Le système mis au point à l’Onera visualise la localisation et l’intensité du champ électrique à proximité d’une source d’ondes électromagnétiques. Un outil pour concevoir et sécuriser des téléphones portables, des fours à micro-ondes, des radars…
L’Onera, le centre français de recherche aérospatiale, a rempli une lacune : il n’existait pas de système pour visualiser facilement les micro-ondes (entre 1 et 300 GHz), comme il en existe pour les ondes émises dans le visible, bien sûr, dans l’infra-rouge, et même pour d’autres radiations ionisantes comme les rayons gamma. Savoir comment et avec quelle intensité se propagent les micro-ondes à proximité de la source intéresse beaucoup les fabricants de téléphones mobiles – régulièrement interpellés sur le sujet- mais aussi les constructeurs de radars, d’antennes, et tous les équipementiers qui se préoccupent de la compatibilité électromagnétique de leurs produits.
Emir (Electromagnétique infra-rouge) visualise sur l’écran d’un ordinateur les zones de passage des ondes, et fournit aussi leur intensité, en mesurant le champ électrique (en volts par mètre) en chaque point (un code couleur donne visuellement ce résultat). Son principe est simple : un film placé devant la source des ondes en absorbe une partie et s’échauffe. Une caméra infra-rouge, de l’autre côté du film, capte l’image des zones échauffées en fonction de la direction et de l’intensité du champ électrique. L’image formée est affichée à l’écran d’un ordinateur.
Une feuille de polymère revêtue d’une couche conductrice
En pratique, pour atteindre cette "simplicité", il aura fallu… presque 20 ans de recherche. "Emir est l’aboutissement d’un Projet de recherche fédérateur qui vient de se terminer. La technologie est aujourd’hui utilisable industriellement", indique Emmanuel Rosencher, directeur scientifique général de l’Onera, dont le budget 2011 de 244 millions d’euros est subventionné à 41% par le Ministère de la défense (le reste étant de la recherche contractuelle).
Le film placé devant la source est l’un des points clés : une feuille de polymère revêtue d’une couche conductrice, et qui est responsable de la sensibilité de la technique. L’autre est le traitement des données recueillies par la caméra infra-rouge, qui transforme des variations de température en variations de champ électrique mesurant l’intensité des ondes.
Jusqu’ici, pour mesurer les ondes émises ou reçues par un objet, il fallait déplacer un capteur pour cartographier point par point son environnement électromagnétique. Le nouveau système change la donne en fournissant directement une image complète. Dans l’aéronautique, il permet par exemple de vérifier que la soute ou le réservoir sont bien à l’abri des radiations émises par les radars de bord. Les équipementiers de la défense pourraient l’utiliser pour détecter les interférences entre les multiples équipements électroniques, radars ou autres, qui cohabitent par exemple sur un navire.
L’Onera, dont la vocation n’est pas de développer des produits, étudie actuellement la suite à donner à Emir, sous la forme d’une start-up, ou en cédant une licence à une entreprise.
La méthode










