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L'Usine Campus

Les industriels plébiscitent les écoles d'ingénieurs

Cécile Maillard , , ,

Publié le

Les dirigeants de l’industrie que nous avons interrogés se disent satisfaits des écoles d’ingénieurs, mais suggèrent des améliorations, notamment dans leurs relations avec les entreprises.

Les industriels plébiscitent les écoles d'ingénieurs
Les industriels apprécient le niveau technologique des jeunes diplômés. Ici, Telecom ParisTech.
© crédit photo

Un véritable plébiscite ! Les industriels sondés par "L’Usine Nouvelle" sont, à 96 %, satisfaits par les écoles d’ingénieurs. Le fameux modèle, envié à l’étranger, campe solidement sur ses bases. "Ce pourrait être pire !", s’enthousiasme Christian Lerminiaux, le président de la Commission des directeurs d’écoles d’ingénieurs (CDEFI). "Pas question pour autant de ne pas se remettre en cause", précise-t-il. Les entreprises apprécient le mode de recrutement des écoles : 92 % pensent qu’elles ont raison d’être sélectives. "Sachant que le nombre de diplômés ingénieurs a été multiplié par deux en quinze ans, cette sélectivité est toute relative", modère Christian Lerminiaux. La tendance est d’ailleurs à l’ouverture : recrutement de diplômés de DUT et BTS, accueil d’apprentis, passerelles avec les études de médecine, d’architecture, de management, contribuent aussi à une grande variété des profils d’ingénieurs.

Deux autres sujets de satisfaction : le niveau technologique et, plus surprenant, l’ouverture à l’international. La Commission des titres d’ingénieurs (CTI), qui veille à la qualité des formations, a certes beaucoup poussé les écoles à s’internationaliser, mais de fortes disparités demeurent. Nos sondés réclament davantage de cours en anglais. Problème : les professeurs français ne suivent pas et les enseignants anglophones ne se précipitent pas en France.

Découvrez notre infographie sur les forces et faiblesses des écoles d’ingénieurs selon les entreprises

 

La critique la plus inattendue concerne les liens entre les écoles et les entreprises. On les pensait acquis, évidents, partagés. Or un quart des industriels estiment que les écoles ne sont pas proches des entreprises. Silvia Uzuriaga-Ruiz, la responsable du recrutement France d’Alstom, qui embauche chaque année environ 600 ingénieurs et cadres, partage ce point de vue. "Trop d’étudiants n’ont pas de vision réelle de l’entreprise et de ses challenges, regrette-t-elle. Parfois, ils ne connaissent pas bien l’entreprise devant laquelle ils se présentent, ou en ont une vision idyllique. Les écoles doivent mieux accompagner les étudiants dans la concrétisation de leurs projets professionnels."

Julien Cotte, le directeur du recrutement et de la mobilité chez CGI, une ESN (ex-SSII) canadienne qui recrute 1 200 personnes par an en France, dont 60 % de jeunes diplômés, constate parfois "un fossé entre la réalité de l’entreprise et les attentes de certains jeunes ingénieurs, notamment sur la rémunération". Christian Lerminiaux reconnaît que cette proximité pourrait être améliorée. Selon lui, "écoles et entreprises ne se parlent pas assez souvent ; elles devraient mettre en place un travail prospectif sur les futurs besoins en compétences".

Renforcer la diversité

Un autre décalage entre les écoles et la réalité de l’entreprise relevé par Silvia Uzuriaga-Ruiz, d’Alstom, porte sur les postes en bureaux d’études, qui suscitent moins d’engouement que ceux de chefs de projet. "Il est dommage que les métiers les plus techniques ne soient pas plus valorisés par les écoles", regrette-t-elle, soulignant que "les jeunes ingénieurs ne sont pas assez formés au travail en équipe et aux approches multidisciplinaires ou multiculturelles". Elle préconise de "renforcer la diversité dans les écoles". Même attente du responsable du recrutement de CGI. "Nous avons une obligation légale d’accueillir 6 % de personnes handicapées dans l’entreprise", dit-il, mais si les écoles ne nous en proposent pas, comment faire ? Son entreprise rencontre aussi des difficultés pour respecter son accord sur la place des femmes. "C’est à nous, entreprises, de pousser les écoles vers cette diversité", poursuit-il.

Moins de cours magistraux

Beaucoup attendent des jeunes ingénieurs qu’ils apportent les innovations dont l’industrie française a besoin pour se redresser. Or 30 % des industriels estiment que les écoles ne forment pas à l’esprit d’innovation. Silvia Uzuriaga-Ruiz partage cet avis. "Les jeunes possèdent l’esprit analytique nécessaire à l’innovation, mais ils préfèrent être chefs de projet plutôt qu’innover, c’est dommage", souligne-t-elle. Julien Cotte, de CGI, estime surtout qu’ "ils ne sont pas suffisamment incités à entreprendre et perdent la foi." Christian Lerminiaux ne rejette pas la critique. "Des progrès restent à faire pour développer l’esprit d’innovation, admet-il. Une réflexion est en cours pour repenser les cursus, mais aussi les modes d’enseignement. Le cours magistral n’inculque pas vraiment l’esprit d’initiative."

Seule la moitié de notre panel estime que les écoles forment des managers. Est-ce une critique ? "Tout le monde ne peut pas devenir manager, surtout avec un profil technique", affirme Julien Cotte. Nos sondés réclament un renforcement des cours de sciences humaines et sociales. "Attention de ne pas trop charger les emplois du temps", met en garde Christian Lerminiaux, qui préconise plutôt de diminuer le temps passé en cours magistraux, pour former à la recherche d’information. "C’est l’une des pistes majeures d’évolution des écoles dans les années à venir", indique-t-il.

Pour s’améliorer, les écoles pourraient s’inspirer de l’étranger : "Développer encore plus l’apprentissage, comme en Allemagne, suggère Silvia Uzuriaga-Ruiz, ou former les ingénieurs par une approche projets, comme aux États-Unis, pour que les étudiants confrontent leurs rêves à la réalité de l’entreprise, à ses budgets et délais." Le patron de la CDEFI aimerait que les écoles d’ingénieurs puissent délivrer des "licences d’assistants ingénieurs". "Avec le doctorat, elles répondraient à tous les niveaux de formation dont ont besoin les entreprises." Et même au-delà, avec la formation continue. Autant de pistes pour que les écoles d’ingénieurs ne s’endorment pas sur leurs lauriers.

Cécilé Maillard

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