ENQUêTE Un mois avant les jeux Olympiques, la France a d'ores et déjà remporté une manche, celle du business. Nombre d'entreprises tricolores ont décroché des contrats, notamment grâce à leurs compétences dans le développement durable.
Le compte à rebours est enclenché. Les artisans passent les dernières couchent de peinture dans les enceintes sportives et les athlètes entament leurs ultimes séries d'entraînements. À un mois de l'ouverture des jeux Olympiques de Londres, qui se tiendront du 27 juillet au 12 août, les Français sont dans les starting-blocks. Si tout reste possible pour les équipes, les jeux sont faits pour l'attribution des différents marchés de construction et de fourniture d'équipements. Sur un budget officiel de 9,3 milliards de livres (environ 11 milliards d'euros), dont la majorité a servi à créer de nouvelles infrastructures comme le stade olympique, 90 % des contrats ont été attribués à des sociétés britanniques. Mais avec une bonne douzaine d'entreprises présentes, les Français ont su tirer leur épingle du jeu sur quelques marchés clés. Et prendre une certaine revanche sur l'attribution des Jeux, là où Paris avait échoué en 2005. « Leur leadership sur certaines niches et, surtout, leur savoir-faire en matière de développement durable ont permis de décrocher ces contrats », explique-t-on chez Ubifrance. Car les JO de Londres ont fait le pari d'être les plus écolos de toute l'histoire olympique ! GDF Suez, qui a construit deux centrales de trigénération, promet de réduire de 20 % la consommation énergétique par rapport à des installations classiques. De même, le lillois Doublet a été sélectionné car il fabrique des drapeaux 100 % recyclables ; et le rhônalpin Serge Ferrari car il sait recycler ses bâches textiles. Enfin, leur position de leader sur leurs marchés a permis à des sociétés comme Hermès ou GymNova de faire une entrée remarquée dans la liste des fournisseurs. Tour d'horizon.
SERGE FERRARI - LES TOITS DES INFRASTRUCTURES
Pour construire les toitures en textile du stade olympique, du vélodrome, de l'arène de water-polo et du centre de tirs, le groupe Serge Ferrari a dû batailler ferme. À la fois auprès de l'ODA et d'un donneur d'ordres confectionneur, l'allemand Seele Cover. Son principal argument ? Sa connaissance de ce genre de projets et surtout sa maîtrise du recyclage de bâches. « Il nous fallait construire l'infrastructure la plus écologique possible », souligne Françoise Fournier, la responsable du marché architecture chez le fabricant rhônalpin. Début 2009, la PME de 600 salariés remporte le contrat. Elle débute rapidement la fabrication des matériaux composites souples dans son usine de La Tour-du-Pin (Isère), et commence à livrer le confectionneur en juillet 2009. Au total, Serge Ferrari a décroché sept gros chantiers sur les jeux Olympiques londoniens, soit 400 000 mètres carrés de bâches, dont 250 000 m2 pour les infrastructures événementielles. « C'est un marché non négligeable sur les 30 millions de m2 que nous réalisons chaque année », estime Françoise Fournier. Des commandes qui auraient rapporté « plus de 1 million d'euros », précise-t-elle sans plus de détails.
DOUBLET - LES 12 000 DRAPEAUX POUR LES 204 PAYS
Cette PME familiale lilloise n'en est pas à son coup d'essai dans les événements sportifs. C'est même une grande habituée. Forte de sa présence notamment sur les Jeux de Turin en 2006 et de Vancouver en 2010, elle a pu décrocher la fabrication des 12 000 drapeaux des 204 délégations présentes. « Un véritable casse-tête, souligne Gaëlle Colaert-Doublet, la codirigeante. Nous avons dû soumettre, avant fabrication, les 204 drapeaux à chacune des 204 fédérations, car les couleurs ne sont pas les mêmes partout. » Autre contrainte : utiliser uniquement des encres à eaux résistantes, pour des drapeaux 100 % recyclables. Le jeu en vaut la chandelle pour cette PME de 300 salariés. Le montant versé par le comité d'organisation s'élève à 450 000 euros ! Et ce contrat en a appelé d'autres, notamment de la part d'entreprises présentes sur place. Au moins 1 million d'euros supplémentaire est attendu. De quoi conforter encore le leadership européen de Doublet dans son secteur.
GYMNOVA - LES ÉQUIPEMENTS DE GYMNASTIQUE
« C'est une consécration », n'hésite pas à affirmer Yves Benoît, le directeur général de GymNova. Cette PME de 160 salariés a été sélectionnée en février 2010 par le Locog pour fournir tous les équipements de gymnastique artistique, rythmique, trampoline et de lutte, plus l'ensemble des podiums. La concurrence était pourtant rude face à de nombreuses entreprises anglaises, allemandes ou chinoises ayant déjà participé aux précédents JO. Mais la présence d'une filiale de GymNova sur place et son contrat lors des championnats du monde à Londres ont fait la différence. La production a eu lieu en seulement six mois sur le site de Besançon. Mais hélas, pas de paiement derrière... Le contrat repose uniquement sur du prêt d'équipements. GymNova attend des retombées davantage pour sa renommée. Et cela semble déjà marcher. « Pour s'entraîner, toutes les fédérations ont acheté notre matériel », se réjouit Yves Benoît. Le chiffre d'affaires (25 millions d'euros en 2011) a bondi de 15 % sur les six premiers de 2012.
