Les investisseurs boudent le capital risque européen
Par Arnaud Dumas - Publié leLes fonds d’amorçage n’arrivent plus à récolter de fonds et risquent de ne plus pouvoir investir dans le développement des start-up européennes.
Où sont passés les investisseurs ? Les fonds d’amorçage européens voient fondre le montant de leurs collectes comme neige au soleil et s’inquiètent pour leur survie. Les levées de fonds au niveau européen ont ainsi diminué des deux tiers au deuxième trimestre 2010, selon l’Association européenne des investisseurs en capital, pour plafonner à 280 millions d’euros. « Depuis deux ans, les entreprises de capital risque investissent plus qu’elles ne lèvent de fonds, s’alarme Hendrik Brandis, associé de la firme allemande Earlybird Venture Capital. Cela va donc forcément poser problème et nos investissements dans les entreprises de technologie vont baisser. »
Ce n’est pourtant pas faute de start-up innovantes, estiment les capitaux risqueurs. Le problème vient plutôt du manque de confiance des investisseurs institutionnels (banques, assurances, fonds de pension, etc.), aux yeux desquels les européens cumulent les handicaps. En premier lieu, leur jeunesse. La création des fonds d’amorçage est en effet bien plus récente en Europe qu’aux Etats-Unis. « Nous n’avons pas le même palmarès que les américains, reprend Hendrik Brandis. L’expérience des firmes américaines les a aidé à traverser la crise. » Les américains ont démontré de longue date leur capacité à générer des retours sur investissement, alors que les européens demeurent à la traîne.
Mais ce sont surtout les débouchés qui font défaut en Europe, bloquant ainsi les possibilités de générer du cash. « Le marché boursier ne fonctionne pas pour les entreprises issues du capital risque, déplore Hendrik Brandis. Nous n’avons pas vu d’introduction en Bourse réussie depuis longtemps. » L’association européenne vient d’ailleurs de lancer un groupe de travail sur la question. Il réunit les dirigeants des principales places financières européennes afin de trouver un moyen de sauver la situation.
Point positif, la France fait figure d’exception en Europe. « Nous bénéficions d’un fort soutient des pouvoirs publics », note François-René Letourneur, associé chez I-Source, spécialisé dans les entreprises de télécoms. La création des véhicules d’investissements dédiés aux petites entreprises, notamment les FCPI (Fonds commun de placement dans l’innovation), a permis de soutenir l’activité. Malgré tout, comme dans le reste du continent, les investisseurs privés manquent à l’appel. La solution, selon les fonds d’amorçage ? Une niche fiscale supplémentaire, permettant aux PME d’investir dans le capital risque. Pas tout à fait dans l’air du temps...
Arnaud Dumas

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