Les outils à main de Stahlwille, entre tradition et modernité

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Clés Stahlwille
© Stahlwille

Stahlwille fabrique depuis 150 ans des outils à main de haute qualité. À côté des clés et des tournevis traditionnels, la société développe des outils dynamométriques électroniques.

À y regarder rapidement, les outils à main de Stahlwille ressemblent à ceux que l’on trouve dans n’importe quelle grande surface spécialisée dans le bricolage. Clés plates, à cliquet, tournevis, pinces... Mais cette ETI "typish deutsch" de Wuppertal (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) ne s’adresse pas à la même clientèle. Il y a quelques mois, elle fêtait son cent cinquantième anniversaire avec ses 650 salariés. Cette entreprise familiale à structure moderne (les membres de la direction n’appartiennent pas à la famille) a bâti sa réussite sur la qualité de ses produits. Les prix s’en ressentent, ce qui ferme quasiment la porte à certains marchés, comme celui du bâtiment, où le nombre important de clés perdues rend l’investissement rédhibitoire. Mais d’autres secteurs choisissent la qualité, comme l’aéronautique, l’énergie ou les transports. La "qualité allemande" a su convaincre au-delà du Rhin. 65 % du chiffre d’affaires provient des exportations.

Ouvriers de père en fils

La visite de l’usine recèle quelques surprises. La tradition n’est pas un vain mot. Le respect d’une fabrication orientée vers la qualité et assurée par des ouvriers d’expérience, qui ont souvent vu leur père et leur grand-père travailler pour cette même usine, se traduit aussi par l’utilisation de machines pas vraiment modernes. La recherche de la diminution des nuisances sonores ne semble pas être une priorité. Mais de cette usine apparemment vieillotte sortent des outils aux tolérances minimales, d’une solidité exemplaire et très sûrs pour leurs utilisateurs. En cas de pratique non conforme – certains utilisent de grandes rallonges pour augmenter le couple –, une clé Stahlwille se déforme avant de casser, au lieu de rompre brusquement au risque de blesser. Les clés, même les plus banales, font de l’objet de tests réguliers sur des pièces prises au hasard dans la production : résistance à la casse, tests de durée sur 50 000 utilisations terminés par une analyse de l’usure...

1 clé, 200 cas de vissage, 25 plannings opérationnels

Stahlwille ne s’endort pas sur ses produits traditionnels. L’innovation porte sur les clés dynamométriques électroniques. Sur la nouvelle clé Manoskop 714, développée avec l’aide de Safran qui a participé aux essais, la configuration de l’outil s’effectue à l’aide d’un logiciel, sur lequel il est possible de programmer 200 cas de vissage avec 25 plannings opérationnels. L’opérateur n’a ensuite qu’à suivre les indications affichées sur l’écran de la clé, qui enregistre les actions. Elle garde donc la mémoire des actions effectuées et évite les sempiternelles vérifications. Quand l’opérateur repose la clé sur le support le programme vérifie que la tâche a été effectuée. Ensuite, les informations seront récupérées pour établir la traçabilité et la documentation. D’ici deux ou trois ans, les informations seront probablement récupérables sur un smartphone via une liaison Wi-Fi. Il faudra auparavant régler les questions de sécurité et d’organisation du travail : qui traite l’information, qui règle un problème quand il survient...

Des outils sur-mesure

Stahlwille répond également aux besoins spécifiques. Son équipe de R&D a mis au point pour le sous-traitant de l’aéronautique Labinal, en partenariat avec Airbus, une clé adaptée au serrage de matériaux composites, qui exigent un faible couple. C’est ainsi qu’est née une clé d’un diamètre de 60 millimètres avec un couple inférieur à 10 Newton/mètre, une valeur qui n’existait jusqu’à présent que sur des clés de faibles diamètres.

Au-delà des outils eux-mêmes, Stahlwille propose du conseil en organisation. "Avec le client, nous réalisons une étude pour déterminer les outils réellement utilisés, explique Christian Colombel, directeur général de Stahlwille France. Cela lui évite d’acheter des outils inutiles, de surcharger l’opérateur tout en lui laissant les outils nécessaires sous la main." Hispano-Suiza, toujours dans l’aéronautique, a ainsi travaillé avec Stahlwille sur l’organisation du poste de travail. Jusqu’à présent, chaque compagnon possède sa propre caisse à outils, qu’il emmène avec lui. Demain, chaque poste disposera des outils les mieux adaptés, et uniquement ceux-là, alors que deux compagnons utilisaient fréquemment deux outils différents pour une même action. Le diable se cache dans les détails, et Stahlwille le chasse à l’aide d’un bon sens pragmatique.

Patrice Desmedt

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