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L'Usine de l'Energie

Les douze forces et faiblesses de la filière nucléaire française

Ludovic Dupin , ,

Publié le

La France se réjouit de la vente de six réacteurs français à l’international ces derniers mois. Mais cette victoire ne doit pas cacher le fait que la filière tricolore sort d’une période de disette de contrats et de dissensions internes lourdes. Des fragilités à surmonter absolument pour conserver cette bonne trajectoire.

Les douze forces et faiblesses de la filière nucléaire française © Nyks - Wikimedia - C.C

Depuis quelques mois, le nucléaire français retrouve des couleurs. Après plusieurs années très compliquées liées entre autre à l’accident de Fukushima, EDF vient d’obtenir la construction de deux EPR au Royaume-Uni à Hinkey Point, et GDF Suez et Areva sont partenaires avec le japonais MHI pour la vente de quatre réacteurs Atmea en Turquie.

Fort opportunément, le Think Tank Passages organisait ce mardi 5 novembre une table ronde autour du thème "Les industriels français, fournisseurs du nucléaire, dans la compétition mondiale". Dans ce cadre, Gérard Kottmann, directeur général de Valinox Nucléaire et Président de la toute jeune Aifen (Association des Industriels Français Exportateurs de Nucléaire), s’est livré à une analyse des forces, faiblesses, risques et opportunités de la filière nucléaire française.

Forces :

Une filière intégrée : La filière nucléaire française est la seule au monde à aller de la mine au déchet. L’industrie nucléaire américaine a perdu de sa cohérence sur l’ensemble de la chaine après l’accident de Three Mile Island en 1979. Quant à l’industrie japonaise, elle n’atteint pas le niveau d’intégration de la France.

Des règles mondialement reconnues : La France n’est pas réputée pour ses normes qui traditionnellement viennent plutôt d’Allemagne ou des Etats-Unis… Sauf dans le nucléaire. La certification RCC-M (Règles de Conception et de Construction des matériels Mécaniques des îlots nucléaires REP) est adoptée dans de nombreux pays comme la Chine. Elle mériterait toutefois d’être mieux promue pour être encore renforcée.

Un fort retour d’expérience : L’expérience de l’immense parc français, liée à l’intransigeance de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN), donne à la filière française une forte crédibilité.

Faiblesses :

Une ingénierie anglo-saxonne : Même si EDF ou Areva ont une grande capacité interne, les grands ingénieriste mondiaux sont principalement anglo-saxons, à l’exception d’Assystem. Cela peut avoir un effet délétère lorsque des Etats se font conseiller pour initier des programmes nucléaires. Ces ingénieristes vont, par exemple, conseiller  plus facilement des sites d’implantations de réacteurs, adaptés aux designs américains.

Un marché domestique inexistant: L’absence de grands projets de construction en France, à l’exception de l’EPR de Flamanville (Manche), pénalise la filière française. A l’inverse, le dynamisme des marchés chinois et russe favorise les grands groupes et PME nationales.

La faiblesse des financements : Le gouvernement français est frileux en matière de financement de grands projets à l’étranger, contrairement à d’autres pays comme la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine. Le contrat pour construire quatre réacteurs Atmea en Turquie a été remporté grâce à l’appui financier du Japon. Lorsque les entreprises françaises répondront aux appels d’offres en Arabie Saoudite, il faudra que l’Etat puisse apporter son soutien.

Risques :

Un axe concurrent puissant : Il existe deux grandes filières industrielles concurrentes dans l’aéronautique : l’axe nippo-américain contre l’Europe. Dans le nucléaire, ce modèle est presque équivalent. On peut décrire un axe nippo-américano-coréen face à la France. L’Hexagone doit être uni pour faire face, ce qui n’est pas toujours évident comme l’a prouvé l’échec de la vente des EPR à Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis).

Quand la Chine s’éveillera : La filière nucléaire chinoise se structure rapidement et a déjà acquis des compétences fortes dans le domaine. Le pays veut bâtir 200 GW de nucléaire en 2030, 500 GW en 2050. Naturellement, le pays veut construire ses propres acteurs intégrés, qui seront redoutables sur le marché mondial.

Le retour de la Russie : La Russie mène aussi un programme important et favorable au développement de ses propres entreprises. Le danger est toutefois moins prégnant que celui de la Chine, car la filière russe pâtit d’un déficit de crédibilité en matière de surveillance de la qualité de construction des équipements.

Opportunités :

La prolongation de la durée de vie des réacteurs : EDF lance le programme de "Grand Carénage" afin de prolonger la durée de vie des réacteurs. Cette cinquantaine de milliards d’euros investis sur la décennie à venir permet aux PME et ETI de pallier l’absence de constructions nouvelles en France… et de se préparer pour l’après "Grand Carénage".

Un marché d’export réel : Et l’après sera forcément tourné vers l’export qui est de plus en plus concret. Le Royaume-Uni, la Pologne, l’Inde, l’Arabie Saoudite sont autant de zones où la France fournit déjà de grands efforts pour placer des réacteurs tricolores.

La Chine comme allié : La France aura besoin de partenariat. Et même si elle est vue avec scepticisme par certains, l’entente EDF-Chine est stratégique car l’ex-empire du Milieu va devenir le premier pays nucléaire au monde, en puissance absolue, dans les prochaines années.

Ludovic Dupin

 

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