LES MBA CULTIVENT LEURS NICHES
Par C. M. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3264
© MARTHE LEMELLE ; D.R.
Les masters of business administration (MBA) tendent à se spécialiser pour coller aux besoins des entreprises. Et aux envies des ingénieurs...
A la rentrée 2012, Mines ParisTech lance avec Skema Business School, un Executive MBA Risques, globalisation et diversité. On y apprendra comment gérer le risque - mais aussi les opportunités - que représente la diversité culturelle. « Avant tout destiné aux ingénieurs, explique Franck Guarnieri, le directeur du centre de recherche sur les crises et risques aux Mines, ce programme va former des professionnels hybrides, capables de connecter différentes dimensions pour faire progresser l'innovation industrielle. » Des cours sur le fait religieux ou l'art de la décision en situation de catastrophe, des séjours en Russie, en Chine, mais aussi au Liban sur l'économie de la reconstruction. Un programme taillé sur mesure pour les groupes internationaux, très éloigné des cours généraux de marketing, finance et management des masters of business administration (MBA) historiques.
C'est une tendance : nés généralistes, les MBA voient débarquer sur leur marché des petits nouveaux, nettement plus pointus. Pour le doyen des MBA de l'École nationale des ponts et chaussées (ENPC), Tawfik Jelassi, cela ne fait aucun doute : « L'offre doit évoluer vers des MBA spécialisés. » Les Ponts ont lancé leur premier MBA en 1987. « À l'époque, un format généraliste et full-time, ça marchait. Début 2000, il y en avait tellement que le candidat se perdait. Pour se différencier, il faut des spécialisations qui attirent les ingénieurs. »
En 2003, les Ponts lancent un MBA Technologie et entrepreneuriat, qui attire surtout des ingénieurs. « Ils y apprennent comment utiliser leurs capacités techniques pour faire du développement de business, résume Tawfik Jelassi. Le but n'est pas de les faire changer de métier. » Suit un MBA tricontinent : douze mois d'immersion sur quatre sites, en France, aux États-Unis, en Chine et au Japon. Puis, en 2005, l'école démarre un Executive MBA, formation « part-time » (à temps partiel) destinée aux top managers ayant une certaine expérience.
D'autres écoles spécialisent autrement leur MBA. Toulouse Business School, forte de son environnement économique, propose un Aerospace MBA. « Il reste généraliste car il aborde toutes les disciplines du management, précise Jacques Tournut, le directeur du programme. Mais les études de cas, les partages d'expériences, les participants et les enseignants viennent du monde de l'aéronautique. » Il préfère parler de MBA sectoriel. Dans un autre domaine, le Wine and Spirits MBA, de Bordeaux École de management, accueille lui aussi 90 % de participants venus du sérail. Même principe : une formation généraliste par les matières enseignées mais spécialisée par ses études de cas.
Formule gagnante
Autre tendance : monter en gamme en se spécialisant dans un Executive MBA. Surtout caractérisé par son rythme - trois ou quatre jours par mois -permettant de conserver une activité professionnelle, il devient de plus en plus exigeant dans son recrutement et haut de gamme dans son contenu. Certains MBA ciblent une région du monde, comme le programme France-Inde de l'ESC Pau.
Si cette spécialisation présente des avantages, elle ne fait pas que des adeptes. Vedette des MBA, l'Insead compte 1 000 participants par an. Mais il n'est pas envisagé de changer sa formule généraliste et gagnante : quatrième au classement mondial de référence du « Financial Times », son MBA débouche sur un salaire annuel moyen de 87 000 euros. Même son de cloche à HEC : « Un MBA doit rester généraliste, c'est sa raison d'être, conclut Bernard Ramanantsoa, le directeur. Et on ne peut pas tout faire...»
« L'Executive MBA des Ponts m'a apporté une qualification qui m'a permis de trouver un emploi à Londres. »

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