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Les handicaps de l'usine PSA d'Aulnay

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3244
Enclavée en milieu urbain, Aulnay est l'unique usine du groupe à produire un seul modèle.
Enclavée en milieu urbain, Aulnay est l'unique usine du groupe à produire un seul modèle.
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  Menacée de fermeture selon une note interne aujourd'hui considérée comme caduque, le site d'Aulnay ne possède pas tous les atouts pour survivre dans un contexte ultra-concurrentiel.

La fermeture du site d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) n'est pas un sujet d'actualité ! » C'est ce que clame haut et fort la direction de PSA Peugeot Citroën. Le message est même relayé par le ministre de l'Industrie en personne, Éric Besson, qui a reçu le PDG du groupe Philippe Varin, le jeudi 9 juin. Plus tôt dans la journée, la CGT avait lancé une petite bombe en dévoilant un document confidentiel (ci-dessous) de la direction des programmes et de la direction industrielle datant du 23 août 2010. Celui-ci envisageait noir sur blanc la fermeture de plusieurs sites PSA, dont celui d'Aulnay. Le document, décrit comme une hypothèse de travail aujourd'hui déclarée caduque par la direction, prévoyait que l'activité de ce site serait transférée à Poissy (Yvelines) qui deviendrait le « pôle d'excellence majeur et unique en région parisienne ». L'option est tentante. « De tout temps, on a dit qu'il y avait une usine de trop dans le plan d'organisation du constructeur. Une concurrence entre les usines existe depuis toujours. C'est une compétition forcée du fait de la flexibilité », rappelle Jean-Louis Loubet, professeur en histoire du secteur automobile à l'université d'Évry.

Pourquoi sacrifier l'usine d'Aulnay au profit de sa cousine des Yvelines ? Plusieurs raisons à cela. Le site de production dionysien multiplie les handicaps. Selon le document présenté par la CGT, elle fait partie « des sites historiques assez éloigwnés des critères globaux de "l'usine excellente", défavorisés en termes de logistique ou en termes d'environnement urbain et de coûts sociaux. » Construit en 1972 au milieu des champs, le site d'Aulnay a été rattrapé par l'étalement urbain et se trouve aujourd'hui enclavé dans une zone densément urbanisée. À proximité des deux aéroports, elle est coincée entre les autoroutes A 1, A 3 et la Francilienne. Ces axes routiers pourraient être des atouts, mais ils subissent quotidiennement des ralentissements. Un défaut majeur lorsque la règle dans l'automobile est de multiplier les livraisons de composants pour limiter les stocks sur site.

Autre élément qui a peut-être pu peser dans la balance au moment où les directions des programmes et industrielle ont planché sur ce document : le climat social du site d'Aulnay. « C'est vrai qu'il y a un ou deux ans, l'usine était sensible sur le plan social, confirme Christian Lafaye, le délégué central FO, il y a eu beaucoup de mouvements. Aujourd'hui c'est très différent ! » Le représentant syndical indique même que l'usine a fait de gros progrès en termes d'absentéisme et de taux d'accident. « L'usine d'Aulnay est comparable à toutes nos autres usines », insiste-t-il. Il n'empêche. Le climat reste tendu. Les autres centrales syndicales ne manquent d'ailleurs pas de critiquer l'initiative prise par la fédération de la métallurgie de la CGT...

Mais le plus gros handicap du site, c'est sa production monoproduit. De toutes les usines du groupe, que ce soit en Europe, en Chine, au Brésil, en Slovaquie ou en Russie, celle de Seine-Saint-Denis est la seule qui ne produit qu'un seul modèle : la Citroën C3. En France, les sites tournent en général avec une moyenne de quatre modèles différents. Certes, la citadine de PSA représente les meilleures ventes de la marque au double chevron, mais l'usine d'Aulnay n'est pas la seule à produire ce blockbuster. Sur les 308 500 exemplaires vendus en 2010, 195 490 ont été assemblés sur ses lignes. Le « reliquat » a été produit à Poissy et à Madrid, ainsi qu'au Brésil pour les voitures vendues en Amérique du Sud.

Manque d'investissement et érosion de l'effectif

 

Petit à petit, tous ces « défauts » ont exclu Aulnay du groupe des meilleures usines du constructeur. Pression politique oblige, la fermeture du site n'est plus d'actualité. Mais la menace demeure. Pour Bruno Lemerle, le représentant CGT du comité central d'entreprise (CCE), les décisions de fermeture seraient même prises depuis longtemps. Pour étayer son affirmation, il cite le rapport présenté au CCE en 2011 du cabinet d'expert-comptable Secafi, qui pointait le manque d'investissement sur le site d'Aulnay. L'érosion de l'effectif (passé de 6 200 salariés, en 2004, à 3 600 en 2010, selon la CGT) et celle des volumes produits (divisés par deux en six ans) sont également de mauvais signaux. Car, dans le même temps, PSA refuse d'alimenter l'usine en nouvelle production, par exemple avec les C3 produites à Poissy. « On va déshabiller Pierre pour habiller Paul », répondent de concert certains syndicats et un porte-parole du groupe.

Quoi qu'il en soit, l'avenir du site semble garanti tant que la C3 se vend. Philippe Varin a même assuré à Éric Besson que l'usine était chargée jusqu'en 2014. Ensuite, c'est l'inconnu. « Cela fait un moment qu'on regarde de près ce qui se passe à Aulnay. On se pose la question de l'après-C3 », confirme Ricardo Madeira, le délégué CFDT central. Tous espèrent que le modèle qui remplacera la C3 après 2014 sera produit sur le site. Rien n'est moins sûr. Certains faits peuvent laisser penser que le site aura du mal à remporter le contrat de la nouvelle production. Le transfert des activités du fabricant de sièges Lear de Lagny-le-Sec (Oise) vers Éragny (Val-d'Oise) en 2009 en fait partie. Traditionnellement proche du site d'assemblage, PSA avait décidé de regrouper cette activité sur le site de Poissy. De là à penser que la direction préférerait ce dernier à Aulnay, il n'y a qu'un pas. Que les cadres de la direction industrielle ont franchi sur le papier il y a un an. Il n'y a pas de raison de penser que la question ne se posera pas à nouveau. D'autant que le site d'Aulnay a des atouts inattendus... une fois fermé ! Le document interne précise qu'au-delà du gain de frais fixes (68 millions d'euros par an), la cession du terrain pourrait rapporter 300 millions d'euros...

« L'USINE EXCELLENTE » SELON LA DIRECTION INDUSTRIELLE

L'Usine excellente définit le « meilleur savoir-faire » de PSA en matière industrielle avec quatre critères majeurs : Réduction de la main-d'oeuvre dans la valeur ajoutée Augmentation de la part des achats dans les pays low cost. Le ratio est de 40 % à ce jour Augmentation du taux d'utilisation des capacités de production à 105 % Poursuite des opérations de compactage : diminuer les surfaces utiles, afin d'améliorer la consommation d'énergie, notamment des bâtiments.


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