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Quotidien des Usines

Les hommes, nouveaux alliés des femmes pour plus de mixité dans l'entreprise

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Les 30 industrielles de notre quatrième édition des Trophées des femmes de l’industrie peuvent se réjouir, elles ne sont plus seules à se battre pour la mixité.

les Happy Men - Doon productions

Un bon cru. L’Usine Nouvelle remettra le 22 septembre ses Trophées des femmes de l’industrie. Pour cette quatrième édition, nous avons déniché d’incroyables talents qui œuvrent le plus souvent dans l’ombre. Qui sait en effet que le développement de l’A330neo, l’un des prochains paris d’Airbus, est mené par une femme, Odile Jubécourt ? Qui imagine qu’à la tête de la future plate-forme de Renault pour la Chine on en trouve une autre, Sophie Schmidtlin ? Et que c’est encore une femme, Christine Desbois, qui a persuadé Bic de la nécessité d’intégrer les enjeux de développement durable dans sa stratégie ? Ce ne sont là que quelques exemples des 30 parcours que nous présentons dans ce dossier. Faudrait-il alors en conclure que la place des femmes dans l’entreprise est désormais un dossier classé ?

Pas encore. La France, sous l’impulsion d’une loi, fait désormais partie du peloton de tête pour le nombre de femmes dans les conseils d’administration (30,3 % pour les entreprises du CAC 40 et 28,8 % pour celles SBF 120). Mais ce nombre chute à 10,4 % dans les comités de direction des 45 plus grandes entreprises françaises en 2014, selon l’étude de Michel Ferray, professeur à la Skema business school. Et l’enquête ne dit rien des entreprises de taille plus modeste, où les dispositifs en faveur de l’égalité sont moins développés. Nos femmes de l’industrie 2015 ont donc dû batailler ferme pour arriver là où elles sont. Ce qui est nouveau, c’est qu’elles ne sont plus seules dans leur combat. Des hommes s’engagent également. Et ça, c’est une bonne nouvelle.

Retour sur un étrange événement. Le 6 juin, dans un amphithéâtre du ministère des Affaires sociales, 250 personnes se retrouvent pour parler d’égalité hommes-femmes. Jusque-là rien que de très classique. Des colloques sur ce thème se déroulent à longueur d’année, à l’initiative le plus souvent de réseaux de femmes. La surprise était dans la salle : l’assemblée comprenait plus de 90 % d’hommes. Ce type de manifestation est habituellement suivi par 95 % de femmes et les rares hommes présents sont… sur scène. Nous assistons au premier forum des Happy Men, une étrange tribu née à l’initiative d’Antoine de Gabrielli (le fondateur d’une société de conseil RH et père de six enfants), et portée sur les fonts baptismaux par des entreprises comme Orange, Engie, la SNCF ou ING Direct… Les "happy men" sont des hommes qui promeuvent, au sein de leur entreprise, l’égalité hommes-femmes et l’équilibre vie professionnelle, vie privée. Ils se constituent en cercle d’une vingtaine de collaborateurs pour échanger sur leurs aspirations, leurs comportements et vaincre leurs peurs. Selon Antoine de Gabrielli, la prééminence des hommes "est un système perdant-perdant, pour les femmes comme pour les hommes, pour les entreprises comme pour la société".  Selon ses études, 68 % des hommes pensent que l’on ne peut pas réussir dans l’entreprise sans sacrifier sa vie personnelle ou familiale. Travailler à la cause des femmes, c’est « faire traverser le plafond de verre aux femmes, mais aussi briser le plancher qui isole les hommes de leur vie privée. » Car le temps dans un couple est affaire de vases communicants. Cette association française n’est pas unique. Marc, pour Men advocating for real change, est un programme né aux États-Unis qui essaime dans certaines entreprises françaises [lire ci-contre].

