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Les éditeurs européens à la traîne sur le marché du logiciel

Par Christophe Dutheil - Publié le
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Seules 14 entreprises européennes figurent au « Top 100 » des premiers éditeurs mondiaux, qui vient d'être réalisé par PwC. Mais elles ont plutôt bien résisté à la crise, selon l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels), qui préconise plusieurs mesures pour les aider aujourd'hui à monter en puissance.

Dans la lignée de l'EuroSoftware100, un premier classement portant sur tous les éditeurs actifs en Europe, PwC (PricewaterhouseCoopers) vient de publier la première édition d'un nouveau palmarès portant sur les 100 premiers éditeurs mondiaux, le « 100 Global Software Leaders ». Ce classement, qui a été réalisé pour le compte de plusieurs associations professionnelles européennes, dont l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels), est accompagné d'un « Top 100 » européen et de six classements nationaux (Chine, Inde, France, Allemagne, Royaume-Uni et États-Unis).

Des éditeurs européens plutôt résistants...

Il dresse un bilan en demi-teinte de l'évolution du marché européen du logiciel. « La situation n'a pas évolué depuis l'an dernier et les éditeurs américains dominent toujours le marché mondial, évalué à 250 milliards de dollars », constate Pierre Marty, associé de PwC responsable du secteur des logiciels en Europe. « Mais la position des éditeurs européens est restée stable et on s'aperçoit qu'ils ont finalement plutôt bien résisté à la crise », s'empresse-t-il de préciser.

Même son de cloche du côté de Patrick Bertrand, directeur général de l'éditeur lyonnais Cegid et président de l'Afdel. Pour lui, « s'il devait y avoir une fatalité, comme on a pu le dire il y a quelques années, les éditeurs européens auraient du être déstabilisés par la crise et perdre des parts de marché. Ce n'est pas ce qu'il s'est passé ».

… mais toujours en situation d'infériorité

Parmi les 100 premiers éditeurs mondiaux, 74 sont d’origine américaine, 14 viennent d'Europe et on ne compte qu'un seul français occupant la 22ème place du classement (Dassault Systèmes). Il réalise à lui seul 31% des revenus du Top 100 hexagonal. Les Allemands sont plus chanceux : leur leader national, SAP, est « le seul éditeur non-américain dans le top 10 du classement mondial ». Mais sa place est encore plus prépondérante dans le paysage national : il compte pour 74 % du chiffre d'affaires généré par les 100 premiers éditeurs allemands.

En dehors de ces leaders nationaux, « la fragmentation reste trop forte », regrette Patrick Bertrand, qui souligne que « 59 éditeurs du Top 100 français réalisent moins de 15 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel ». Le problème : « L'Europe peine à faire croître ses entreprises de taille moyenne et plus encore à faire en sorte que ses petites entreprises deviennent des sociétés de taille moyenne », relève le responsable, qui s'indigne contre le récent « rabotage » du statut de « Jeune entreprise innovante » en France.

Atomisation du marché

Les maux dont souffrent le Vieux continent sont connus. « À l'inverse des Etats-Unis, nous ne sommes pas un marché unique mais regroupons des pays avec des langues et des contraintes juridiques différentes qui ont un impact sur le logiciel », explique-t-il. Pis, « Les Etats-Unis, perçus comme un symbole du libre échange, ont su mettre en oeuvre des mesures comme le 'Small Business Act' pour contribuer à la croissance de leurs PME nationales. Nous souhaitons faire émerger un dispositif de ce type de ce côté-ci de l'Atlantique. C'est possible. Il suffirait, par exemple, de contraindre les administrations à diviser leurs appels d'offres en lots de petites tailles pour permettre aux petites entreprises nationales d'y répondre ».

Des changements d'ordre culturel sont aussi attendus. L'association déplore un « manque persistant d'ouverture des grands groupes aux petites entreprises ». S'y ajoute une « relative faiblesse de l'accompagnement du capital aux petites entreprises sur le long terme », d'après Pierre Marty. « Trop souvent en Europe, les PME technologiques bénéficient de fonds d'amorçage puis peinent à grossir faute de relais suffisants », estime-t-il. Un phénomène qui serait en partie dû aux entrepreneurs eux-mêmes. Lesquels « préfèrent souvent revendre leur entreprise que d'assister à une dilution de son capital ».

« La bataille n'est pas perdue »

Mais « les mutations profondes auxquelles on assiste actuellement dans le secteur du logiciel devraient offrir des opportunités à de nouveaux acteurs », d'après le spécialiste, qui cite entre autres l'informatique en nuage (cloud computing), le développement de la mobilité et la « consumérisation des technologies ». « De par leurs spécificités locales, les sociétés européennes contrôlent beaucoup de marchés de niches dans les applicatifs. Elles ont donc une carte à jouer dans les développements à venir ».

Enfin, « les frontières du logiciel sont de plus en plus floues et le classement des 100 premiers éditeurs mondiaux ne tient pas compte des grands acteurs des télécoms ou des équipements, qui, comme Thales et Alcatel-Lucent, ont de plus en plus d'activités de développement », signale Pierre Marty. Or dans des secteurs en forte croissance, comme les logiciels embarqués, l'Europe compte quelques fleurons susceptibles de prendre de l'importance à l'avenir...

Christophe Dutheil

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