Les industriels en ordre de bataille pour la campagne présidentielle
Par Solène Davesne - Publié le
L'Usine Nouvelle réunissait le 12 mai dernier le club des décideurs de l'industrie. Un an avant les élections présidentielles, les industriels veulent que l'industrie se fasse entendre dans la campagne.
C'est une discussion à bâtons rompus. Dans les salons du pavillon Le doyen, à Paris, une quinzaine de décideurs de l'industrie (chefs d'entreprise ou experts) sont venus à l'appel de L'Usine Nouvelle pour discuter de politique industrielle. Cette première réunion du club doit lancer les débats des Assises de l'industrie, dont la deuxième édition sera organisée le 19 octobre en présence de la ministre Christine Lagarde et de personnalités comme Laurence Parisot, Jean-François Dehecq ou Stéphane Richard.
"Les industriels doivent se faire entendre avant la campagne électorale de 2012. L'industrie est un enjeu absolu, qui concerne autant la droite que la gauche", commence Yvon Jacob, l'ambassadeur de l'industrie à Bruxelles.
A un an de l'élection présidentielle, les industriels veulent faire de la compétitivité de l'industrie française l'un des thèmes de la campagne. Un sentiment partagé par Pierre Gattaz, le PDG de Radiall et président du Groupe des fédérations industrielles (GFI). "L'industrie a besoin d'un temps long. Les comités de filières, mis en place à la suite des états généraux l'an dernier sont une bonne chose. Il ne faut pas tout casser en 2012. Alors que l'on parle à nouveau d'industrie, il ne faut pas que l'on revienne dix ans en arrière", s'inquiète Pierre Gattaz.
"Oui, mais il faut utiliser de nouveaux arguments pour la défendre", défend Gilles Le Blanc, économiste au Cerna. "Depuis 20 ans, on avance les même arguments : la défense de l'emploi alors qu'il a fortement reculé", nuance-t-il. Pour rendre plus légitime la politique industrielle, l'économiste avance d'autres éléments, comme le niveau des salaires, plus élevés dans l'industrie.
Pour redorer la compétitivité de l'industrie, "la diffusion des bonnes pratiques, comme le lean, peut être un outil efficace. Pourtant c'est une dimension souvent oubliée à côté des questions de charge sociale, de montée en gamme et d'innovation, souligne Luc Rousseau, le directeur général de la DGCIS (la direction des entreprises) au ministère de l'Economie. L'ambition du pays n'est pas de se serrer la ceinture mais d'augmenter la compétitivité hors prix".
John Persenda, le Pdg de Sphère, approuve. Mais à la tête de 1500 salariés, le patron est inquiet. "Est-on condamné à mourir ou à aller s'implanter en Chine ? La politique anti-dumping de l'Union européenne n'est pas adaptée", s'alarme-t-il. Pour produire ses sacs poubelles, l'industriel achète ses matières premières 40 % plus cher que ses concurrents chinois.
De l'autre côté de la salle, Yvon Jacob prend note. "Il n'y a que dix pays très industriels en Europe sur 27. Pour défendre ses vues de politique industrielle, la France doit trouver des alliés. C'est compliqué. Alors que l'importance des décisions européennes est immense !", reconnaît l'ambassadeur.

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