GDF SUEZ - L'ÉNERGIE DES JEUX
Main basse des Français sur l'énergie des jeux Olympiques ! GDF Suez est le seul français à avoir décroché, en 2008, auprès de l'Olympic delivery authority (ODA) un juteux contrat pour une infrastructure majeure. Le groupe va construire deux centrales équipées d'un système de trigénération (chaleur, climatisation et électricité) à King's Yard et Stratford. Soit un investissement de 100 millions d'euros pour une concession de quarante ans, qui devrait lui rapporter 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Jeux écologiques obligent, les chaudières sont alimentées par du gaz naturel et de la biomasse. Selon GDF Suez, elles permettent de réduire de 20 % la consommation par rapport à des installations conventionnelles. Mais l'omniprésence des Français sur le terrain énergétique ne s'arrête pas là. EDF Energy, sponsor officiel des JO, distribuera quant à lui l'électricité sur les sites olympiques.
HERMÈS - LES VESTES DES CAVALIERS
C'est un retour aux sources pour Hermès. Seize ans après les JO d'Atlanta, le sellier va équiper tous les cavaliers français sélectionnés pour les olympiades londoniennes. « C'est lors des championnats d'Europe à Madrid, en septembre 2011, que l'idée a germé avec la Fédération française d'équitation d'équiper en vestes tous les cavaliers de saut d'obstacles lors des jeux Olympiques de Londres », explique Marion Bardet, la directrice du métier équitation chez Hermès. La directrice de création, Couli Jobert, a ensuite travaillé pour concevoir et dessiner une veste « élégante, dotée d'un tissu léger, respirant, extensible et déperlant », insiste la maison. Au total, une quarantaine de vestes, fabriquées en France, devraient être fournies gracieusement pour ces Jeux. Cette participation devrait profiter à Hermès indirectement. Cette veste doit entrer en collection pour la saison printemps été 2013, assure le sellier, qui fournit également le cavalier français Simon Delestre pour sa selle.
EONA - LES SOINS POUR LES ATHLÈTES
C'est le petit poucet de la sélection française. Cette PME de 15 personnes, installée à Milly-la-Forêt (Essonne), a été sélectionnée comme « partenaire technique » de la commission médicale du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Ce partenariat n'est pas le fruit du hasard. Les Laboratoires Eona sont leaders en France dans les soins de massage des kinésithérapeutes du sport et, surtout, ont déjà été sélectionnés aux JO de 2008 en Chine et de 2010 au Canada. « Nous avons été choisis à Pékin pour nos formulations spécifiques antipollution », rappelle Laurent Berlie, le PDG. Eona va fournir gracieusement en huiles essentielles la quarantaine de praticiens du CNOSF présents à Londres pour soigner les athlètes français. Si Eona refuse de dévoiler ce que lui coûtera cette prestation, elle compte sur les retombées médiatiques et le bouche à oreille pour s'attirer de nouveaux clients. Et pourquoi pas les pharmacies.
BLAISE FRÈRES - LES LAMES DES ESCRIMEURS
Avec ses 60 000 lames produites chaque année, l'entreprise du Chambon-Feugerolles (Loire) est le leader mondial des lames d'escrime pour la compétition sportive. Elle va équiper tous les athlètes de la Fédération française d'escrime, comme elle le fait déjà depuis plus de vingt ans, que cela soit pour des fleurets, des sabres ou des épées. Si le PDG, Daniel Cheynet, reste discret sur les termes du contrat qui le lie à la fédération française, il compte sur cet événement pour conforter sa renommée mondiale. « Notre forte présence aux JO de Pékin [ndlr : 95 % des athlètes étaient équipés de lames Blaise en 2008], nous a permis de nous développer, notamment aux États-Unis, où nous étions encore peu présents », estime-t-il. Avec un chiffre d'affaires en hausse de 50 % depuis 2008 (2 millions d'euros en 2011), la PME a pu s'offrir une toute nouvelle usine en janvier 2011.
THALES - LES ÉQUIPEMENTS DE SÉCURITÉ AÉRIENS
C'est le partenariat le plus top secret des JO. Normal, il concerne la sécurité et la surveillance des différents sites, contre d'éventuelles attaques intérieures ou extérieures de toutes sortes. Le groupe Thales équipe en matériel de reconnaissance sophistiqué, les hélicoptères qui seront chargés de surveiller les Jeux. Ils utiliseront un système baptisé IFF (identification friend or foe), fabriqué par l'usine de Laval. Le groupe travaille régulièrement sur les marchés des jeux Olympiques. En 2006, pour ceux de Turin, il avait fourni le premier système automatique de contrôle d'accès et de billettique du métro de la ville.
Le plus grand centre gymnique de France à Arques, le stade nautique de Gravelines, la piste de bi-cross de Lumbres, le dojo d'Étaples, la piscine rénovée de Dunkerque, sans oublier la plage du Touquet pour le beach volley... Décidé à tirer parti de sa proximité avec l'Angleterre, le Nord - Pas-de-Calais a investi pour devenir la base arrière des JO. Collectivités locales et Partenaires publics, réunis dans la Mission Pas-de-Calais 2012, ont consacré près de 120 millions d'euros pour rénover, réaménager ou construire des complexes sportifs. Des équipes du Brésil, d'Allemagne, du Japon, du Sénégal, de Nouvelle-Zélande, de Suisse et même l'équipe nationale anglaise de gymnastique vont parfaire leur préparation de ce côté-ci du Channel. Le Pas-de-Calais attend Teddy Riner et l'équipe de France de judo ; Tony Parker et les autres basketteurs ; Laure Manaudou et les nageurs... Après les Jeux, ces infrastructures serviront à l'entraînement des sportifs pour les compétitions nationales et internationales et aux clubs sportifs locaux.











