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Les nations au rapport

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3260
Pierre-Olivier Rouaud
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Chaque année, la Banque mondiale classe la « facilité à faire des affaires » dans 183 pays.

Alors que le G20 se réunit pour parler gouvernance mondiale, il est un rapport, inconnu du public, dont bien des dirigeants de la planète attendent avec anxiété ou irritation la livraison annuelle. Ce document, ce n'est pas un pensum macroéconomique de la Banque centrale européenne ou une note de Moody's, mais le classement « Doing Business » de la Banque mondiale. Son objet ? Jauger la « facilité à faire des affaires » dans 183 pays selon dix critères aussi divers que la création d'entreprises, l'accès à l'électricité, le paiement des impôts, le droit des contrats ou celui des faillites. Un grand benchmark des nations de l'Afghanistan au Zimbabwe. L'édition 2012 apporte son lot de surprises mais aussi de constantes.

Ainsi, le tiercé gagnant des « amis des entreprises » reste Singapour, Hong Kong et la Nouvelle-Zélande. Suivis par les États-Unis et le Danemark, à des années lumière de la Grèce (100e). On relève que la Chine (91e) a perdu quatre places notamment sur le critère de protection des investisseurs, ou que l'Inde (132e) en a gagné sept. Le Maroc (91e), qui a remonté de 21 places, remporte le titre de « Meilleur réformateur global ». À Rabat, le pouvoir en a fait ses gorges chaudes. Car partout sur la planète, évoquez le « Doing Business » devant un haut fonctionnaire, un grand patron ou un ministre, et sa réaction fusera. L'un vous apostrophera sur la note « outrageuse » de son pays, l'autre se désespérera du manque de courage réformateur des politiques du cru, le dernier glorifiera l'action héroïque de son gouvernement. En Lettonie, le Premier ministre vient ainsi de convoquer la presse pour vanter sa 21e place. Au Kazakhstan, le chef du gouvernement clame à tout va sa fierté de voir Astana entrer dans le top 50 mondial. Créé en 2003, ce rapport connaît un succès inattendu pour une institution réputée pour sa langue de bois. Il est même décliné en éditions régionales détaillées, ainsi en Chine, 30 villes sont notées. On en trouve même une sur Zanzibar. Évidemment, aucune entreprise ne décide d'investir en se fondant uniquement sur « Doing Business ». Mais dans la compétition des nations, c'est devenu un thermomètre du libéralisme. L'enjeu ? Les 1 300 milliards de dollars d'investissement directs étrangers annuels. Bien sûr ce travail a ses détracteurs, d'abord parce qu'un indice seul ne peut refléter la complexité d'un État, ensuite car certains critères font débat. Ainsi, en matière de droit du travail, la note dépend en partie de la facilité à licencier. Qu'importe ! Les gouvernements s'escriment à vendre leurs réformes aux experts et à gagner des places. Au fait, et la France ? Cette année, elle a perdu trois rangs et se classe 29e.

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