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"Les industriels restent handicapés par leur trésorerie" (Thierry Millon)

Le 06 juillet 2010 par Barbara Leblanc
Thierry Millon
© Thierry Millon
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Moins de défaillances d'entreprises au 2ème trimestre 2010 (Altares) liens sponsorisés

    Selon les chiffres que publie aujourd'hui le cabinet Altares, le coup de frein sur les défaillances d'entreprises enregistré au premier trimestre s’est poursuivi au deuxième trimestre. Décryptage avec Thierry Millon, responsable des études pour Altares.

Les défaillances d’entreprises ont ralenti au deuxième trimestre par rapport à la même période en 2009. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Il est vrai que la tendance s'améliore. Mais attention ! Nous comparons les données à celles de l’année 2009, qui a été marquée par de fortes turbulences, avec une phase critique entre l’été 2008 et l’été 2009. Au deuxième trimestre nous enregistrions de nombreuses défaillances. En 2010, nous retrouvons donc des chiffres heureusement plus raisonnables.

La crise commence à s’éloigner et la situation a tendance à s’améliorer. Les carnets de commande se remplissent de nouveau, les entreprises commencent à retrouver confiance, à la redonner à leurs fournisseurs et à leurs clients.

Peut-on parler d'un retour à un niveau normal de défaillances pour autant ?

Non. Nous devons continuer à être attentifs sur de nombreux points. Une partie des entreprises qui ont déposé le bilan il y a un an l’ont fait car elles n’avaient plus ni clients ni trésorerie. Aujourd’hui les clients reviennent, mais la trésorerie reste faible. Spécialement dans l’industrie. Les entreprises doivent reconstituer des stocks pour répondre aux nouvelles commandes. Mais pour ce faire elles doivent dépenser de l’argent pour construire leurs produits et satisfaire leurs clients. Or, les dépenses, elles doivent les honorer dans les 60 jours, alors qu’elles ne seront payées par leurs clients au mieux dans les 60 jours après la livraison, voire beaucoup plus tard. Elles doivent donc faire un effort considérable pour dégager du cash de leur exploitation.

Où en sont-elles dans leurs relations avec leurs partenaires bancaires ?

Avec la crise, c’est devenu beaucoup plus difficile de négocier et d’avoir le montant que l’on veut. Avant la crise, existait le système de pool bancaire. Les entreprises pouvaient avoir des lignes de crédit chez différents banquiers. Désormais, elles ont un partenaire bancaire privilégié, plus influent mais laissant aussi moins de marge de manœuvre pour négocier. Peut-être serait-il opportun de recréer ces pools bancaires pour soutenir davantage les entreprises qui ont besoin de renforcer leur trésorerie. Les entreprises encore « vivantes » ne le seront vraiment que lorsqu’elles auront retrouvé un niveau de trésorerie acceptable.

Quelles ont été les filières les plus touchées dans l’industrie au deuxième trimestre ?


Tous les métiers de l'industrie connaissent une amélioration. Même l’automobile particulièrement affectée par la crise commence à s’en sortir, même si tout n’est pas réglé. L’agroalimentaire est en léger retrait sur la période car le secteur a moins souffert de la crise et par effet de comparaison affiche des résultats en légère baisse. Mais c’est anecdotique. L’amélioration la plus notable concerne le milieu de la mécanique. Ce secteur regroupe beaucoup de petites entreprises de 40 à 60 personnes, parmi les plus touchées par les défaillances. Mais grâce à l’export et à leur réactivité, le secteur a retrouvé un niveau de défaillances bien meilleur qu'il y a un an.

Les entreprises les plus petites restent encore les plus touchées. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Traditionnellement, ce sont en effet les petites entreprises de moins de dix salariés et récemment créées qui sont les plus touchées par les défaillances. Ce trimestre aussi. Elles ont moins de leviers d’action et des évolutions de commandes plus incertaines que dans les grandes entreprises avec une renommée nationale ou internationale. Le trimestre a été marqué par une amélioration pour les entreprises de plus de 50 salariés, avec des perspectives intéressantes. Quant aux grandes entreprises, elles ont su s’organiser  et préserver leur cash. Elles attendent seulement de voir si la reprise est réelle sur le second semestre.

Justement, quelle est la tendance pour les mois à venir ?


Les trésoreries n’étant pas encore au beau fixe, le second semestre pourrait encore être délicat dans l’industrie. Il faudra attendre 2011 pour avoir un écho profitable, selon moi. Il faudra surtout veiller au renouvellement du parc. Avec la disparition importante de grandes entreprises, il peut y avoir des vides dans certains secteurs. Même si de nouvelles structures s’installent à leur place, elles sont de petites tailles. Il faut donc veiller à faire grandir les entreprises pour éviter que la France soit en perte de compétitivité dans certains secteurs.

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