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Le salon de l'automobile de Francfort a mis en évidence un nouveau rapport de force entre constructeurs et équipementiers. L'optimisme a en tout cas choisi son camp : celui des fournisseurs.
L'histoire de France nous l'apprend, nulle révolution ne se déroule sans que des idoles, des élites ou des symboles ne tombent. Pris en étau entre une nécessaire mutation technologique et des marchés traditionnels atones, les constructeurs occidentaux devraient se méfier. Bien assis au sommet de la filière automobile depuis plusieurs décennies, sûrs de leur puissance, ils n'ont pas prêté attention aux nouveaux concurrents qu'ils ont contribué à faire émerger. Soucieux de se concentrer sur la conception et l'assemblage de voitures, ils ont peu à peu doté leurs vassaux, les équipementiers, des compétences nécessaires à la construction d'une automobile... et ainsi généré si ce n'est un ennemi en tout cas un alter ego.
Avec la révolution écologique en cours, ce nouveau rapport de force éclate au grand jour. Pour développer leurs nouveaux moteurs économes ou leurs tractions électriques, les constructeurs ne peuvent plus se débrouiller tout seul. Les technologies hybrides qu'ils installent sur leurs voitures sont souvent conçues par Continental ou l'allemand ZF. Les dispositifs Start&stop sont signés par Valeo ou Bosch. Quant à la voiture électrique, elle oblige les grandes marques à faire appel à de nouveaux partenaires pour résoudre l'équation électrotechnique que pose la voiture carburant aux 240 volts. C'est le cas de Volvo qui a appelé à la rescousse Siemens ou de PSA avec General Electric.
Pour se rendre compte du poids grandissant de ces encombrants partenaires, une statistique: 75 % de la valeur et 50 % environ des pièces d'un véhicule proviennent actuellement des équipementiers. La montée en puissance de l'électronique, qui détrônera à terme une bonne part des composants mécaniques de l'automobile, ne devrait pas freiner cet essor. Pas plus que l'avènement des pays émergents. Bien au contraire. La position dominante des champions d'aujourd'hui est d'autant plus menacée que les équipementiers ont su devenir des alliés incontournables des nouveaux constructeurs chinois ou indiens. Dans ces pays, ils ont d'ailleurs investi en masse. Plastic Omnium annonçait ainsi cet été qu'il disposerait de 25 usines (!) en Chine d'ici quatre ans.
Lors du dernier salon de Francfort, ce basculement du centre de gravité automobile était patent. Il était étonnant de constater que l'optimisme, la foi en l'avenir avait clairement élu domicile dans le camp des fournisseurs. Quand Philippe Varin, le patron de PSA, annonçait un plan de réduction des coûts en vue d'une contraction de la demande, les équipementiers eux se réjouissaient des marchés qui ne cessaient de s'ouvrir à eux. Désormais, ce sont eux les seigneurs de l'automobile.