Les investissements repartent dans l'industrie
Par Solène Davesne - Publié le
© Pierre BESSARD/REA
REPèRES Après un an et demi de baisse continue, les industriels prévoient d'augmenter de 2,1% leurs achats de nouveaux équipements de production en 2010.
Le rebond est timide. Mais il était attendu avec impatience par les industriels et les économistes. Après dix-huit mois de chute continue, les dépenses d'investissement dans les produits manufacturés se sont redressées depuis le début de l'année, d'après l'Insee. Elles auraient progressé de 1 % au deuxième trimestre, après une hausse de 0,8 % sur les trois premiers mois. Traditionnellement le dernier à redémarrer, l'indicateur est considéré comme un signal de la sortie de crise. Dans sa dernière note de conjoncture, publiée mercredi 23 juin, l'institut anticipe une « reprise progressive » des investissements productifs des entreprises. Et annonce que cette embellie devrait se maintenir jusqu'à la fin de l'année. « Par rapport au premier trimestre 2009, les commandes ont progressé de 6 à 7 % début 2010 », confirme Vincent Schramm, le directeur général du Symop, le syndicat qui regroupe les entreprises du secteur des biens d'équipement de production. Et près de 52 % des entreprises du secteur annoncent une hausse des demandes de devis.
La baisse de l'activité en 2009, cumulée à la chute de la valorisation de leurs entreprises en portefeuille, a pesé sur les taux de rendement des sociétés de capital investissement.
Ils perdent 1,4 point par rapport à 2008.
Évolution du taux de rendement net annuel moyen (en %)

La Chine Développe la r&d
Du statut d’atelier du monde, la Chine et les pays émergents vont passer à celui de laboratoire d’idées. Les dépenses en recherche et développement ne cessent d’augmenter. Chine et Inde pourraient représenter 20% des dépenses mondiales de r&d en 2025.
Part des dépenses mondiales en R&D (en %)

Dans les usines françaises, les surcapacités sont pourtant toujours à un niveau historiquement élevé. Mais elles diminuent lentement, reculant de 29 % à 24 % au cours des six derniers mois. Tirée par les exportations vers les pays émergents, la production manufacturière devrait progresser de 4,3 % en 2010, toujours selon l'Insee. « Dans nos différentes usines, l'utilisation de nos lignes de production a progressé de 20 à 40 % depuis le début de l'année », confirme Frédéric Guinot, le PDG du groupe de transformation des métaux Farinia, qui prévoit d'investir 5 % de son chiffre d'affaires cette année, notamment pour augmenter la productivité de ses sites
Confirmant le redémarrage, le nombre d'intérimaire a aussi bondi de 10 % dans l'industrie au premier trimestre. Les embauches repartent, elles, au compte-gouttes. En Isère, le constructeur d'engins de chantier Caterpillar a annoncé le recrutement de 60 personnes au cours du second semestre. Il en avait licencié 600 l'an dernier. Chez PSA, près de 500 intérimaires devraient aussi être embauchés à Mulhouse pour la production de la C4.
L'amélioration du carnet de commande et des débouchés encourage les entreprises à reprendre leurs projets mis en suspens l'an dernier. Les taux d'intérêts longs, qui ont atteint des niveaux historiquement bas, facilitent ces investissements, d'autant que la rentabilité des entreprises s'est redressée depuis le début de l'année. « Ce sont des sommes consacrées à l'amélioration de la compétitivité. Ceux pour augmenter les capacités de production sont toujours au point mort », précise Vincent Schramm.
Les industriels des biens d'équipement restent d'ailleurs prudents. Car l'amélioration survient après un arrêt brutal. « Depuis février, notre activité progresse. Mais nous partons de tellement bas qu'elle reste encore inférieure à celle de début 2009 », reconnaît Gilles Bajolet, le PDG France du fabricant de machines outils Amada Europe. Dans ses deux usines françaises, à Charleville-Mézières (Ardennes) et Château-du-Loir (Sarthe), le chômage partiel devrait d'ailleurs continuer pour les 300 salariés jusqu'à la fin de l'année.
La reprise reste fragile. « Les carnets de commandes sont toujours très dégarnis. Le financement bancaire des entreprises donne de nouveaux signaux d'alarme. L'accès au crédit court terme reste compliqué », s'inquiète Karine Berger, la directrice des études de l'assureur-crédit Euler-Hermes, qui table toujours sur un redémarrage des investissements des entreprises en 2011 seulement. Un risque que surveille aussi l'Insee. « Il y a un net aléa. Une accentuation des tensions financières pourrait remettre en cause notre scénario de reprise lente », reconnaît Benoît Hertz, le chef économiste de l'Insee. D'autant plus que les moteurs économiques restent fragiles. Selon les enquêtes de conjoncture dans l'industrie, le moral des chefs d'entreprises plafonne depuis deux mois. En France, le secteur du BTP continue à plomber l'activité, handicapé par les arrêts des travaux des collectivités locales. Les exportations devraient patiner au second semestre, à cause d'un léger infléchissement de la demande asiatique avec la fin du plan de relance chinois.
DES INDICES SIGNIFICATIFS DE LA REPRISE

Ce manque de visibilité tempère les projets d'investissement de certains chefs d'entreprise. « Tout va bien pour nous jusqu'en septembre mais après notre carnet de commande va-t-il se maintenir ? », s'interroge Patrick Bellity, le PDG d'Arche, un sous-traitant de l'automobile qui n'estime pas encore avoir besoin d'investir. Pour assurer ses commandes, il a tout de même embauché 30 intérimaires. Et pourrait réduire d'une semaine la fermeture estivale de certaines de ses usines.
La déroute de la France dans la Coupe du monde de football n'aura pas d'impact sur la consommation. « Le moral des ménages ne semble pas affecter par les résultats de l'équipe de France », affirme l'Insee dans une très sérieuse note. Heureusement. Car la consommation reste à la peine. Elle ne devrait progresser que de 1,2 % en 2010. C'est mieux que l'an dernier (+0,7 %) mais loin des 2,5 % atteints en moyenne avant la crise. La faute à la fin des mesures de relance (dont la prime à la casse qui doit être réduite à 500 euros à partir du 1er juillet) et au chômage toujours élevé. Il devrait rester stable à 9,5 % de la population active.

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