fragilisent l'ensemble du secteur. Dans le domaine des compétences, l'étude souligne que les processus de fabrication des nouveaux appareils ne sont pas suffisamment aboutis pour permettre une formation rapide et efficace de nouveaux personnels.
Dans le domaine des capacités, AlixPartners rappelle les délais considérables entre la planification et de la disponibilité effective de nouvelles capacités. Typiquement, les capacités de fabrication de pièces forgées, que l'on trouve aussi sur la structure des fuselages ou dans les moteurs, sont insuffisantes. Enfin, certaines matières premières pourraient manquer également. "Les délais sont très longs pour pour la fibre de carbone et les prix sont à la hausse", précise Thierry Duvette.
Les avionneurs sont prévenus. Le défi industriel qui les attend est à la hauteur de leur carnet de commandes: immense.









