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Les industriels accélèrent dans le naturel

Le 27 octobre 2009 par Olivier James | L'Usine Nouvelle n° 3167
Performance. Produit isolant composé de chènevotte et de chaux hydraulique, la mise en oeuvre du bloc de chanvre s’apparente à celle du bloc béton.
Performance. Produit isolant composé de chènevotte et de chaux hydraulique, la mise en oeuvre du bloc de chanvre s’apparente à celle du bloc béton.
© Chanvribloc

  Bois, cellulose, chanvre… Les matériaux naturels ont le vent en poupe. encore faut-il que les fabricants simplifient leur mise en oeuvre sur les chantiers de construction.

Ils représentent 1% du marché des matériaux de construction. Mais nous observons un coup d’accélérateur dans les ventes depuis trois ou quatre ans. » Animateur du cluster Rhône-Alpes Eco-énergies, qui regroupe 185 acteurs de la maîtrise de l’énergie et des énergies renouvelables, Mickaël de Chalendar est persuadé que les matériaux naturels ont une vraie carte à jouer dans la construction. Un signe qui ne trompe pas : les distributeurs comme Point P et Gedimat les commercialisent depuis peu. Un succès à mettre sur le compte du Grenelle de l’environnement et de citoyens de plus en plus sensibilisés aux questions environnementales.

Simplifier le travail des installateurs

Les matériaux naturels les plus en vue: la laine de chanvre, la fibre de bois et la ouate de cellulose... «Seul souci? L’industrialisation de ces produits, résume Mickaël de Chalendar. Les fabricants travaillent pour que leur mise en oeuvre soit plus simple sur les chantiers.» C’est le cas de Chanvribloc (de son vrai nom RBPIM), une PME de 15 salariés basée à La Mure (Isère). Spécialisée dans la conception et la fabrication de machines automatisées hydrauliques, notamment pour le coffrage des tunnels, elle s’est tournée vers la production de blocs de chanvre pour la construction. Un produit isolant composé de chènevotte (partie centrale de la tige de chanvre) et de chaux hydraulique. La mise en oeuvre des blocs de chanvre s’apparente à celle des blocs béton. «Nous avons vendu l’équivalent de 20000mètres carrés de ces blocs en 2008, affirme Philippe Auvergne, le directeur commercial de Chanvribloc. Nous devrions atteindre une surface de 25000 mètres carrés en 2009.» Par une gestion fine du séchage, la PME travaille à réduire la quantité de liant (la chaux) afin de diminuer la densité des blocs et améliorer ainsi leurs performances. Elle a investi 1,5 million d’euros dans une machine pour augmenter ses capacités de production.

D’autres fabricants français , comme Hestia et Easychanvre, sont aussi sur les rangs pour ce type de produit. La coopérative agricole Euralis (1,29 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 5000salariés), située à Lescar dans les Pyrénées-Atlantiques, planche également sur un projet prometteur de bloc de chanvre. Le groupe a pris conscience, dès 2006, des faibles perspectives des débouchés non-alimentaires du chanvre (litière pour animaux, papeterie). Elle a donc préféré s’engager dans la voie de produits à plus forte valeur ajoutée pour sa production de chanvre. Grâce à un partenariat avec l’Insa de Toulouse, elle s’est attelée à la mise au point d’un bloc autoporteur composé de chènevotte (à 80 %), de chaux et d’un adjuvant issu de la chimie végétale. La composition du bloc Euralis a fait l’objet d’un dépôt de brevet en mai 2009. Son point fort ? «Nous avons prouvé la faisabilité d’une production industrielle dans une usine de bloc béton traditionnelle », se félicite Eric Gazagnes, le directeur de la valorisation non-alimentaire de la coopérative agricole. L’élaboration d’un moule alvéolé spécifique représente l’un des principaux enjeux de ce projet. «Au final, le maçon pourra mettre en oeuvre ce produit comme un bloc béton ou une brique », précise Eric Gazagnes. Cette brique recyclable, à la composition confidentielle, devrait être commercialisée dès le premier semestre 2011.

