Les masters d'ingénierie en débat
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L'université Pierre-et-Marie-Curie a créé, avec sept universités et d'autres à venir, le réseau FIGURE, qui labélise certains masters en masters d'ingénierie. Patrick Porcheron, vice-président de l'UMPC en charge de la formation, et Julien Roitman, président des Ingénieurs et scientifiques de France, débattent de cette nouveauté dans le paysage de l'enseignement supérieur.
L'Usine Nouvelle - Pourquoi ouvrir une nouvelle filière de formation au métier d'ingénieur, alors que l'offre est déjà pléthorique ? Est-ce pour concurrencer les écoles d'ingénieurs ?
Patrick Porcheron - L'université Pierre-et-Marie-Curie a souhaité que ses diplômés de masters en sciences de l'ingénieur, notamment en génie civil ou ingénierie pour le nucléaire, aient un niveau comparable à celui des universités de technologie anglo-saxonnes. Les masters actuels sont appréciés des entreprises pour leur côté opérationnel, mais il leur manque une ouverture au monde socio-économique et à l'international.
Les futurs masters d'ingénierie s'ouvriront aux sciences humaines et sociales, pour faire de nos diplômés des cadres experts, à mi-chemin entre les ingénieurs managers et les ingénieurs opérationnels formés, par exemple, dans les Polytech. Ils s'appuieront sur la recherche : une formation de master en ingénierie ne se justifie que s'il y a un ou des laboratoires performants derrière. Ces diplômés intéresseront en particulier les entreprises de taille intermédiaire.
Julien Roitman - Les écoles d'ingénieurs diplôment 30.000 personnes par an. Si l'université veut participer à cet apport de compétences, tant mieux ! Mais la labélisation des masters d'ingénierie, sans concertation avec les écoles, peut créer des crispations et des ambiguïtés. Le diplôme d'ingénieur est encadré, et seule la Commission du titre d'ingénieurs (CTI) peut habiliter un établissement. On peut aussi exercer ce métier en passant par l'université ou on étant formé sur le terrain.
Il faudrait arriver à une filière d'ingénierie globale, qui réunisse grandes écoles et universités. Cela demande de la cohérence, donc de la concertation entre les principaux acteurs. L'important est de bien préparer les étudiants au métier d'ingénieur, quels que soient leur titre et la filière suivie.
P. P. - Notre ambition n'est pas de délivrer un diplôme d'ingénieur à la place d'un master. Nous n'avons pas vocation à former tous les ingénieurs de France. C'est une niche, pour nous ! Mais les entreprises nous sollicitent sur les profils dont elles ont besoin. C'est nouveau. A nous de leur répondre.
Pourquoi ne pas avoir fait évoluer vos écoles internes comme Polytech Paris-UPMC ?
P. P. - Ce ne sont pas les mêmes publics ! Polytech accueille des bacheliers technologiques ou des bacs S option Sciences de l'ingénieur, et forme des ingénieurs opérationnels. Nos masters d'ingénierie s'adresseront à des étudiants motivés, mais pas intéressés par les classes préparatoires.
J. R. - Il ne faudrait pas que les ingénieurs de Polytech soient considérés comme des prolétaires des neurones, le haut du pavé étant tenu par les masters ou doctorats ! Vous auriez pu créer un modèle plus original, en capitalisant sur le fait que votre école interne Polytech baignait dans l'université.
Les écoles forment des ingénieurs généralistes, tant que les diplômés de master sont des spécialistes. On a besoin des deux, sans que cela signifie qu'ils doivent porter le même nom ou suivre le même cursus.
P. P. - Lancer une initiative nouvelle est parfois plus facile que de faire évoluer une structure existante. Peut-être qu'à l'avenir, au sein d'universités complètes que j'appelle de mes vœux – réunissant droit, médecine, sciences, humanités - , on pourra avoir une "faculté d'ingénierie". Ce n'est pas un gros mot !
Julien Roitman, vous avez évoqué l'idée de créer un ordre des ingénieurs. Les diplômés des masters d'ingénierie y auront-ils leur place ?
J. R. - Bien sûr ! Cet ordre réunirait une population qui exerce un métier avec un certain diplôme et un certain niveau d'expertise. L'économie a besoin de chercheurs et d'ingénieurs de qualité. Les docteurs en sciences appliquées ou les titulaires de masters qui exercent le métier d'ingénieur seront, de fait, dans cet ordre. Ingénieurs et scientifiques de France a d'ailleurs décidé d'ouvrir son registre des ingénieurs, 700 000 noms, aux masters et doctorats scientifiques. Si la démarche de Figure est concertée, on peut faire émerger une nouvelle filière, qui aura sa logique, sa valeur ajoutée.
P. P. - Absolument…
J. R. - L'important est de parvenir à dégager les spécificités et la valeur ajoutée de chacune de ces filières. Ingénieurs et scientifiques de France réitère sa proposition de réunir tout le monde autour d'une table pour sortir, par le haut, des ambiguïtés.
Propos recueillis par Cécile Maillard
Ce débat est publié en prolongement de notre supplément "Le Guide de l'ingénieur 2012". En quatre chapitres, témoignages et enquête à l'appui, L'Usine Nouvelle vous propose de faire le point sur votre carrière, votre formation, votre salaire, et votre profil.
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