Réunis en assemblée générale le 2 octobre, les industriels des produits carnés ont insisté sur les difficultés de leur filière, confrontée à des pertes de rentabilité. Ils militent pour une refonte de la Loi de Modernisation Economique (LME) assortie d'une "réflexion urgente sur la compétitivité".
"La situation est gravissime dans l’aval de la filière", a alerté le 2 octobre, Jean-Paul Bigard, le président du Syndicat national de l'industrie des viandes (Sniv-SNCP) lors de l’assemblée générale annuelle du mouvement. Confrontée à une hausse de ses coûts d’achats (liés à la flambée des matières premières agricoles) et à une baisse régulière de la consommation de viandes en France, "la filière est confrontée à un effet ciseaux qui la met en grand danger", a insisté le patron du groupe Bigard, leader français du secteur, pointant les baisses importantes de marges des industriels du secteur (abattoirs, transformateurs…).
Selon le Sniv, la marge brute des industriels en viande bovine a reculé de 16 centimes d’euros par kilo de carcasse, à 1,37 euro, entre le 1er semestre 2011 et le 1er semestre 2012, alors que dans le même temps, la marge des distributeurs est restée stable à 1,70 euro par kg, selon des chiffres de l’Observatoire des prix et des marges. "La marge nette sera proche de zéro, voire négative pour certains", a souligné Pierre Halliez, le directeur général du Sniv-SNCP.
Selon Jean-Paul Bigard, une autre responsable de la baisse de rentabilité de la filière est la Loi de modernisation de l’économie (LME) mise en place en 2008. "L’industrie agroalimentaire a reçu un coup poignard dans le dos avec l’adoption de la LME qui permet aujourd’hui à une enseigne d’imposer ses conditions d’achats au détriment des conditions générales de vente du fournisseur", a insisté Jean-Paul Bigard, en appelant à "une révision urgente de cette loi". Une position défendue récemment par l’Association nationale des industries alimentaires (Ania).
Des distorsions de concurrence
La perte de compétitivité de la filière française des viandes se fait de plus en plus sentir face à nos voisins européens. Selon le Sniv, "dans les dix dernières années, le nombre d’animaux français abattus chez nos voisins a été multiplié par 1,3 en gros bovins et par 4 en porcs". Dans le même temps, les abattoirs français ont attiré deux fois moins d’animaux étrangers. "En seulement cinq ans, notre déficit du commerce extérieur en produits à haute valeur ajoutée a été multiplié par 1,7 en viande porcine et par 3,5 en viande bovine", a souligné Jean-Paul Bigard.
"Il est urgent d’ouvrir, comme pour le secteur automobile une réflexion sur la rentabilité et la compétitivité de la filière", a lancé Jean-Paul Bigard, en soulignant que "le secteur auto est beaucoup plus écouté" que l’agroalimentaire. Selon le Sniv, la filière subit de nombreuses distorsions de concurrence par rapport à ses voisins européens qui pèsent sur sa compétitivité : "le refus du gouvernement français d’autoriser l’utilisation de protéines animales sécurisées pour les porcs et les volailles et l’utilisation par certains pays, comme l’Allemagne, de main d’œuvre bon marchés dans ses abattoirs".
Le chiffre d’affaires des adhérents du Sniv-SNCP s’est élevé à 11,6 milliards d’euros en 2011, pour 150 établissements employant 35 000 salariés.









