Les experts version Parrot
Par PATRICE DESMEDT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3229
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L'électronicien a décidé de valoriser autrement ses meilleurs ingénieurs.
Chez Parrot, on cultive le paradoxe. Cette entreprise de taille intermédiaire (ETI) de 500 personnes occupe la place de numéro un des kits mains libres face aux géants de l'électronique. Comme la plupart de ces groupes, elle a instauré une filière « expert » il y a un an. Tout en gardant son esprit « start-up ».
Une réponse aux ingénieurs qui se demandent « comment faire pour évoluer chez Parrot si on ne veut pas devenir manager ». Pour Christophe Sausse, le DRH qui a mené le projet, l'objectif est double. D'une part, garder les meilleurs ingénieurs en leur proposant une évolution de carrière. Et d'autre part, disposer de collaborateurs capables d'encadrer les nombreuses jeunes recrues. « En 2010, nous avons procédé à une centaine d'embauches. La moyenne d'âge est donc de 28 ans, avec trois ans d'ancienneté », détaille Karine Aubry, la responsable formation et développement RH.
Pas question de s'embarrasser de lourdeurs administratives. Le projet a été rapidement concrétisé. Les dix premiers experts ont été sollicités par leurs managers. Ce nouveau statut n'a pas bouleversé leur façon de travailler. « On nous demande d'être pointus techniquement, de transmettre nos connaissances et d'aider les autres, explique Marc Flambard, 38 ans, expert logiciel, quatre ans d'ancienneté. Or j'étais déjà porté naturellement vers ce partage. » Fabienne Louis, 32 ans, expert en matériel, est ravie : « Je n'ai aucune envie de voir une partie de mon temps occupé par les tâches administratives liées à la fonction de manager. »
Processus de sélection
La filière se structure par à-coups. Les managers n'ont été réunis qu'au bout d'un an pour dresser un bilan et formaliser des propositions. La communication interne sur ce projet se met (seulement) en place. L'organigramme vient d'être modifié et les cartes de visite tout juste mises à jour !
Le processus de sélection se professionnalise. Les cinq nouveaux experts promus ont été choisis par un comité composé de deux managers (qui ne sont pas ceux des candidats), deux experts et un représentant des RH. Le nombre est volontairement limité et réservé, pour l'instant, au bureau d'études, qui compte tout de même 300 personnes.
Parmi les candidats, Samuel Ravet, 30 ans, spécialiste des protocoles de communication : « Je n'ai aucune attirance pour le management. Ce qui me convient, c'est l'expertise et continuer à acquérir des connaissances ». La reconnaissance est appréciée, surtout si elle se traduit concrètement. Impossible d'arracher des chiffres précis, si ce n'est que la rémunération des experts est équivalente à celle des managers, et que l'augmentation est de l'ordre de 8 %.
Garder les meilleurs ingénieurs Encadrer techniquement les jeunes collaborateurs
Créer une qualification « expert » Ajuster les salaires des experts sur ceux des managers
En 2010, nous avons procédé à une centaine d'embauches. Nous avions besoin d'experts pour encadrer techniquement les jeunes.
Elle avait un nom de bateau. Normal, elle en avait fait chavirer plus d'un. Mais Marie-Jeanne, c'était la proue du navire. Elle avait tout fait en premier. Surtout, elle avait toujours un peu plus que les autres, ses collègues. Elle était entrée à l'usine à la sortie de l'école et l'atelier était devenue sa deuxième maison, voire sa première. C'était la plus jeune et la plus innocente. Ça n'a pas duré très longtemps. Elle a vite perdu la tête dans les bras de ses collègues mais pas sa fraîcheur, Marie-Jeanne était la plus jolie des ouvrières. Elle chantait et faisait tourner les têtes. C'était le rossignol de l'atelier. Elle a papillonné sans jamais se poser et ils y ont tous laissé des plumes. Marie-Jeanne a été la première chef d'équipe. La première à encadrer de grands gaillards qui la considéraient comme « la petite ». La petite qui se sentait souvent la plus grande. Ça a duré longtemps ainsi. Un beau jour, sans s'en rendre compte, Marie-Jeanne est passée par-dessus bord. Poussée par la jeunesse qui prenait la relève des anciens devenus bons pour le départ. Dans son cocon de copains, elle n'avait rien vu de l'âge qui avançait. Elle avait laissé filer le temps sans se poser de questions. Elle avait été la plus jeune et la plus jolie, la plus gaie et la plus entourée. Aujourd'hui, elle est la plus seule et la plus triste des chefs d'équipe. Elle a toujours son poste mais elle ne comprend pas les générations d'après, ceux qui auraient pu être ses enfants et qui la traitent comme une grand-mère d'un autre siècle. Chaque, matin dans leurs regards, elle prend un coup de vieux. Elle attend que ça s'arrête. Elle attend la retraite pour retrouver sa jeunesse. Ou plutôt ses amis de jeunesse, partis avant elle. Elle peste contre la réforme qui l'oblige a manoeuvrer deux ans de plus avec tous ces mousses qui font tanguer dangereusement la barque pour sa dernière traversée.











