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Les flammes de la sidérurgie mosellane vacillent

Par DE NOTRE CORRESPONDANTE, PASCALE BRAUN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3212

ArcelorMittal a ouvert un centre de formation et a repris les embauches sur ses installations mosellanes. Mais les investissements garantissant la pérennité des sites de Florange et de Gandrange restent en attente.

La Lorraine n'en finit pas de scruter les signaux d'ArcelorMittal pour y lire l'avenir. Nulle fumée n'annonce le redémarrage du haut-fourneau P6 à Florange (Moselle) attendu depuis le début septembre. Le site, qui emploie 3 000 salariés, fonctionne au ralenti. Seul le haut-fourneau P3 reste en activité. En 2009, au plus fort de la crise sidérurgique mondiale, ArcelorMittal a successivement éteint ses deux fourneaux. Rallumé à la hâte en septembre, le P6 a connu des incidents techniques. Des travaux de réparation avaient été engagés cet été pour un montant de 5 millions d'euros. Mais la direction diffère son redémarrage dans l'attente d'un marché plus porteur. « La conjoncture fluctuante nous conduit à mettre en place de nouvelles règles privilégiant la réactivité et la flexibilité », explique Hervé Bourrier, le directeur général d'ArcelorMittal France.

Venu inaugurer le centre de formation des apprentis de l'acier à Yutz (Moselle) le 5 octobre, Hervé Bourrier a rappelé que cet établissement figurait parmi les engagements de revitalisation du groupe après la suppression de 595 postes à Gandrange en 2009. Situé à une dizaine de kilomètres de Florange, le centre accueille depuis la rentrée 60 élèves de bacs pros et BTS. Ceux-ci effectueront leur formation pratique sur les installations mosellanes du groupe.

Craintes sur les risques de chute de productivité

Élus et syndicats voient dans cette première ouverture d'une école de la sidérurgie depuis plus de trente ans un signal positif. ArcelorMittal a également procédé à 116 embauches cet été, dont celles de 83 opérateurs et de 23 ingénieurs. Incarnée par les deux derniers hauts-fourneaux de Lorraine, la filière liquide semble donc temporairement préservée. Mais sa pérennité à moyen terme reste en suspens. ArcelorMittal n'a pour l'heure réalisé qu'une faible part des investissements annoncés en avril 2008. L'industriel prévoyait alors d'injecter 330 millions d'euros, dont 60 millions pour la valorisation des gaz et 50 millions pour la réfection des deux creusets.

Aucun de ces investissements phares, qui garantissaient la pérennité du site à l'horizon 2025, n'a été engagé. Les syndicats s'inquiètent du risque d'usure et de pannes qui, faisant chuter la productivité, mettraient le laminoir de Gandrange et les hauts-fourneaux de Florange sur la sellette. La transmission du savoir-faire sidérurgique et la gestion prévisionnelle des compétences et des emplois constituent un élément tout aussi décisif pour une profession qui ne recrute qu'au compte-gouttes depuis plus de vingt ans. Au bas mot, le plan de départs volontaires réalisé l'an dernier à Florange a fait perdre 500 postes. Et 30 % de l'effectif est âgé de 55 ans ou plus.

Des entreprises affaiblies par deux ans d'avaries

« Nous nous orientons vers le recrutement de personnels mieux formés et plus mobiles », indique Jean-Pierre Mullié, le directeur des ressources humaines d'ArcelorMittal France. Les syndicats insistent, pour leur part, sur l'urgence d'organiser un transfert de savoir-faire à leur sens dangereusement négligé. Concentrés dans le bassin de Thionville (Moselle), 300 sous-traitants majeurs d'ArcelorMittal ont perdu un millier d'emplois entre fin 2008 et 2009. L'Observatoire régional de la formation et de la qualification, dans une étude sur l'impact de la crise pour les fournisseurs de la sidérurgie mosellane publiée en septembre, dépeint un tissu d'entreprises fragilisées par deux ans d'avaries successives.

Les fournisseurs de premier rang, qui détiennent pour certains des compétences cruciales pour la maintenance des installations, restent largement tributaires d'ArcelorMittal et des donneurs d'ordres voisins, parmi lesquels figurent Corus Rail à Hayange (Moselle) et Ascométal à Hagondange (Moselle). Les sous-traitants de tâches moins spécifiques cherchent leur salut dans la diversification. Implantée à Rosselange (Moselle), la société Sanest, spécialisée dans le nettoyage industriel, est parvenue à conforter son effectif en dépit de la perte du marché de Gandrange, passant de 80 à 100 salariés, grâce à de nouveaux marchés de maintenance, notamment au Luxembourg.

Marginalisation redoutée

ArcelorMittal s'était engagé à recréer 682 emplois dans le bassin de Gandrange. Pour les élus locaux et les chefs d'entreprises, il ne fait aucun doute que la revitalisation du bassin doit s'inscrire dans une perspective de l'après sidérurgie. Le premier bilan du groupe Sémaphores, l'opérateur principal de la mission, fait état de 231 postes et de 80 projets à l'étude. « La mission a démarré mieux que prévu, essentiellement grâce aux secteurs du bâtiment, du recyclage et des loisirs. Les entreprises cherchent des niches et des projets innovants pour se mettre à l'abri des turbulences de la sidérurgie », note Dominique Di Pino, chargé de mission à Sémaphores.

Historiquement première région productrice de fonte de France, la Lorraine est descendue cette année à 12 % seulement de la production nationale et redoute la marginalisation. « La flexibilité actuelle, qui démotive les hommes et nuit au matériel, ne peut pas durer très longtemps. Le projet de captage expérimental de CO2 qui pourrait s'implanter à Florange constitue un facteur clé de l'avenir de la filière. Cette technologie, qui permettrait de réduire de moitié les émissions de CO2 lors de la production d'acier, constitue un enjeu mondial considérable », estime Gilbert Krausener, le vice-président du conseil économique, social et environnemental de Lorraine.

Ce projet expérimental, qui mobilise un budget de 450 millions d'euros, reste tributaire d'arbitrages européens qui devraient intervenir dans le courant de l'année prochaine. La Lorraine, qui mise sur ce projet pour constituer une filière de sous-traitance de haute technologie, espère un soutien national dans le cadre du grand emprunt.

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