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Les géants russes des métaux en campagne

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le

Heureux bénéficiaires de la hausse des matières premières, les nouveaux conquérants de l'ex-empire soviétique investissent la scène mondiale minière et métallurgique.

Entrée à 50% de Novolipetsk dans une bonne part des filiales du sidérurgiste italien Duferco, rachat par Evraz pour 2,3 milliards de dollars de l'américain Oregon Steel, reprise par Norilsk des activités nickel de OM groupe, un autre américain, pour 408 millions de dollars... Rien qu'en novembre, les géants russes des métaux ont tenu le devant de la scène de la métallurgie mondiale.

Bénéficiant de la richesse de leur sous-sol et des bas coûts de l'énergie locale, ils ont presque tous une santé de fer grâce à l'envol des prix des minerais et des métaux. Et ils en profitent. Selon la Cnuced, la Russie est au deuxième rang des pays émergents en termes d'investissements à l'étranger. Parmi les 100 entreprises majeures des pays en développement répertoriés cette année par le Boston Consulting Group, sept sont russes. 

Depuis 2004, l'Etat a lancé une politique de restructuration des secteurs industriels clés autour de champions nationaux. « Le Kremlin suit la politique adoptée par les gouvernements japonais et allemand après la Seconde Guerre mondiale, quand l'Etat participait à la reconstruction de l'industrie », estime Chris Weafer, le res- ponsable de la stratégie d'Alfa Bank. L'Etat incite aussi les champions à se financer sur les marchés internationaux. « Ces sociétés ont besoin de s'introduire en Bourse afin d'être évaluées, de devenir plus transparentes et de transformer leurs actions en monnaies d'échange pour financer des acquisitions », souligne Sergueï Donskoy, analyste chez Troïka Dialog.

Deux sidérurgistes se placent parmi les dix grands de l'acier. Récemment arrivé sur les marchés étrangers où il réalise près de 40 % de ses ventes, le numéro 1 russe, Evraz, a investi en un an plus de 1 milliard de dollars pour acquérir des usines en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique. Il a introduit 8,3 % de son capital en 2005 sur le London Stock Exchange.

Le numéro 2, Severstal, dispose d'actifs en Italie, en France (Lucchini), et aux Etats-Unis (Rouge). En cotant une partie de son capital sur le marché londonien, il s'est procuré un trésor de guerre de plus de 1 milliard de dollars. Mais, surtout, il a obtenu la reconnaissance de la communauté financière. Alisher Usmanov et son groupe Metalloinvest, cinquième sidérurgiste et premier mineur de fer de Russie, disputent à des Chinois le contrôle des mines de fer australiennes de Mount Gibson et Aztec. Monopole d'Etat, Norilsk Nickel est, avec un chiffre d'affaires de 7 milliards de dollars, le numéro 1 mondial du nickel et du palladium et un acteur majeur du platine. En 2006, il a racheté le seul producteur de platinoïdes aux Etats-Unis et 20 % du producteur d'or sud-africain Gold Fields. 
 
Une image à redresser 
 
Enfin, Rusal, troisième aluminier mondial, a levé 2 milliards de dollars d'emprunt en 2006 pour continuer une campagne d'investissements qui l'a déjà amené dans les pays de la CEI, l'Europe de l'Est, l'Afrique, l'Amérique latine et l'Australie. Sa prochaine fusion avec son concurrent local, Sual qui devrait intégrer les actifs du suisse Glencore dans l'alumine, pourrait le porter en avril 2007 au premier rang du secteur.
Pour autant, « les sociétés ne peuvent pas encore racheter d'importantes firmes étrangères, car la compétition pour leurs actifs est intense et que les sociétés cotées... ont encore une image négative du milieu russe des affaires », reconnaît Kirill Babaev, vice-président d'Altimo dans une étude de l'EIU, commanditée par Rusal.
 
Des directions renforcées 
 
Aussi, pour améliorer leur crédibilité et savoir-faire, certaines embauchent à prix d'or managers, financiers et techniciens occidentaux de haut calibre. Ainsi, l'oligarque Victor Vek- selberg, chairman et principal actionnaire de Sual, a recruté le Sud-Africain Brian Gilbertson, artisan de la fusion entre BHP et Billiton. Un choix validé par son vieil adversaire, Oleg Deripaska, qui a confirmé Brian Gilbertson à la tête d'United Company Rusal. Pour améliorer l'image et la gouvernance de Severstal, Alexeï Mordashov a fait nommer Rolf Stromberg, le président du conseil d'administration de Lanxess, directeur non exécutif du sidérurgiste. Le chef économiste de Norilsk Nickel, David Humphreys, expert reconnu des commodités, exerçait précédemment chez Rio Tinto.

Aujourd'hui, les entreprises russes sont en ordre de bataille pour participer à la gigantesque restructuration du secteur. Après un retour en force dans les pays limitrophes, elles élargissent leur sphère d'influence aux pays d'Europe centrale et orientale, malgré de fortes réticences. Au-delà, en Afrique, jouant sur les vieux liens avec les régimes en place, elles disputent aux Chinois l'exploitation des gisements, notamment en Guinée, en Angola et en République démocratique du Congo, et investissent en Afrique du Sud. Elles tentent, en outre, de s'emparer d'entreprises concurrentes ou d'industries en aval dans les pays développés. Severstal prétendrait à la reprise d'US Steel alors que le « Times » évoque le rachat d'Anglo American par United Company Rusal.
 
 
Daniel Krajka 
 

A savoir 
 
> Andreï Reus, le vice-ministre russe des Mines et de l'Energie, annonce des investissements physiques globaux de 7,3 milliards de dollars en 2006, en hausse de 26 % par rapport à l'année précédente par les entreprises métallurgiques et minières en Russie. 
 
 
Trois questions à Jean-Paul Moroval, président du directoire d'Ascometal* 
 
Comment s'est passée l'arrivée de Severstal ?

Si la vente à Lucchini avait suscité des inquiétudes, celles-ci étaient bien moindres à l'arrivée de Severstal. Actionnaire indirect, il n'a guère modifié la vie quotidienne de l'entreprise. Nous avons dû nous adapter à l'utilisation de l'anglais dans les reportings trimestriels, auxquels participe souvent Alexeï Mordashov. Mais, l'appartenance à un grand groupe sidérurgique doté de réels moyens est positive.

Y-a-t-il des différences culturelles et managériales ?
Positionnés sur un marché en expansion où tout l'acier produit sera vendu, les Russes ont une vision différente des Européens qui évoluent sur un marché mûr. Les managers russes, souvent titulaires de MBA, tri ou quadrilingues, nous envoyent leurs techniciens pour échanger sur les meilleures pratiques.

Quelles transformations a-t-elle entraînées ?
S'il n'y a pas eu d'intégration au niveau des produits, des synergies ont été trouvées au niveau des achats. Comme Lucchini, Severstal est une organisation centralisée, mais a reconnu la pertinence des « business units » autonomes, un système qu'il a introduit en Italie. Représenté dans le conseil d'Ascometal et le conseil d'administration de Lucchini, Severstal n'a placé que quelques cadres dirigeants opérationnels en Italie.

* Vendu en 1999 par Usinor au groupe italien Lucchini, le sidérurgiste Ascometal, spécialisé dans les produits longs, dépend depuis 2005 de Severstal, désormais actionnaire majoritaire de Lucchini.

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