Les nouveaux atours du textile français
Par Par marion deye - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3104Textile-habillement i Après avoir touché le fond, la filière se met en ordre de marche avec un objectif : se rapprocher des nouvelles attentes du consommateur, principale clé pour résister à la pression des pays à bas coût.
C'est presque une renaissance ! « Secteur d'avenir », « Nouvelle révolution industrielle », « Excellence », autant de termes que l'on n'avait plus guère l'habitude d'entendre dans la bouche des industriels du textile et de l'habillement. Ils étaient pourtant les maîtres mots du colloque organisé le 27 mai par la Direction générale des entreprises (DGE), à Bercy. Après trois décennies de fermetures d'usines et de délocalisations, après la suppression des quotas chinois, après l'emprise écrasante des poids lourds internationaux comme Zara ou C et A, la profession veut croire à son renouveau. Certes, les chiffres de 2007 témoignent encore de sa fragilité. L'activité atteint 14,8 milliards d'euros pour le textile (+ 1,5 %) et 11,5 milliards pour l'habillement (+ 2,7 %) en 2007, mais les effectifs se sont encore contractés : - 3 % pour le textile et - 5 % pour l'habillement. Pour autant, après avoir perdu plus de la moitié de ses salariés en vingt-cinq ans, le secteur espère s'être suffisamment transformé pour revenir dans la compétition mondiale.
A l'origine de ce satisfecit inattendu, les conclusions du rapport de Clarisse Perotti-Reille, commandé par Hervé Novelli, le secrétaire d'Etat chargé des petites et moyennes entreprises. « Le textile-habillement peut se réinventer pour peu qu'il sorte de son concept étroit de filière et qu'il adhère aux nouvelles aspirations des consommateurs », explique l'auteur.
toute la profession réunie dans un comité stratégique
Les « instances représentatives » se sont déjà saisies du premier constat. Initiative rare dans ce secteur peu enclin aux actions collectives, un comité stratégique « textile-habillement », réunissant tout ce que la profession compte d'organismes (Union des industries textiles, Réseau industriel d'innovation du textile et de l'habillement, Union française des industries de l'habillement, mais aussi l'Institut français de l'habillement et du textile, l'Institut français de la mode, etc.), vient d'être créé sous l'égide de la DGE. Parmi ses premiers objectifs : la restauration de l'image de marque du secteur, la mise en place de nouvelles formations pour les patrons de PME... La première réunion étaitt prévue ce 5 juin.
Deuxième point, l'amplification de l'individualisme du consommateur qui se traduit par une volonté de personnalisation toujours plus importante. Une soif d'originalité que les grandes chaînes de vêtements, comme H et M ou Zara, ont bien comprise. En multipliant les séries limitées et autres minicollections temporaires, elles cherchent à faire oublier leur étiquette de fabricant de production de masse. Pour les petites entreprises, le changement est porteur d'opportunités. Séries courtes, productions atypiques, création de valeur ajoutée et innovations techniques sont devenues des planches de salut pour se démarquer d'une offre massivement indifférenciée.
Chez le fabricant de prêt-à-porter haut de gamme Chacok (19 millions d'euros de chiffre d'affaires), connu pour ses imprimés chatoyants, le recentrage de l'entreprise sur son activité de création a été décisif. Placée en dépôt de bilan en 2003, l'entreprise fait le choix de renforcer ses équipes artistiques et délocalise l'essentiel de sa production. Une équipe de 20 personnes, sur un effectif de 110, se consacre exclusivement à l'élaboration de 200 prototypes à chaque saison, pour des séries allant de 250 à 2 500 pièces maximum.
Même enjeu pour les fabricants de textile, avec une difficulté supplémentaire puisque ces intermédiaires n'ont pas d'accès direct au consommateur final. « La créativité de nos produits, de par leur dessin, leur structure, doit être très forte pour séduire nos clients. Notre différenciation avec les produits des pays à bas coût doit être immédiate, évidente », explique Julien Faure, le président de l'entreprise du même nom, située à Saint-Just-Saint-Rambert (Loire) et spécialisée dans le tissu et le ruban pour l'habillement féminin. La société (70 personnes, 6 millions d'euros de chiffre d'affaires), qui travaille déjà pour Chanel ou Prada, a choisi sa niche : devenir un fournisseur incontournable de l'industrie du luxe.
le créneau porteur de la consommation responsable
Autre voie prometteuse pour les professionnels du textile-habillement : l'émergence d'une consommation plus responsable. Commerce équitable, textile biologique, conditions de fabrication des vêtements sont entrés dans les critères d'achat de la clientèle. « Il y a quatre ans, le prêt-à-porter éthique comptait à peine une vingtaine de marques. Il y en a maintenant une centaine », raconte Emmanuel Walliser, le PDG de Numanu, une entreprise spécialisée dans les vêtements en coton équitable. Sa société de 4 salariés qui sort deux collections de trente modèles par saison a atteint l'équilibre financier deux ans après sa création. Le créneau semble porteur. Le breton Armor-Lux (650 personnes, 72 millions d'euros de chiffre d'affaires) l'a aussi intégré dans sa stratégie. « Jusque-là, on faisait comme tout le monde : on misait sur le développement des marques, la multiplication des collections, la qualité... Maintenant, on croit au développement durable. On a une licence Max Havelaar et on fait des audits sociaux chez tous nos sous-traitants. » La mise en place d'un label éthique devrait d'ailleurs être l'une des premières pistes de travail du tout nouveau comité stratégique. .

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