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Les patrons réclament des règlementations

Par Agathe Remoué - Publié le
Grands patrons s’étaient réunis le 11 décembre pour une journée d’affaires. Et pour se concerter sur des propositions à faire aux négociateurs officiels des  Nations Unies
Grands patrons s’étaient réunis le 11 décembre pour une journée d’affaires. Et pour se concerter sur des propositions à faire aux négociateurs officiels des Nations Unies

En marge des négociations officielles, 24 grands patrons européens se sont rassemblés pour émettre un message officiel aux politiques. Ils réclament un cadre contraignant, clair et donnant un prix au CO2

Si, si, décidément, le vent du changement souffle sur Copenhague. Lassés des réunions officielles qui ne progressent pas, nous avons fait le détour vendredi par le « business day » organisé en son siège par la fédération des entreprises danoises (sorte de Medef local). Là se rassemblaient en ce jour 24 patrons des plus grandes entreprises européennes, voire de la planète. Dans les géants français, nous avions Anne Lauvergeon, d’Areva, Gérard Mestrallet, Gdf Suez, Pierre Gadonneix, récemment délivré d’Edf mais pas des affaires, Jean-Louis Chaussade, de Suez Environnement, Philippe Joubert, d’Alstom Power. Dans les européens, Marc de Jong, de Philips éclairage, Ditlev Engel, de Vestas… la liste est longue. On a même aperçu Muhtar Kent, le patron de Coca Cola.

Près de quatre cent industriels, patrons de PMEs… étaient venus à leur rencontre pour une journée de brainstorming hors du commun. « Ce rassemblement est la preuve que le monde a changé en à peine quelques années », nous soufflait avant de démarrer la journée Pierre Gadonneix. « Deux éléments majeurs ont été moteurs : la hausse du prix de l’énergie et la certitude du réchauffement climatique. » Le monde a tellement changé que, toute la journée, ces grands dirigeants ont réclamé, à corps et à cris, de nouvelles règlementations ! « Il nous faut un cadre règlementaire clair, avec un objectif précis et un prix du carbone fixé », martelait à la tribune Ignacio Galan, le patron du producteur d’électricité Iberdrola, en son nom et celui de ses collègues dirigeants.

Il faut dire que, le matin, Yvo de Boer, le secrétaire de l’UNFCCC, qui ouvrait les débats, l’avait joué provocateur. « Nous, les négociateurs, ne connaissons pas, n’entendons pas les industriels. Vous n’avez pas su nous montrer que vous avez des solutions ». La salle a été un peu groggy par la remarque. « Les solutions techniques, nous les avons, mais pour les vendre, il faut que nous ayons une idée de la vitrine », commentait Laurent Corbier, directeur adjoint du développement durable et du Progrès Continu d’AREVA. « Nos produits sont visibles ! », rétorquait Steve Sawyer, brandissant une maquette d’éolienne, « mais le cadre n’est pas clair », insiste-t-il. Et le secrétaire général du Global Wind Energy Council, en aparté, de protester vigoureusement du refus par les Nations Unies d’accorder des crédits carbone à dix projets de fermes éoliennes en Chine. « On veut du renouvelable partout dans le monde et on bloque des projets sous prétexte que la Chine est dépositaire de 80% de ces mécanismes de développement propre, c’est ridicule », s’énerve-t-il.

Tous constatent cependant qu’il est vrai que les industriels sont les grands absents des tables de négociations. Et les négociateurs sont rares, qui sont au fait des technologies disponibles. « Nous avons un négociateur japonais qui connait bien les technos, et bien il cherche toujours avec qui il pourrait bien discuter parmi les autres émissaires », signale un industriel japonais. « Un sur 400 négociateurs japonais !! », remarque perfidement Yvo de Boer, marquant ainsi un autre point. Les industriels rencontrés, cependant, sont tous persuadés qu’ils sont une grosse partie de la solution. Grâce à leurs technologies et à leurs capacités de financement. « C’est un comble, les financements privés ne sont jamais mentionnés dans le traité », fait remarquer à l’assemblée Rachel Kyte, Vice présidente de International Finance Corporation. Autre point de discorde : « Il faut que les négociateurs cessent de disserter autour des problèmes de transfert de technologies », nous faisait remarquer en aparté Philippe Joubert, le patron d’Alstom Power. « La technologie, on la transfère tous les jours, on l’applique, c’est le marché et les conditions du marché qu’il faut créer ! » Pour cette entreprise experte notamment de solution de captage et de stockage du carbone, fixer un prix au CO2 sera effectivement un signal immédiat d’un déferlement de commandes !

« Et attention », nous faisait remarquer Jean-Louis Chaussade, le président de Suez Environnement, en marge de ces discussions « on parle beaucoup du CO2 en ce moment mais ça n’est pas l’unique problème. Et le président de Suez Environnement de poursuivre. « Nous n’enrayerons plus certaines conséquences du réchauffement climatique. Il y aura de grandes périodes de précipitation, ou de sécheresse, une population en augmentation et là, le problème sera aussi la gestion de l’eau ! » Là encore, le dirigeant d’un des leaders mondiaux de la gestion de l’eau sait qu’il a les solutions en main. Ces dirigeants ont donc décidé de faire de cette journée l’occasion de lancer des signaux aux politiques. Ils comptent sur eux pour qu’il y ait un accord international, avec des limites contraignantes et claires. Ces industriels aux avis parfois très divergents le crient d’une seule voix : « nous voulons que le carbone ait un prix ».

Un message qu’ils transmettent donc à Yvo de Boer. Un homme qui, en guise de conclusion leur disait pourtant « mais je ne changerai pas le monde ». C’est dommage. Naïvement, nous pensions que si, justement.

De Copenhague, Agathe Remoué


"Les PME aussi ont leur place dans ces débats"
Questions à Patrice Rollet, 56 ans, directeur général d’Inventec, une PME de 100 salariés, spécialisée dans la formulation chimique et le traitement de surface. c’est un habitué des négociations internationales.

Depuis quand suivez-vous ce genre de manifestation?
Depuis le protocole de Montréal, en 1987, qui prévoyait l’élimination des gaz HCFC: les produits fluorés représentent la moitié de notre offre.
Quel est l’intérêt pour vous de suivre ces débats?
Cela nous permet de savoir quels sont les composés pour lesquels nous allons devoir proposer des substituts. Ou encore d’être là pour défendre certaines utilisations de produits, lorsqu’il n’existe pas d’alternative. Comme dans le cas des SF6 (hexafluorure de soufre), qui sont les seuls isolants efficaces dans les transformateurs de haute tension. Pour les mécanismes de développement propre, par exemple, nous militons pour que les petits projets soient possibles. Nous pourrions ainsi faire bénéficier les pays émergents de nos technologies et services permettant d’éviter l’émission de SF6 lors du démantèlement des transformateurs. Par ailleurs, être présents sur ces grands rassemblements nous donne aussi de la visibilité et permet de faire du networking. Ainsi, à Bali, la précédente conférence de préparation de Copenhague, je suis tombé sur le chercheur que je n’espérais plus trouver pour nous faire des tests sur un produit innovant.


Sur la photo de gauche à droite : Steen Riisgaard, Novozymes A/S; Paul Simpson, Carbon Disclosure Project; Frank Mastiaux, EON Climate & Renewables; Bruno Lafont, LAFARGE; Philippe Joubert, Alstom Power; François Auque, Astrium.

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