Une étude en béton ?
Les professionnels du béton sont sur la défensive. Alors que la brique et le bois grignotent peu à peu des parts de marché, ils tiennent à démontrer les avantages de leur matériau. Sous l’impulsion de Cimbéton, le Centre d’information sur le ciment et ses applications, une vaste étude compilant et synthétisant les données d’une multitude de Fiches de déclaration environnementales et sanitaires (FDES) sera dévoilée lors du salon Batimat. Principal résultat: construite en blocs béton ou en bois, une maison basse consommation émet à peu de chose près autant de CO2 avec, malgré tout, un léger avantage pour le bois. François L’Huillier, le directeur délégué de Cimbéton, s’attend à ce que cette étude fasse du bruit dans les mois à venir. Et qu’elle redonne tout son lustre au béton. CQFD!

Spécialisée dans la transformation de fibres naturelles et synthétiques, la PME Buitex, installée à Cours-la- Ville (Rhône), a démarré la vente d’un isolant pour le bâtiment mêlant fibres de bois et chanvre. Ce produit se présente sous la forme de panneaux rigides. Les grands distributeurs jouent déjà le jeu. L’entreprise cherche à simplifier le travail des installateurs. «Nous envisageons de doubler ce produit avec une plaque de plâtre, souligne Jean-Pierre Buisson, le dirigeant de Buitex. L’objectif est d’augmenter la rapidité de pose.» La PME, qui fabrique aussi des fibres naturelles pour l’automobile, la literie et l’horticulture, tire déjà 40% de son chiffre d’affaires de cette branche. Xylobell, basée à Antibes (Alpes- Maritimes), commercialise de la ouate de cellulose issue de journaux recyclés.

L’entreprise a connu une croissance de 20% entre 2008 et 2009 avec, cette année, une production estimée à 3000tonnes.« Dans le bâtiment, la ouate s’achète en vrac, puis elle est soufflée, insufflée ou bien fixée via des épandages manuels, décrit Alain Belloy, le dirigeant de la PME. Nous avons effectué des recherches qui ont prouvé que l’on pouvait la mettre en oeuvre sous forme de rouleaux. C’est un vrai enjeu pour l’avenir de notre activité.» Xylobell cherche un financeur qui pourrait l’aider à investir 2,5 millions d’euros dans la production de ces rouleaux de ouate.


Un coût supplémentaire

Un surcoût de 10 à 20% freine le développement de tous ces produits innovants. De quoi décourager certains acheteurs… Du côté de la Fédération française du bâtiment (FFB), on regrette l’absence d’avis techniques délivrés par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour nombre de ces produits biosourcés. Certains fabricants rechignent à demander ces avis, parfois coûteux. Une normalisation (analyse du cycle de vie, fiches de déclaration environnementale et sanitaire) ne pourrait que contribuer à asseoir le développement des matériaux naturels. Leur seule image positive n’y suffira pas.

La filière chanvre se ramifie

Le chanvre et le lin font l’objet de nombreuses innovations. Afin de favoriser la valorisation à haute valeur ajoutée de ces fibres dans le bâtiment mais aussi dans l’automobile, la Confédération européenne du lin et du chanvre (CELC) annoncera le 5novembre la création d’un comité scientifique européen pour conseiller et accélérer les projets de recherche. «Nous avons également mis en place un partenariat scientifique depuis janvier 2009 avec l’université la plus en pointe sur le sujet, celle de Louvain-la-Neuve en Belgique», précise Marie-Emmanuelle Belzung, la secrétaire générale du CELC. Il y a quatre ans, un pôle Usages techniques avait déjà vu le jour en son sein. L’objectif à terme consiste à créer une plate-forme commune qui favorise les échanges entre industriels et scientifiques. Une initiative qui vient renforcer les recherches menées par les Instituts techniques du lin et du chanvre et par le pôle de compétitivité IAR (Industries et Agro-Ressources), commun aux régions Champagne-Ardenne et Picardie.

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