Les nouveaux réacteurs nucléaires sous le feu de l'autorité de sureté britannique
Le 27 novembre 2009 par Ana Lutzky
Les plans sur la filière nucléaire britannique vacillent, alors que l'autorité de sûreté a trouvé des failles dans les concepts des réacteurs de troisième génération français et américain.
La direction de la Santé et de la Sécurité britannique (HSE), équivalent de l’Autorité de Sûreté nucléaire française outre-manche, a demandé des comptes aux constructeurs de l’EPR et de l’AP-1000. Elle a prévenu vendredi qu'elle pourrait ne pas approuver les concepts de nouveaux réacteurs nucléaires des groupes français EDF et Areva, et de l'américain Westinghouse, s'ils ne répondaient pas à ses réserves. Cet organisme a expliqué cela dans un rapport d'étape.
Le contrôle commande de l’EPR déjà en fonctionnement dans les Ardennes ?
Les deux réacteurs de 1450 MW en fonctionnement à Chooz, dans les Ardennes, comportent déjà une forte composante numérique dans leur contrôle commande. Un dispositif décrié par les autorités de sûreté dans le concept de l’EPR. Pourtant, durant les dix dernières années de fonctionnement de la centrale de Chooz, aucun problème de sûreté n’a été de mise. Comment l’expliquer ? « Nous avons commencé à exploiter la numérisation des commandes, mais ces commandes ont été doublées de boutons poussoirs analogiques », indique Michel Babel, chef de la division de Châlons-en-Champagne de l’Aurité de sûreté nucléaire. Le système numérique de Chooz a d’ailleurs posé plusieurs fois « des soucis avec des cartes qu’il a fallu changer », ajoute ce dernier : « même si la centrale dispose de quatre cartes de rechange pour une même fonction, il faut être vigilant. » Dans le cas de l’EPR, « les concepteurs ont poussé la numérisation beaucoup plus loin ». Il n’existe pas de doublon analogique : la salle commande classique a été remplacée par une série d’ordinateurs. « Cela se fait ailleurs, dans l’aviation », note Michel Babel, « mais il ne faut pas de mode commun. Sinon, une défaillance peut déclencher une contagion à l’ensemble des systèmes. Les systèmes doivent être redondants, et indépendants ».EPR : encore « beaucoup de travail »
L'autorité de sûreté a indiqué qu'elle continuait de croire que les deux concepts "pourraient convenir" pour la construction de nouvelles centrales nucléaires au Royaume-Uni. Mais elle a prévenu que dans les deux cas, leurs concepteurs avaient "encore beaucoup de travail à effectuer pour répondre à nos questions, et pour présenter leur dossier de manière adéquate en matière de sécurité, sur de nombreux aspects techniques".
Cité par nos confrères du Guardian, Kevin Allars, directeur des nouvelles installations à la HSE, s’est montré frustré par le « retard pris dans le suivi de conception » des réacteurs nouvelle génération, les « informations insuffisamment fournies de la part des industriels » et le « manque d’expertise de ses propres équipes ». Concernant Areva, le rapport de l’autorité a exprimé des inquiétudes significatives sur le manque d’indépendance entre la protection de sûreté et le système de contrôle de l’EPR conçu par le groupe français. L’autorité a indiqué qu’il était trop tôt pour savoir si ces interrogations pouvaient être résolues par une réponse plus précise et des modifications du système à la marge, ou par un changement conséquent de conception.
« Il est tout à fait habituel que des questions soient soulevées avant la certification définitive et la mise en chantier d'un nouveau réacteur. Ces échanges font partie intégrante d'un processus transparent », a réagi le groupe nucléaire Areva dans un communiqué publié vendredi. « Les autorités de sûreté britanniques ont qualifié de constructives les réponses fournies par Areva et EDF en ce qui concerne le système de contrôle-commande. Elles estiment que les propositions formulées seront satisfaisantes. C'est donc une étape majeure qui est franchie », estime Areva. « En affirmant aujourd'hui par communiqué que, au Royaume-Uni, "les autorités de sûreté réaffirment leur confiance en la technologie EPR", Areva tente d'abuser l'opinion publique en falsifiant la position de la HSE (l'autorité de sûreté britannique), qui est au contraire très sévère à l'encontre de l'EPR », a pour sa part réagi le réseau Sortir du Nucléaire.
Le réacteur promu par Westinghouse, l’industriel américain détenu aujourd’hui par le japonais Toshiba, est également critiqué : la HSE estime que la sûreté sur les aléas internes comportait des « failles significatives ».

Générateurs de vapeur du futur EPR arrivés en Finlande
Européanisation de la sûreté nucléaire
Un rapport qui s’inscrit dans un contexte de mutualisation européenne des standards de sécurité nucléaire. Dans une déclaration commune rendue publique début novembre, les autorités de sûreté nucléaire britannique, française et finlandaise ont en effet déjà émis d'importantes réserves sur le système de pilotage ("contrôle-commande") de l'EPR.
Le futur énergétique de la Grande-Bretagne en question
Le processus d'évaluation des deux concepts de réacteurs ne devrait pas être achevé avant 2011. En rallongeant ou pas le délai de 2017 prévu par Londres pour l’entrée en fonctionnement de nouveaux réacteurs, l’autorité britannique dispose d’une position clé pour faire ou défaire les plans du gouvernement. A cette échéance, le gouvernement britannique craint une pénurie énergétique par manque d’infrastructures, les centrales au charbon ayant été fermées et les énergies renouvelables insuffisamment développées. Le gouvernement britannique a en effet décidé in extremis début 2008 de relancer la construction de centrales nucléaires au Royaume-Uni, afin de remplacer son parc de réacteurs vieillissant, et d'assurer la sécurité de l'approvisionnement en énergie du pays. Plusieurs groupes se sont déjà portés candidats à la construction de nouvelles centrales, dont EDF (allié au britannique Centrica), les allemands EON et RWE, et un consortium regroupant GDF Suez, l'espagnol Iberdrola et le britannique Scottish and Southern Energy.
2 réactions
dédé la sardine | 30/11/2009 - 08H26
Il est clair que ces réacteurs ne sont pas prêts. A revoir de toute urgence.
Le lobby international des nucléaires va en prendre un sérieux coup, et les rosbifs vont devoir s'éclairer à la bougie.
zelectron | 28/11/2009 - 19H22
Il y a des question qui ne peuvent pas avoir de réponses pour cause de secret professionnel. Les rédacteurs ont une tâche très difficile d'explication, tout en n'expliquant pas, sans avoir à expliquer, tout en expliquant

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