"Les pays du sud de l’Europe se sont désindustrialisés à cause de l’euro"
Par Morgane Remy - Publié learticles liés
"L'euro a permis d'établir une concurrence de l'innovation" Notre industrie plombée par l'euro fortL’euro a dix ans, ce 1er janvier 2012. Un premier cycle de vie qui se termine sur fond de crise économique européenne. Une crise dont il serait le coupable et non la victime, accuse Henri Sterdinyak, économiste à l'OFCE et co-auteur du "Manifeste d’économistes atterrés : crise et dettes en Europe"
L'Usine Nouvelle - Après dix ans d'existence l'euro a-t-il été favorable à notre industrie ?
Sterdinyak - L’euro a provoqué une catastrophe en Europe. Les pays du nord n’auraient pas un tel excédent sans les déficitsdu sud. La monnaie unique a entraîné ce déséquilibre, surtout elle a permi qu'il perdure aussi longtemps. Les pays du Sud se sont désindustrialisés. Hors de l’euro, leur monnaie se serait dévalorisée. Cet indicateur de rappel ne permettait pas aux Etats de s’endetter toujours plus.
Pourtant jusqu'à 2011, l'euro semblait plutôt être un progrès. Non ?
Pendant les premières années, il y a eu une lune de miel illusoire. Jusqu’en 2007, on croyait avoir à faire à des pays d’une même zone homogène. En juin 2007, la Grèce empruntait à un taux de 4,7%, pas beaucoup plus cher que l’Allemagne avec un taux de 4,5%. Avant la crise de 2008, les inégalités se sont creusées et cela a brisé l’illusion avec la crise actuelle des dettes souveraines.
Et pourquoi est-ce un problème que la zone euro soit hétérogène ?
Les pays du Nord, l’Allemagne et l’Autriche ont eu une stratégie de compétitivité effrénée. Leur croissance a été stimulée par les exportations mais ne fut pas porteuse pour le reste de la zone euro. Leur compétitivité était possible car leurs monnaies ne pouvaient pas s’apprécier. C’était une stratégie payante qui se faisait et se fait encore à notre détriment.
Quelle est donc l'alternative possible ?
Aujourd’hui, il n’y a plus de solution. Dans l’idéal, il faudrait que les pays menant une politique de compétitivité excessive augmentent les salaires. Par exemple, l’Allemagne voit la pauvreté progresser mais le pays ne souhaite pas pour autant changer sa politique de gel des salaires. En parallèle, les pays du sud vont devoir se réindustrialiser, ce qui est extrêmement difficile à faire avec une monnaie forte qui surenchérit le prix des exportations.
Et la France où se situe-t-elle entre ce sud surendetté et ce nord ultra-compétitif ?
La France se situe bien. Nous sommes dans un juste milieu entre les pays trop vertueux et ceux trop laxistes. Mais aujourd’hui, nous souffrons de la bêtise des autres et l’avenir semble plus difficile encore. Nos excédents commerciaux se font grâce aux pays du sud de l’Europe. Avec leur plan de rigueur, notre balance industrielle sera de plus en plus déficitaire.
En bref, vous espérez la mort de la monnaie unique ?
Ce peut être une bonne solution. Normalement, ce n’est pas prévu. Le passage à l’euro était prévu pour être à sens unique. Si on le fait, ce sera douloureux. Il y a le risque d’une nouvelle crise bancaire et financière. Mais nous sommes dans une impasse et alors, la seule solution est de revenir sur nos pas. Une monnaie plus faible nous fera regagner en compétitivité et l’Allemagne devra faire face aux conséquences de sa politique.
Pour l’économiste Jean-Louis Levet, l’euro est le seul moyen d’exister face au duopôle Etats-Unis – Chine. Avec une politique industrielle commune, l’Europe deviendra une puissance industrielle autant que commerciale. Dans un entretien accordé à L'Usine Nouvelle, il a précisé le fond de son raisonnement.

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