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Les huit propositions de Christian Estrosi

Par SOLÈNE DAVESNE, AVEC LA RÉDACTION - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3166
Christian Estrosi
© Thomas Coex/Image Forum

Les principaux extraits du discours du ministre de l'Industrie commentés par les professionnels.

Dans son discours de lancement des états généraux, Christian Estrosi a tracé les grandes lignes de la future politique industrielle française. Sur la forme, en rassemblant dans le cadre d'une vaste consultation les acteurs de l'industrie, le ministre veut s'assurer un certain consensus. Sur le fond, il a livré le 15 octobre, à Bercy, l'essentiel des mesures fortes qui pourraient être annoncées au terme de la mobilisation à venir. Explication de texte sur huit affirmations.

1. "Les états généraux sont une occasion de refonder les relations entre grands groupes et PME pour sortir du diktat de la direction des achats."

Conflictuelles, les relations entre sous-traitants et grands donneurs d'ordres étaient déjà au coeur des états généraux de l'automobile du 20 janvier. Avec un succès de principe. « Mutualisation des achats, conception partagée, aide à l'internationalisation... De vraies avancées ont été faites. Il y a eu une prise de conscience de la nécessité de dialoguer et d'être solidaire au sein de la filière », reconnaît Lionel Baud, le PDG du groupe de décolletage savoyard Baud Industries. Les états généraux pourraient d'ailleurs s'inspirer de la « plate-forme » d'échange entre constructeurs et sous-traitants instaurée dans l'automobile. Une solution à laquelle sont favorables les directeurs d'achats. « Nous ne nous focalisons pas sur le prix le plus bas mais sur le coût global. L'une de nos obsessions est de ne pas laisser nos fournisseurs disparaître », souligne Pierre Pelouzet, le directeur des achats de la SNCF, qui préside la CDAF, l'association française des acheteurs.

"Etendons à d’autres filières le dialogue engagé dans l’automobile. Pour la première fois, les sous-traitants de rang 2 ont pu discuter avec les grands constructeurs y compris sur les sujets les plus sensibles"

Lionel Baud, PDG du groupe de décolletage Baud Industries

2. "Je propose que l'on étudie les moyens financiers et fiscaux d'inciter à la relocalisation."

Rossignol, Geneviève Lethu, Kindy... Malgré quelques annonces médiatiques, les relocalisations restent un phénomène marginal. « La délocalisation n'est pas adaptée à toutes les productions », reconnait Marc Toillier, le directeur général de Gantois. Ce fabricant de treillis métalliques a rapatrié en octobre ses métiers à tisser en France quatre ans après les avoir installés en Roumanie, à cause du manque de qualité de la production et de rentabilité. Un retour qui conforte le site de Saint-Dié, dans les Vosges, sans pourtant créer d'emplois.

Mais l'efficacité d'une prime à la relocalisation laisse sceptique. Miser sur le « made in France » peut être rentable dans le haut de gamme, mais la concurrence asiatique est impitoyable dans les secteurs à faible valeur ajoutée. Marc Toillier, lui, y est favorable : « Une prime peut permettre de couvrir en partie les coûts de restructuration engendrés par la relocalisation. »

3. "Passer d'une politique de branche à une politique de filière serait une manière radicalement nouvelle d'approcher la question industrielle en France."

Favoriser le décloisonnement entre branches. Christian Estrosi entend pousser une approche verticale des filières, de l'amont au produit final. Une nouvelle grille de lecture qui doit favoriser les passerelles entre acteurs. « L'approche par secteur d'activité ou par branche est de plus en plus mise à mal. Difficile de trouver des points communs entre une entreprise de textile traditionnel et un spécialiste des fibres techniques pour le médical. Elles appartiennent au même secteur, mais relèvent de deux filières différentes », remarque Gilles Le Blanc, directeur du centre d'économie industriel de l'Ecole des mines.

4. "Nous allons prioriser de grands projets transversaux sur lesquels il faudra mettre le paquet."

La Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec) applaudit. Pierre Gattaz, son président, insiste sur la nécessité de « passer d'une approche métier à une autre centrée autour de projets ambitieux ». Et de rappeler que la Fieec avait déjà proposé de « chasser en meute ». Dans les trois domaines prioritaires définis par cette fédération, les nouvelles technologies de l'énergie, la télésanté et la route intelligente, il s'agira « de mettre tout le monde autour de la table et de mettre sur pied une stratégie industrielle ».

