Les pays émergents se découvrent de nouveaux besoins
Par JULIE DESNÉ À SHANGHAI, ANNE-GAËLLE RICO À BOMBAYET ANNE PEZET - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3139Brésil, Inde ou Chine, les cancers et les risques cardiovasculaires y rejoignent les maladies infectieuses. Une course contre la montre pour ces pays aux systèmes de santé fragiles.
En Chine, le sida prend la tête des maladies infectieuses les plus meurtrières, devant la tuberculose et la rage, avec près de 7 000 morts en 2008. Après avoir longtemps occulté l'épidémie, le gouvernement vient d'annoncer le chiffre de 265 000 porteurs du virus. Ils seraient même 700 000 selon l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Au Brésil, même si les épidémies de dengue, de paludisme et de fièvre jaune sont toujours d'actualité, le diabète est en pleine expansion.
L'évolution des modes de vie bouleverse le profil des pathologies qui touchent la population. Et ces pays voient déferler sur eux une vague de maladies jusqu'ici plutôt réservées à l'occident : hypertension, cancers, maladies cardiovasculaires... L'Inde et la Chine affichent, à elles deux, 50 millions de diabétiques. Ce n'est que le début. Selon l'OMS, les pays en voie de développement paieront le plus lourd tribut au cours du XXIe siècle, avec 80 % des nouveaux cas de diabète d'ici à 2025. La Chine recense également la moitié des cancers du foie dans le monde et, d'ici à 2020, près d'une femme chinoise sur deux pourrait contracter un cancer du sein.
En Inde, 2,5 millions de personnes souffrent de cancers. Le pays détient même le triste record mondial des décès dus au cancer du col de l'utérus. Chaque heure, huit femmes en meurent. Les besoins en santé sont dramatiques et peinent à être pris en charge par des systèmes de santé encore en cours d'élaboration. Toujours en Inde, le coût des médicaments est assuré à 90 % par le patient. Les dépenses de santé ont, elle, augmenté de plus de 8 % par an au cours de la dernière décennie et « la tendance devrait s'accélérer, car les polices d'assurance deviennent plus accessibles à la classe moyenne indienne », estime le porte-parole d'AstraZeneca en Inde.
Au Brésil, la situation est différente, puisqu'il existe un système national de santé, qui soigne 70 % de la population gratuitement. On recense près de 27 000 équipes de santé familiale, chacune desservant jusqu'à 10 000 habitants, sur tout le territoire. Les autorités ont mis en place, depuis le début des années 2000, un plan de lutte contre le sida, avec la distribution de médicaments génériques fabriqués dans le pays ou importés d'Inde. Néanmoins, le paiement direct par les patients reste de 90 % en moyenne. Quant à la Chine, elle a l'ambition d'accélérer la mise en place d'une couverture universelle, attendue depuis plusieurs années, dans les campagnes, pour aider à l'accès aux soins.
GARANTIR DES PRIX ACCESSIBLES
Malgré la crise économique, le gouvernement chinois a confirmé cet objectif. Et selon une étude d'IMS PharmaNews, le marché pharmaceutique maintiendra une croissance de 12 % en 2009 et même de 14 % en 2010. Mais un autre élément pourrait freiner le chiffre d'affaires des laboratoires : celui du contrôle des prix des médicaments délivrés sur ordonnance, qui pourrait s'étendre. « L'un des buts de la réforme est de garantir des prix accessibles au plus grand nombre. Il suffirait, par exemple, d'inscrire davantage de médicaments sur les listes de ceux délivrables uniquement sur ordonnance », suggère une analyste de l'agence China Securities. Pour les marchés indiens et brésiliens, les auteurs de l'étude estiment qu'ils marqueront le pas en 2009 et 2010. Les laboratoires devront s'adapter à cette donne et sans doute proposer une large palette de médicaments matures et à bon prix, sur ces marchés où les génériques prennent les deux tiers des volumes de médicaments vendus.
Autre barrière à l'accès aux traitements : des réseaux de distribution complexes et fragmentés tentent de mailler ces immenses territoires. En 2007, le groupe français Sanofi-Aventis avait dénombré 8 000 distributeurs de médicaments en Chine. Un réseau de partenaires gargantuesque, pourtant divisé par deux depuis cinq ans, impossible à contrôler. Le gouvernement souhaite réformer ce système, qui comporte trop d'acteurs, avec la mise en place d'un système national de distribution. Cela ferait baisser les marges réalisées sur les prix de vente.
Autre épine dans le pied du gouvernement : le pouvoir des hôpitaux, qui vendent ces traitements plus cher pour financer leur fonctionnement. Ces écarts peuvent atteindre jusqu'à 50 % du prix final ! Les autorités chinoises ont commencé à fixer certains tarifs.
Ces immenses marchés pharmaceutiques restent difficiles d'accès pour les laboratoires étrangers. « Dans le portefeuille des grands laboratoires en Chine, nous estimons que seuls douze médicaments ont atteint des ventes de plus de 50 millions de dollars en 2007. Et 80 % des produits des multinationales ont généré moins de 10 millions de dollars chacun », souligne le cabinet de conseil McKinsey. Et ce, dans un marché qui atteignait 17 milliards de dollars cette même année. .

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