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ENQUêTE Mettre en musique d'énormes projets qui mobilisent des compétences techniques et managériales, c'est l'expertise de ces trois femmes d'exception : l'une gère les grands chantiers EPR d'Areva, l'autre a développé l'ordinateur le plus puissant d'Europe, tandis que la dernière a mis sur orbite la télévision numérique terrestre.
LA TNT, C'EST ELLE !
FLORENCE JACQUEMART, 42 ANS
Responsable déléguée Paris tour Eiffel à TDF
Si vous regardez aujourd'hui des chaînes en numérique terrestre, c'est grâce à elle. En juin 2009, fraîchement arrivée à TDF, après une carrière dans les télécoms (Nortel, Wavecom), Florence Jacquemart s'est en effet vu confier le projet tout aussi politique que technique du passage de l'analogique à la télévision numérique. De février 2010 à novembre 2011, cette ingénieure Supelec va donc superviser la mise en route des nouveaux équipements sur plus de 1 600 sites. Et diriger des équipes de la direction des opérations, qui comptent jusqu'à cent personnes à la fois. Pour tenir le délai de vingt-deux mois et l'ordre de passage à la TNT des régions, imposés par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et le gouvernement, elle va réussir un exploit : faire s'entraider les équipes régions TDF, pourtant habituées à travailler uniquement sur leur secteur. Florence Jacquemart est aussi l'interlocutrice privilégiée du CSA et des chaînes. Pas question, par exemple, de couper l'antenne plusieurs jours comme cela a été le cas en Allemagne ! « Même s'il a été extrêmement fatigant pour tous, ce projet a été une formidable aventure humaine », conclut Florence Jacquemart, dans son bureau, au coeur de la tour Eiffel. Elle est désormais responsable de l'exploitation de ce site de TDF, aussi historique que prestigieux. E. D.
La remarque la plus macho que vous ayez entendue ?
« Vous savez, il faut savoir faire de la soudure. Est-ce que vous allez y arriver ? »
ELLE COORDONNE LES HOMMES D'AREVA
ANNE-MARIE CHOHO, 46 ANS
Directrice monde ingénierie et projets d'Areva
Diplômée de l'École centrale de Paris, docteur en chimie et génie des procédés industriels, Anne-Marie Choho le répète avec insistance et enthousiasme, sa passion est le multiculturalisme. Plus qu'un mot pour elle, c'est une réalité du quotidien. Élevée au Brésil, de la famille en Allemagne, un mari marocain et deux enfants nés aux États-Unis, où elle a passé dix ans chez Areva... Un bagage indispensable quand on a pour terrain de jeu la Terre entière. La directrice monde ingénierie et projets chez Areva a pour mission de gérer de manière cohérente la multitude de chantiers du groupe malgré leurs diversités techniques, humaines et géographiques. À titre d'exemple, elle mène actuellement de front la mise en service de l'usine d'enrichissement d'uranium Georges Besse II en France, la construction des quatre réacteurs EPR en Finlande, en France et en Chine, ou encore celle de l'usine américaine de Mox à Savannah River en Caroline du Sud... Ce dernier projet, réalisé dans le cadre du programme Mox for peace, pèse 4 milliards de dollars. C'est le plus important programme nucléaire aux États-Unis depuis plusieurs décennies. Sportive accomplie, adepte de courses en haute montagne, Anne-Marie Choho gère 6 500 opérationnels sur le terrain. Un tiers en France, un tiers en Allemagne, le reste aux États Unis, en Slovaquie et en Chine. Dans son métier, elle s'attache à identifier et résoudre les incompréhensions qui existent entre les métiers du groupe. Elle confie son secret pour y parvenir : « J'encourage toujours à regarder avec les yeux de l'autre. » L. D.
Votre stratégie pour réussir dans un monde masculin ?
« J'ai subi des a priori négatifs. Mon attitude est de ne pas réagir et d'avancer. »
L'ARCHITECTE DU PLUS GROS ORDINATEUR D'EUROPE
SOPHIE HOUSSIAUX, 47 ANS
Directeur des projets R et D sur les supercalculateurs de Bull
Le supercalculateur Tera-100, c'est elle. Lors de son installation en novembre 2010 au CEA, à Bruyères-le-Châtel (Essonne), ce monstre du calcul de 1 petaflop s'impose comme le plus puissant d'Europe. Il est l'aboutissement d'un projet de développement de trois ans mené chez Bull par Sophie Houssiaux. Mais cet ingénieur Supélec, qui a fait toute sa carrière au sein de l'informaticien français, se veut modeste : « C'est le fruit collectif d'une équipe de 300 ingénieurs », martèle-t-elle. Dans ce type de projets, les dérives de délais et coûts sont courantes. La contrainte était justement de les éviter. Sa parade ? Elle décompose le projet en 30 jalons et met en place un système minutieux de suivi. Les résultats sont au rendez-vous. Mais pour cette mère de trois enfants, qui aime faire du roller à Versailles où elle habite, l'aventure n'a pas été un long fleuve tranquille : « Il fallait anticiper les problèmes et les solutionner à temps en relation étroite avec nos partenaires du CEA. » Son expérience dans la conduite de projets l'a aidée. Tout comme sa double maîtrise des aspects matériel et logiciel. Le Tera-100 a servi à Bull comme fer de lance pour séduire d'autres clients et emporter d'autres contrats de supercalculateur. R. L.
La remarque la plus macho que vous ayez entendue ?
« Il y a une certaine réserve de la part des hommes ou parfois des remarques d'étonnement, du style : "Et en plus c'est une femme" .»









