Les industriels s'activent sur l'allègement
Par Olivier Cognasse - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3123Baisse des coûts et pression environnementale. Deux raisons essentielles pour inciter les industriels de l'emballage et leurs clients à réduire la consommation de matières premières.
Le Grenelle de l'environnement accélère les changements de comportement dans l'emballage. Une convention signée fin octobre par le gouvernement, les industriels (Ania et Ilec) et Eco-Emballages vise un taux de recyclage de 75 % du poids des emballages ménagers d'ici à 2012, mais surtout une économie de 17 millions de tonnes de matières premières.
Un tel objectif passe par des progrès dans la collecte, mais surtout par un travail de fond en amont pour réduire les emballages. Coca-Cola s'engage à économiser 10 000 tonnes de PET d'ici à 2010. L'Oréal doit réduire de 15 % ses déchets d'emballages ménagers sur la gamme Garnier d'ici à cinq ans, alors que le groupe Bel propose un objectif plus modeste (5 %), mais il souhaite développer l'usage d'emballages de transport réutilisables.
PARER LA HAUSSE DES PRIX DES MATIÈRES PREMIÈRES
En fait, comme ces trois groupes, la plupart des industriels travaillent sur l'allègement. Lactalis a mis sur le marché un beurrier en plastique 10 % plus léger que les autres modèles du marché. Chez Nestlé, on évoque les exemples de boîtes de céréales (- 10 % sur le carton et le film plastique au cours des dix dernières années). L'Oréal, encore lui, travaille depuis 1992 sur le sujet. « Entre 2005 et 2007, le poids des emballages de la gamme Fructis a été réduit de 13 % », affirme Michel Fontaine, le directeur emballage pour l'ensemble du groupe de cosmétique.
Cette évolution est aussi guidée par des objectifs de coûts. Les industriels de l'emballage ont affronté jusqu'à l'été une flambée des prix des matières premières, notamment dans les plastiques, où des augmentations de tarifs de 10 à 20 % ont été imposées par les chimistes à la fin du premier semestre. La hausse des matières a atteint 4 % pour le carton ondulé ou 10 % pour l'industrie de la conserve. Résultat : tous les fabricants d'emballage ont relevé leurs tarifs. D'où la colère de certaines professions, comme les vignerons européens qui ont dénoncé une majoration supérieure à 10 % sur les bouteilles en verre. Heureusement, la rentrée a marqué une inversion de courbe marquée.
A condition qu'ils conservent leurs qualités et leurs fonctionnalités, les emballages allégés engendrent de nombreux bénéfices induits. Doug Reid, le directeur marketing de MWV (ex-MeadWestVaco), rappelle par exemple que « dans certains cas, nous avons observé des gains allant jusqu'à 20 %, grâce à nos nouvelles approches en matière de conception d'emballages allégés. Les économies sont sensibles sur les frais de transport, les dépenses de manutention et de stockage de matériaux et le nombre d'emballages perdus. »
DES EFFORTS IMPORTANTS EN R et D
Cette réduction du poids des packagings nécessite souvent des efforts importants en R et D. Chez Somater Conditionnements, une entreprise spécialisée dans les emballages en plastique, on cite un montant compris entre 8 et 10 % du chiffre d'affaires consacré à la recherche. Résultat : sur la plupart des matériaux des progrès sont réalisés. En trente ans, le poids de la canette de 33 cl en acier a baissé de 40 %. Dans le secteur du carton ondulé, Olivier de Lagausie, le délégué général de l'Ondef (Emballage ondulé de France), précise que « le poids de nos emballages diminue de 0,5 à 0,7 % par an depuis une décennie. Et ce rythme peut encore se poursuivre pendant plusieurs années. »
Le film de fardelage a vu son épaisseur passer de 23 à 19 microns et, surtout, les machines mieux programmées ont permis de réduire le nombre de couches. Du coup, pour une palette, on n'utilise plus que 200 grammes de film au lieu de 350 grammes il y a encore quelques années. Dans le monde de la bouteille en plastique, les progrès sont aussi assez impressionnants. Leur poids est passé de 40 à 25 grammes. Sidel, fournisseur d'équipements de conditionnement, a même lancé en 2007 la « No Bottle », une bouteille d'eau de 500 ml de 9,9 grammes (de 25 à 40 % moins lourde que les autres modèles).
Depuis la fin 2007, des avancées importantes ont eu lieu également sur les bouchons et les cols des bouteilles en plastique. Un allègement de 1,5 gramme sur le col et de 0,5 gramme sur le bouchon ont été obtenu par Bericap, un industriel spécialisé dans cette partie de la bouteille. Sa nouvelle gamme comprend un bouchon de 1,3 gramme pour un diamètre de 29 mm et un col de 2,4 grammes. Le tout « sans dégradation du confort du client ni de la sécurité », précise Dominique-Paul Vallée, le directeur général de Bericap France. Sur les boissons carbonatées, il vient de lancer le Super Shorty (28 mm). Le col passe de 5,05 à 3,82 grammes et le bouchon pèsera moins de 2,6 grammes (au lieu de 2,8 à 3,2). Pour les bouteilles d'huile, la norme Veriplast 29/21, qui date de l'introduction du PVC il y a quarante ans, devrait céder dans un an la place à la norme 26/21, qui offrira un gain de poids supérieur à 50 %.
DES MARGES DE PROGRESSION EXISTENT
Dans le verre aussi, les bouteilles sont de plus en plus légères. C'est le cas, par exemple, des canettes de bière. « Au cours des quinze dernières années, 20 % ont été gagné. Les process actuels permettent d'alléger encore le poids des emballages, mais tout est question de choix marketing », précise Michel Gardes, le président de la Fédération des chambres syndicales de l'industrie du verre (FCSIV).
Des marges de progression existent encore. On parle de 2 grammes sur les bouteilles d'eau en PET. Philippe Gimenez, le directeur recherche-développement d'Impress, un industriel de l'emballage métallique, assure, lui, pouvoir « gagner 20 % sur les couvercles des boîtes de conserve ». BCME (Beverage Can Makers Europe) estime pouvoir encore alléger les canettes de 15 % sans les fragiliser.
CHANGER DE MATÉRIAU
Des progrès plus radicaux sont même envisageables à l'occasion d'un changement de ma- tériau. Olivier Muggli, le vice-président innovation d'Alcan Packaging, évoque « le mouvement de substitution de l'emballage rigide par l'emballage flexible. Il n'est pas rare alors de constater une réduction de 50 % du poids, ainsi que de l'énergie consommée et des émissions de CO2. » Il cite son emballage souple Clearshield, destiné à la viande (- 60 %) ou des poches pour aliments stérilisés qui permettent des réductions de poids d'environ 25 %.
Malgré toutes ces avancées, certains gardent ont un jugement plus mesuré. Sylvain Pasquier, en charge des emballages à l'Ademe, considère que « la recherche reste insuffisante. Il n'y aura des progrès que si le consommateur fait pression ». Pourtant, l'Europe et le Japon ont pris de l'avance sur le reste du monde. Les gains les plus importants concerneront à l'avenir les autres continents. .

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