La mixité comme facteur de performance

Au sein des groupes aussi les pratiques évoluent. À l’exemple de Sodexo : en 2009, Nathalie Bellon Szabo, la directrice générale de Sodexo France et loisirs en France et à l'international, lance Swift (Sodexo women international forum for talent) pour favoriser la promotion des femmes. À l’origine exclusivement composé de femmes, Swift compte désormais plusieurs hommes. « Au début, il fallait qu’on se parle entre nous. Ensuite, nous avons intégré des hommes pour comprendre leur point de vue mais aussi pour qu’ils parlent aux autres hommes. » Aujourd’hui, le comité de direction du groupe Sodexo compte 43 % de femmes. C’est le plus féminisé des grands groupes français, alors que la part des femmes cadres plafonne à 29 %. À côté des quelques référents masculins qui émergent, deux grands types d’actions sont mis en place dans les entreprises pour convaincre les autres hommes de changer. Un travail de conviction sur la performance et un autre plus culturel sur les représentations et les comportements. Antoine de Gabrielli vend aux dirigeants d’entreprise qui adhèrent à son programme, l’idée qu’« en discriminant les talents on grève la performance des organisations ».

Sodexo a passé au crible une centaine de business units du groupe sur un critère de mixité des équipes managériales (entre 40 et 60 % de femmes). Résultat : 23 % des équipes mixtes avaient davantage fait progresser leur marge brute et 13 % leur croissance interne sur les trois dernières années. "Nous avons démontré à nos collaborateurs, notamment aux hommes, que la mixité était un facteur de performance", se réjouit Nathalie Bellon Szabo. Pour y parvenir, il faut favoriser une meilleure compréhension des comportements. Comme l’expliquait Gérald Karsenti, le DG de HP France en 2015 lors de la sortie de "Mixité : quand les hommes s’engagent", un ouvrage collectif : "Quand je propose un poste à une femme, c’est moi qui dois la convaincre qu’elle est faite pour le job car elle pense qu’elle n’est pas prête. Lorsque j’ai un homme en face de moi, j’ai à peine formulé ma demande qu’il me coupe en m’expliquant qu’il est l’homme de la situation". Ce genre réactions ne signifie pas que les femmes ne sont pas à la hauteur. Pour faire passer son message sur l’égalité professionnelle, Sodexo a convié ses directeurs de sites et de secteurs à des séances de théâtre interactif, où la comédienne Blandine Métayer interprétait des saynètes de la vie d’entreprise. Les cercles Happy men sont là, eux aussi, pour libérer la parole, voire l’émotion des hommes. Et déboucher ainsi sur une organisation du travail plus harmonieuse pour les deux sexes. Comme le concluait l’un des Happy men d’Orange lors du forum, citant Pierre Desproges : "L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne". 

 

« Il faut changer les modes de management »

Stéphane Reboud, directeur de la division ventes de services de Dell (Emea)

l'Usine Nouvelle : Vous avez implanté chez Dell France le programme Marc, pour Men advocating for real change. S’agit-il de l’Homme ou des hommes ?

L’Homme ou l’homme, c’est toute la beauté de la discussion. Marc n’est pas un club de gentlemen only. Il est animé par des hommes, car les dispositifs pour aider la carrière des femmes montrent leurs limites, malgré leur montée en puissance ces dernières années.

Que faut-il mettre en place pour passer à l’étape suivante ?

Il faut favoriser les prises de conscience et changer les modes de management. Les collaborateurs participent à des groupes de réflexion et à des formations avec mises en situations illustrant des comportements éventuellement dommageables à l’épanouissement de tous dans l’entreprise. Notre objectif est de développer un management inclusif qui accueille toute la diversité : les femmes mais aussi les minorités ethniques, le handicap…

Comment évaluez-vous l’impact de ce programme ?

La diversité on peut, en partie, la mesurer mais l’inclusion c’est différent, c’est un changement de culture. C’est comprendre la réalité des autres. Cela n’aurait pas de sens de le mettre en chiffre. Mais nous allons inscrire des thématiques liées dans notre prochaine étude de satisfaction interne. 

 

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