Les entreprises renégocient leur dette
Par Arnaud Dumas - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3208Les taux d'intérêt très bas poussent les entreprises à se lancer sur le marché obligataire. Mais pas encore pour investir à nouveau.
EDF, Areva, Suez Environnement, Bonduelle... Depuis la rentrée, les émissions d'obligations « corporate » s'enchaînent. Avec succès. Les investisseurs qui, en période de croissance molle, préfèrent les actifs les moins risqués, se jettent dessus. Pour un milliard de livres sterling (1,19 milliard d'euros) proposé sur le marché londonien, avec un coupon annuel de 5,125 % sur quarante ans, EDF a ainsi suscité une demande de près de 1,65 milliard de livres. Même chose pour Areva, dont la demande a atteint deux milliards d'euros pour une émission obligataire de 750 millions d'euros, avec un taux à 3,5 % sur dix ans. « Il y a un véritable appétit pour ces obligations, car les entreprises ont rapidement assaini leur situation pendant la crise, remarque Pierre Sabatier, le président de PrimeView, un cabinet de recherche en stratégie d'investissement. Elles ont diminué leurs charges fixes, tout en maintenant leurs marges, et ont donc reconstitué leur trésorerie. » Assises sur un véritable trésor de guerre, constitué pour faire face à une éventuelle rechute de l'économie, elles rassurent les investisseurs.
Et elles en profitent. Les taux d'intérêt très bas sur le marché des obligations poussent les directeurs financiers à s'endetter à bon marché. Plus rare, certains s'en servent pour réaliser des opérations de croissance externe. Le rythme des fusions-acquisitions a ainsi repris de la vigueur depuis l'été. En tout, le montant des opérations dans le monde a augmenté de 15 % depuis le début de l'année 2010, et de 8 % en France.
L'investissement n'est toutefois pas la priorité des industriels, qui préfèrent conserver leur cash. « Il ne s'agit pas vraiment de lever de nouveaux capitaux, confirme Pierre Sabatier. Les grandes entreprises sont plutôt dans une logique de renégociation de leur dette. » Ce sont d'ailleurs les sociétés structurellement les plus endettées qui ont entamé le bal. Mais après le secteur des « utilities », d'autres devraient suivre. « Cette période devrait durer encore cinq ou six mois puis, une fois que les entreprises auront restructuré leur dette, on entrera de nouveau dans une période de calme », prévoit le stratégiste de PrimeView. Mais les investisseurs resteront-ils longtemps au rendez-vous ? « Beaucoup de capitaux entrent sur le marché des obligations car il est performant, mais il devient cher, analyse Alain Bokobza, le directeur de l'allocation d'actifs de la Société générale. Il sera de plus en plus difficile de réaliser des plus-values sur ce marché, car plus les taux baissent, moins il y aura de rendement. »

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