Les instituts Fraunhofer, clés de voûte de l'innovation de terrain
Par D'ALLEMAGNE, MARIE LUGINSLAND - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3081Peter Gumbsch est un homme occupé. Il partage son temps entre sa chaire à l'université de Karlsruhe et la direction de l'institut Fraunhofer de Fribourg (IWM pour Institut für Werkstoff Mechanik). Cet expert de la mécanique des matériaux gère en véritable chef d'entreprise 300 salariés, dont la moitié de chercheurs, et un budget annuel de 18,5 millions d'euros. Quant à l'enseignement, « sans lequel on risquerait vite de se transformer en industriels», c'est une mission impérative pour lui comme pour tous les directeurs des 56 instituts Fraunhofer, fédérés par le Fraunhofer Gesellschaft.
Cette jonction entre recherche fondamentale et développement industriel, articulée autour des Fraunhofer, est l'une des clés de voûte de l'innovation allemande. Dans ses métiers traditionnels, mais aussi en high-tech. L'un des instituts Fraunhofer est le co-inventeur du format audio MP3 !
A l'IWM, Peter Gumbsch cherche ainsi à maintenir en permanence le lien entre le milieu universitaire, les activités de son institut et les besoins des industriels ; que ce soient de très gros équipementiers comme Bosch, des spécialistes du photovoltaïque ou des PMI de la région. La structure décentralisée des Fraunhofer offre à l'industrie une garantie de proximité et permet de faire vite remonter les besoins du marché. De fait, les entreprises fournissent 45 % du budget de fonctionnement de l'IWM.
Plusieurs modes de mise en réseau formalisent les relations entre ces partenaires. Classés en « secteurs de recherche », les instituts Fraunhofer peuvent, à la suite de demande d'entreprises, créer une « alliance » pour un temps limité, de trois à cinq ans. Cette alliance, à laquelle sont associés des universités et des industriels, est soutenue par le ministère fédéral de la Recherche. Celui-ci peut financer le projet à concurrence de 50 %. Pour beaucoup d'entreprises, une telle organisation est le stade préliminaire à une R et D interne.
des alliances qui peuvent durer de sept à dix ans
Les instituts Fraunhofer ont aussi la liberté de choisir un thème commun à plusieurs instituts et de créer des clusters. Ces alliances thématiques (sur les polymères ou les céramiques dans le cas de l'IWM) peuvent durer de sept à dix ans. Reste ensuite aux chercheurs à convaincre le ministère fédéral de la Recherche de jouer les entremetteurs avec les entreprises, pour financer la partie applicative.
Ce rôle d'entremetteur est aussi tenu par le ministère fédéral de l'Economie et de l'Industrie. Mais dans le sens contraire : pour des industriels cherchant un institut. Après avoir avalisé un projet de recherche mené par un groupe de travail de huit à dix entreprises le ministère les fait accompagner par un Fraunhofer. C'est en ce moment le cas des études de simulations de crash et de modélisation des matériaux que mène l'IWM avec l'industrie automobile. Reste un quatrième réseau, informel, mais essentiel, celui qui lie l'institut et les directeurs R et D des entreprises.
Reste-t-il au sein de son institut un espace pour la recherche fondamentale ? La réponse est oui. A côté des projets en réseau, 20 % du budget de l'institut de Fribourg lui est alloué par la Fraunhofer Gesellschaft à des fins de recherches « stratégiques ». Et exception dans le flux d'interactions, ces recherches sont menées à 100 % en interne. .