5. "L'automobile verte est le projet porteur de croissance et d'emploi des trente prochaines années."

Sur un marché mature en surcapacité chronique, la France ne peut plus guère compter sur la croissance de sa production automobile. A moins de s'inventer des marchés pour séduire une nouvelle clientèle. S'appuyant sur la volonté de Renault de devenir leader dans la voiture électrique, de PSA d'être le premier à commercialiser des véhicules hybrides diesel, puis hybride diesel rechargeable, voire de Bolloré d'imposer ses batteries au lithium polymère, le gouvernement soutient activement ces stratégies vertes. Entre subventions à la recherche, participation à la mise en place des infrastructures de recharge ou primes à l'achat pour les véhicules zéro émission, le budget de l'Etat sera sollicité à hauteur de près de un milliard d'euros d'ici à 2015. Pour solde de tout compte ?

"Il existe déjà de nombreux outils d’aide aux entreprises mais ils ne forment pas une politique industrielle cohérente. adopter une approche par filière permettrait de les coordonner davantage"

Gilles le Blanc, directeur du centre d’économie industrielle de Mines ParisTech

6. "Je veux que l'on réfléchisse à la mise en place d'un crédit d'impôt innovation, qui viendrait compléter l'actuel crédit d'impôt recherche."

Etendre les dépenses éligibles à certaines étapes du développement d'un produit, comme le design. L'idée du ministre n'est pas inédite. En mars 2009, la CGPME et le Comité Richelieu avait déjà proposé l'idée d'ouvrir le crédit impôt recherche (CIR) aux logiciels et aux services. Interrogées par le cabinet Alma Consulting, les entreprises innovantes considèrent à 67 % qu'un tel dispositif serait une incitation supplémentaire à investir en R et D. Cela reste à prouver. Si la reforme 2008 du CIR a bien incité 2 000 entreprises supplémentaires à émarger au dispositif, le total des investissements privés en R et D déclaré au CIR, lui, a plafonné, comme en 2007, à 15 milliards d'euros.

7. "Pour concilier excellence industrielle et écologie responsable, mettons en oeuvre des prêts verts bonifiés au profit d'investissements respectueux de l'environnement."

Les prêts verts bonifiés sont testés intensément depuis l'an dernier par le gouvernement. Ils sont surtout destinés aux ménages, notamment pour la rénovation thermique des logements, l'une des priorités du Grenelle. L'écoprêt à taux zéro notamment, qui préfinance les bouquets de travaux et de rénovations lourdes, a eu un succès important. 25 000 de ces prêts ont d'ores et déjà été acceptés, un chiffre qui devrait quasiment doubler d'ici à la fin 2010. En dehors des programmes du bâtiment, de tels écoprêts restent à inventer pour l'industrie.

8. "Développons le modèle de l'entreprise coopérative dont les salariés détiennent une majorité du capital en créant le statut de co-entrepreneur."

Christian Estrosi envisage ce système comme le « modèle d'entreprise du futur » pour les PME. Aujourd'hui en France, 1 800 sociétés

Trois domaines sont pour nous prioritaires: les nouvelles technologies de l’énergie,la télésanté et la route intelligente

Pierre Gattaz, président de la Fieec

coopératives ouvrières de production (Scop) emploient 40 000 collaborateurs, dont 10 000 dans l'industrie. Selon Bercy, toutes les options sont ouvertes pour les développer, jusqu'à un apport financier de l'Etat aux salariés qui voudraient monter au capital de leur entreprise. Pour Ludovic Neveu, le président de la Scop Métaclim (chaudronnerie), « les Scops fonctionnent en création pure ou pour des reprises d'entreprises en difficulté. Sur une société qui marche bien, on ne voit pas très bien ce qui pousserait un patron à partager le pouvoir ». Si les Scops séduisent le gouvernement, c'est qu'elles ont un intérêt évident à maintenir l'emploi sur le territoire et disposent de fonds propres importants compte tenu de leurs obligations légales. Elles restent peu adaptées aux secteurs très capitalistiques. Les syndicats sont loin d'être acquis à l'idée car, avec une Scop, les salariés mettent leur emploi et leur épargne dans le même panier.

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1 réaction

Dédé | 30/10/2009 - 15H21

Tout ça, c'est du vent ! L'industrie va complètement partir en Asie (Chine) sur l'unique critère de coûts.
La riposte est déjà trop tard.

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